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Banques / Grégoire Heuzé

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Grégoire Heuzé

exclusif L'année 2026 vue par... Grégoire Heuzé / Fondateur de la banque Altamoda

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Grégoire Heuzé, fondateur de la banque Altamoda (©Nilton DOS SANTOS ALMEIDA)
Grégoire Heuzé, fondateur de la banque Altamoda (©Nilton DOS SANTOS ALMEIDA)

Après deux années difficiles, la normalisation du marché du M&A s’engage-t-elle enfin ? Quelles conditions doivent encore être réunies pour un redémarrage solide des opérations, tant stratégiques que financières ?

 

Le marché du M&A est un marché qui est structurellement "late cyclical", c’est-à-dire qu’il est haut en fin de cycle, et a également pour habitude de chuter lourdement après son point haut.

Il est clair que nous sommes encore dans une phase d’ajustement. Les ingrédients d’un redémarrage sont connus : premièrement, des marchés actions solides, et ils le sont. En second lieu, des financements et des liquidités, et ils sont abondants : le carburant financier est là. Enfin, la confiance. Et c’est ce qui manque.

 

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ?

 

En France, malgré l’instabilité politique, la croissance est là, même si elle est modeste. Les fondamentaux de notre économie sont robustes : un tertiaire dynamique, des industriels performants, une énergie que nous exportons, et un écosystème data centers / IA qui est le plus actif d’Europe. En Europe, la situation est plus contrastée : l’Allemagne connaît une stagnation depuis plusieurs années, l’Italie voit l’effet des plans européens s’estomper et sa croissance s’affaiblit. Seule l’Espagne fait mieux que la France.

Il y a quelques raisons d’être confiants pour 2026. En France, la croissance devrait être à l’image de 2025, modeste mais stable, autour de 1 %. Même chose pour l’Europe qui reste une terre d’investissements, bien que victime collatérale de la guerre commerciale entre les USA et la Chine, avec un cadre clair, une BCE indépendante. La croissance européenne devrait par ailleurs être soutenue par le plan d’investissement allemand et l’augmentation des dépenses de défense si celles-ci se dirigent vers la production européenne, ce qui contrebalancerait les effets des droits de douane américains qui sont d’ailleurs plus négatifs pour le reste de la zone euro que pour la France.

 

Les rapports Draghi, Noyer, Letta, bien que montrés en exemple, ne se sont traduits à ce jour que par peu de réformes concrètes en Europe, malgré la longueur du temps législatif. Quelles sont pour vous les chantiers prioritaires à mener pour que l’Europe ne soit plus un marché mais redevienne une industrie ?

 

L’Europe a pour elle un énorme handicap, et un énorme avantage. Et c’est étrangement un peu le même, ce qui n’est pas simple. Il s’agit d’une bureaucratie objectivement tatillonne et excessivement réglementaire, qui freine clairement l’industrialisation. Dans le même temps, elle est perçue de plus en plus par les investisseurs internationaux comme étant justement à l’abri de zig-zag politiques en raison même de sa lourdeur. Si l’on devait caricaturer, l’Europe fait lentement et moyennement bien, là où les autres grandes puissances peuvent faire très vite, mais pas toujours dans le bon sens. C’est le cas des Etats-Unis. Le vrai risque pour l’Europe, ce sont les puissances qui font vite et bien, comme la Chine.

 

La Commission européenne a entamé une révision des directives relatives au contrôle des concentrations : quels seraient, selon vous, les facteurs à prendre en compte lors des examens par Bruxelles d’une opération de concentration (gains d’efficience, propositions de remèdes comportementaux, etc.) ? Cette stratégie vous semble-t-elle suffisante pour permettre à la politique de concurrence européenne d’être mieux adaptée aux entreprises, ou d’autres de ses aspects et caractéristiques vous semblent préjudiciables pour la compétitivité des acteurs européens ?

 

C’est un débat ancien, entre défense du consommateur et de l’industrie. Thierry Breton a été clé pour rééquilibrer les termes du débat en faveur de l’industrie, à un moment où la main politique aux Etats-Unis s’abat sans pudeur sur le sujet des concentrations, comme Paramount par exemple. Mais je crois que l’Europe bouge dans le bon sens. Lentement, mais elle bouge.

 

Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?

 

La croissance a besoin d’investissement, et l’investissement a besoin de clarté. Le brouillard fiscal épais qui entoure notre économie est donc dévastateur. On roule à petite vitesse, avec des mauvais phares, et sans voir les brumes se dissiper.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

Je vois trois sujets majeurs pour la prochaine élection. Le périmètre du système social, et son financement. L’éducation, évidemment, car tout le pays attend une réforme, et les enseignants en premier. Et j’ajouterais l’aménagement du territoire. C’est un sujet pour moi essentiel. Une nation prospère doit profiter non seulement à tous, mais également à tous les territoires. C’est une des clés pour réussir dans l’avenir. C’est probablement ce qui manque le plus au débat aujourd’hui.

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