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Macro-économie / Taux / Sud / commerce / Finance

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L’essor du Sud global redessine le commerce planétaire / Le dollar freine toutefois sa marche

Un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement met en lumière un paradoxe : tandis que les pays en développement gagnent une place centrale dans le commerce mondial et attirent davantage d’investissements, ils restent marginalisés dans un système financier mondialisé, de plus en plus dominé par les marchés d’actifs et par l’ancrage au dollar. Cette asymétrie fragilise leur capacité à transformer ces succès commerciaux en développement durable.
Porte-conteneurs à Shanghai - CFOTO / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Porte-conteneurs à Shanghai - CFOTO / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le contraste est saisissant : le Sud global gagne du terrain dans le commerce, mais reste marginalisé dans la finance mondiale. Dans son nouveau rapport, la Cnuced souligne un "apparent paradoxe" : malgré une montée en puissance sur les marchés internationaux, la plupart des économies en développement jouent un rôle limité dans la finance mondiale. Un déséquilibre qui, selon l’institution, résulte d’un système de plus en plus structuré autour de la domination d’instruments financiers ancrés au dollar, laquelle pose des défis directs à l’intégration financière des économies en développement et accentue les dilemmes de diversification.

Depuis trente ans, le poids du Sud global dans le commerce mondial a pourtant explosé. Le rapport rappelle qu’il représente aujourd’hui "42 % de la production mondiale, plus de la moitié des flux d’IDE et 44 % du commerce de marchandises". L’essor des chaînes de valeur et les liens renforcés entre pays en développement ont redessiné la carte du commerce international. En 2024, on compte "11 hubs d’exportation-importation majeurs dans le Sud global ", contre seulement six en 2007.

Mais ce progrès cache de fortes disparités. La Cnuced note que "la diversification des services reste extrêmement limitée ", le Sud ne représentant "qu’un tiers du commerce mondial des services". Une situation qui reflète, selon le rapport, de profondes asymétries dans " le capital intangible, les services numériques et les marchés financiers ", facteurs qui "creusent le fossé de richesse entre le Nord et le Sud".

Le diagnostic est encore plus sévère du côté des investissements. Si l’on observe une hausse spectaculaire des flux, la Cnuced pointe un décalage structurel : "Le contraste entre la part croissante du Sud dans les flux d’IDE et sa part stagnante dans les stocks d’IDE mondiaux montre que l’investissement dans le Sud reste largement tangible, exposé à la volatilité financière." En clair : les investissements arrivent, mais leur valeur s’érode, notamment en raison des fortes dépréciations de devises, ce qui empêche la formation durable de capital.

C’est dans la finance que l’asymétrie devient la plus marquée. Le rapport décrit sans détour une transition mondiale vers "un système où la richesse est générée par la propriété d’actifs plutôt que par l’activité productive". Dans cet univers dominé par les marchés de titres, la concentration est spectaculaire : les États-Unis représentent "près de 50 % des marchés boursiers mondiaux et 40 % des obligations ". La Cnuced insiste : cette domination alimente la dépendance au dollar, car les investisseurs internationaux "privilégient massivement les actifs américains pour leurs fonctions de sécurité, de liquidité et d’échelle".

Pour les économies du Sud, cette dynamique se traduit par une place structurellement périphérique. Le rapport constate que les investisseurs considèrent leurs actifs comme de simples "opportunités d’arbitrage", conservées en position "satellite" plutôt qu’au cœur des portefeuilles internationaux. Cette hiérarchie financière pèse sur l’accès aux financements : les pays en développement font face à des coûts d’emprunt nettement plus élevés, une "fiscalité plus contrainte et des marchés trop petits pour attirer des capitaux stables".

Face à ce constat, la Cnuced appelle à une refonte ambitieuse de l’architecture financière mondiale. Elle recommande notamment de "renforcer les infrastructures financières locales" - marchés de capitaux, systèmes de paiement, financement du commerce en monnaie locale et de développer "des marchés obligataires régionaux capables de soutenir l’intégration commerciale en monnaies locales".

Sans réforme, prévient la Cnuced, le risque est clair : l’intégration commerciale, loin d’être un moteur de rattrapage, pourrait devenir une nouvelle source de vulnérabilité. Stabiliser les liens entre finance et commerce devient, plus que jamais, "une condition nécessaire à la réalisation des objectifs de développement durable et à la réduction des déséquilibres mondiaux ".

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