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Soitec toujours dans le brouillard / Une activité bridée par les déstockages, mais un cycle IA en formation
On avait quitté Soitec au cœur d’un printemps délicat, lorsque le groupe avait retiré ses prévisions de croissance pour 2026 ainsi que ses objectifs de chiffre d’affaires et de marge d’EBITDA à moyen terme. Et tandis que l’entreprise a officialisé début octobre le départ de son directeur général, Pierre Barnabé, "pour des raisons personnelles", la visibilité n’a guère progressé depuis. Les mêmes causes ayant tendance à produire les mêmes effets, l’action Soitec chutait jeudi d’environ 15%, autour de 29 euros, à la publication des résultats semestriels.
Le fabricant de substrats reste empêtré dans une zone d’incertitude qui s’étire. Ne fournissant pas plus cette fois qu’en mai de prévisions annuelles, le groupe se contente d’indiquer que son activité devrait progresser séquentiellement "mid-to-high single digit" au troisième trimestre, après la hausse séquentielle constatée au deuxième trimestre, qui faisait suite à un premier trimestre particulièrement bas. Au-delà, aucune indication ne permet de dessiner une trajectoire plus large, reflet d’un environnement où les chaînes de valeur poursuivent leurs ajustements et où les clients restent prudents dans leurs commandes.
Un pilotage serré face à une visibilité toujours dégradée
Dans ces conditions, Soitec navigue à vue et maintient une posture de protection. "Nous avons volontairement ajusté notre production de RFSOI, le substrat qui équipe les puces radio des smartphones, afin d’accompagner et de piloter la correction des stocks chez nos clients fondeurs", déclare à WanSquare Steve Babureck, directeur de la stratégie et président de Soitec USA. Le groupe s’emploie ainsi à moduler sa production pour traverser cette longue zone d’incertitude sans trop détériorer son profil économique.
Les résultats semestriels reflètent ce positionnement défensif. Le chiffre d’affaires recule de près d’un tiers, sous l’effet combiné de la faiblesse du marché des smartphones et du ralentissement du secteur automobile, ses deux principaux débouchés industriels. Les mesures de rigueur n’en sont qu’à leurs débuts. "Les mesures de réduction des coûts ont pour l’instant un impact limité, mais leurs effets positifs devraient se matérialiser au cours des prochains trimestres", souligne Steve Babureck. La marge d’EBITDA se maintient grâce à un effet mécanique : quand la production dépasse les ventes, une partie des coûts est absorbée dans les stocks, ce qui améliore artificiellement le ratio de marge. La préservation de la liquidité reste la priorité. "Nous prenons les décisions nécessaires pour préparer le rebond : nous gérons nos inventaires, optimisons notre BFR et travaillons à sécuriser un Free Cash Flow positif sur l'exercice 2026."
Des marchés finaux encore fragmentés et difficiles à lire
Sur les marchés finaux, le tableau demeure contrasté. "Le marché du smartphone se redresse légèrement, mais les niveaux d’inventaires chez les fondeurs demeurent élevés, ce qui nous conduit à livrer en dessous de la demande réelle", observe-t-il. Les substrats POI (Piezoelectric-on-Insulator) poursuivent leur montée en puissance, même si leur diffusion reste incomplète : "Le POI continue d’afficher une croissance tendancielle d’environ 20 % par an, même s’il n’est pas encore présent dans l’ensemble des téléphones comme le RFSOI." Dans l’automobile, la prudence reste de mise. "Les acteurs traversent eux aussi une phase de déstockage, ce qui pèse sur le Power SOI." Les applications les plus avancées tirent néanmoins la demande : "Le moteur le plus dynamique dans l’automobile reste aujourd’hui le FDSOI, le substrat utilisé pour les puces des radars automobiles et des systèmes avancés d’aide à la conduite."
Un horizon porté par l’IA
Si les marchés historiques manquent toujours de visibilité, Soitec voit néanmoins s’ouvrir un champ d’opportunités autour de l’intelligence artificielle. Le groupe n’est pas un acteur de l’IA au sens strict - il ne conçoit ni puces de calcul ni modèles - mais fournit les substrats qui structurent les infrastructures de calcul associées.
La montée en puissance des infrastructures de calcul tire fortement la demande en substrats photoniques. "Dans tous les nouveaux datacenters, la silicon photonics est désormais indispensable, et cette technologie repose directement sur le SOI fabriqué par Soitec." Cette vague devrait progressivement se diffuser vers les usages en périphérie : "Les investissements liés à l’IA se concentrent aujourd’hui sur les datacenters, mais ils se déporteront progressivement vers le Edge Computing ; pour ces usages, le FDSOI constitue un candidat idéal. " Le groupe dit renforcer son dialogue avec les acteurs clés : "Nous renforçons nos efforts dans l’IA en étant en contact direct avec les grands architectes technologiques afin de comprendre leurs roadmaps et de proposer les solutions matérielles les plus adaptées. " En interne, la préparation du prochain cycle est déjà lancée : " Nos équipes de R&D, notamment au sein des incubateurs, développent déjà les produits qui répondront aux problématiques technologiques des GAFA et des fabless."
Cette trajectoire, encore émergente dans les comptes mais très visible dans les tendances industrielles, pourrait redonner de l’élan au groupe lorsque les marchés plus traditionnels auront absorbé leurs excès. "La Silicon Photonics constitue une véritable plateforme : aujourd’hui portée par les datacenters, elle s’étendra demain aux lidars, aux capteurs automobiles ou aux smart glasses. Nous n’en sommes qu’au début du cycle." Si le présent reste contraint, la projection technologique de Soitec reste intacte.
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