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Soitec confronté à une visibilité quasi nulle sur ses marchés / Mais la photonique sur silicium alimente l’espoir dans l’IA et le Cloud

En pleine correction boursière, Soitec fait face à des résultats décevants et une visibilité réduite sur ses principaux marchés finaux. Face aux stocks importants de ses clients dans les communications mobiles et à l’instabilité du secteur automobile, les perspectives de l’entreprise sont entourées d’une grande incertitude. Dans ce climat difficile, la photonique sur silicium, portée par l’essor de l’IA et des infrastructures Cloud, semble toutefois émerger comme un relais de croissance prometteur pour les années à venir.
Soitec souffre d'un important manque de visibilité sur ses perspectives en 2025 - Photo by JEFF PACHOUD / AFP
Soitec souffre d'un important manque de visibilité sur ses perspectives en 2025 - Photo by JEFF PACHOUD / AFP

Avec une chute de plus de 30 % en deux séances à la Bourse de Paris, Soitec essuie une correction d’une ampleur qui n’avait plus été vue depuis longtemps, reflet de la déconvenue suscitée par un chiffre d’affaires du troisième trimestre (le groupe suit un exercice décalé, à cheval sur sur 2024 et 2025) en deçà des attentes.

Le fabricant de matériaux semi-conducteurs innovants a vu ses ventes reculer de 6 % sur les trois mois d’octobre à décembre, à 226 millions d’euros, là où le consensus des analystes anticipait 252 millions d’euros.

La déception s’accompagne d’un avertissement sur les résultats de l’exercice en cours pour lequel le groupe s’attend désormais à voir son chiffre d’affaires reculer entre 5 % et 10 % à taux de change constants. La moindre utilisation des usines pesant sur la rentabilité, la marge d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) est désormais attendue entre 32 % et 34 %, potentiellement en-dessous de celle de l’exercice précédent (34 %). En comparaison, le groupe tablait auparavant sur un chiffre d’affaires stable à taux de change constants et sur une marge d’Ebitda d’environ 35 %.

Mais le plus frappant concerne les perspectives pour le nouvel exercice 2025-2026, ou plutôt leur absence. "Compte tenu du manque de visibilité actuelle sur nos marchés finaux, il est encore trop tôt pour communiquer des objectifs financiers spécifiques", a indiqué Pierre Barnabé, le directeur général de Soitec. Une retenue qui tranche avec les habitudes que la société avait prises depuis plusieurs années.

 

La correction des stocks s’éternise dans le mobile

 

Pourtant, la division Communications mobiles, la plus grande contributrice aux revenus de l’entreprise, dont elle a représenté 68 % du chiffre d’affaires sur les trois mois d’octobre à décembre, a enfin renoué avec la croissance. Après des replis de 45 % puis 27 % aux premier et deuxième trimestre ses ventes ont rebondi de 18 % sur la période.

Cela faisait plus de deux ans que cette division souffrait d’un ralentissement, qui a persisté une bonne partie de l’année dernière, malgré la reprise des ventes de smartphones. L’illustration du décalage qui peut exister entre la reprise des ventes d’un produit final et celle des composants en amont de la chaîne d’approvisionnement : les substrats de Soitec pour les composants de radiofréquence (RF-SOI).

Pour autant, "les clients poursuivent l’optimisation de leurs niveaux de stocks de RF-SOI en fonction de la saisonnalité et des dynamiques de marché, ce qui continuera d’entraîner des fluctuations au cours des prochains trimestres", a prévenu Pierre Barnabé.

Ainsi, la correction des stocks de RF-SOI semble toujours en cours, un an après que les stocks de puces mobiles ont atteint leur niveau le plus bas. Ce qui "signifie une visibilité extrêmement faible et affecte aussi la crédibilité du management au regard de ses commentaires antérieurs", notent les analystes de Jefferies.

 

La faiblesse de l’automobile devrait persister tout au long de 2025

 

Ce manque de visibilité affecte également l’important relais de croissance que doit constituer à terme le marché automobile. Dans ce domaine Soitec convainc pourtant un nombre croissance de clients d’utiliser sa technologie Smart Cut pour découper des couches ultra-fines de carbure de silicium, un matériau clé pour les véhicules électriques. De nouvelles livraisons d’échantillons et de prototypes ont été effectuées au cours du trimestre écoulé, "ouvrant la voie à de nouvelles qualifications", a indiqué le groupe.

Malheureusement, le marché des véhicules électriques est en plein marasme. La direction de Soitec estime que son ralentissement devrait perdurer au moins jusqu’à la fin du premier semestre de l’exercice 2025-2026 (soit fin septembre prochain).

Dans ce contexte difficile, des signaux prometteurs émergent de la division Edge & Cloud AI. Cette dernière mise sur le développement de technologies semi-conducteurs destinées aux applications d’intelligence artificielle (IA), tant pour le cloud que pour l’edge computing,

Ses ventes ont pourtant chuté de 30 % au troisième trimestre, en raison de la fin de vie des substrats Imager-SOI, utilisés dans des applications liées à l’imagerie en 3D, notamment pour les capteurs de caméra fournis par STMicroelectronics pour Apple. Le client se tournant désormais vers une solution plus intégrée, la production du produit s’arrêtera au prochain exercice. Environ 50 millions d’euros de revenus seront annulés.

 

L’enjeu de la vitesse d’adoption des Co-Packaged Optics (CPO)

 

Mais l’espoir se situe dans la demande de substrats Photonics-SOI. Celle-ci bénéficie d’une forte dynamique alimentée par le niveau élevé des investissements dans les infrastructures Cloud, particulièrement pour soutenir les applications d’intelligence artificielle (IA) et le traitement de données à grande échelle.

"Le segment de la photonique sur silicium reste un point fort pour Soitec, notamment grâce à l’adoption probable et accélérée des Co-Packaged Optics (CPO) par les fabricants de puces d’intelligence artificielle comme Broadcom et NVidia ", soulignent les analystes de Jefferies. Ces CPO consistent à intégrer des composants optiques directement dans le même boîtier que les puces électroniques, notamment les puces de traitement utilisées pour l’intelligence artificielle (IA).

Les revenus du Photonics-SOI pourraient ainsi doubler à près de 100 millions d’euros au prochain exercice, compensant ainsi en grande partie la perte de 50 millions d’euros liée à l’Imager-SOI. Au-delà, l’essor du Photonics-SOI dépendra de la vitesse d’adoption des CPO. D’après Jefferies, cette technologie pourrait représenter plus de 10 % du chiffre d’affaires de Soitec dès l’exercice 2026-2027.

 

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