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Soitec, nouvelle plongée dans l’incertitude / Une visibilité réduite à trois mois
Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, à en juger par la chute de 20% de l’action Soitec à la Bourse de Paris. Près de quatre mois après avoir mis en garde contre le manque de visibilité sur ses marchés finaux, qui l’avait conduit à renoncer à toute prévision chiffrée pour l’exercice 2025-2026, Soitec évolue toujours dans le brouillard. Un brouillard qui, au lieu de se dissiper, s’est même encore épaissi. Car si le fabricant de matériaux semi-conducteurs innovants indiquait encore tabler sur "une croissance relativement limitée" de son activité pour le nouvel exercice débuté en avril, il retire cette fois "toute perspective financière, concernant tout ou partie de ses activités".
Plus radical encore : le plan à moyen terme, qui visait un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars et une marge d’Ebitda de 40 %, est abandonné. Désormais, Soitec ne fournira plus que des prévisions de chiffre d’affaires trimestrielles. "Nous avons désormais une visibilité limitée à un trimestre. Les tensions géopolitiques, notamment autour des droits de douane, rendent l’environnement plus difficile à anticiper et plus volatil", explique à WanSquare, Pierre Barnabé, le directeur général de l’entreprise.
Pourtant, précise-t-il, "l’exposition directe aux États-Unis est inférieure à 10 % [du] chiffre d’affaires. Autrement dit, même si ces droits de douane devaient augmenter sensiblement, l’impact direct sur Soitec resterait limité et maîtrisé". Ainsi, "ce n’est pas tant notre modèle économique direct qui serait affecté, mais potentiellement l’ensemble de la chaîne de valeur", poursuit-il.
Destockages persistants
Autrement dit, la question des droits de douane ne fait qu’ajouter à une incertitude déjà lourde, sur fond de reprise sans cesse différée dans les marchés finaux. Soitec traverse une phase délicate. La branche Communications mobiles — toujours majoritaire dans l’activité du groupe (plus de 60 % du chiffre d’affaires sur l’exercice clos fin mars) — reste pénalisée par les déstockages persistants de ses clients, notamment dans les smartphones. Le segment automobile, censé offrir un relais de croissance, tarde lui aussi à se concrétiser, freiné par les défis de l’électrification. Et la troisième activité, Edge & Cloud AI, ne pèse pas encore assez lourd pour tirer l’activité.
Sur l’exercice écoulé, dont les résultats ont été publiés mardi soir, le chiffre d’affaires a reculé de 9 %, à 891 millions d’euros, et la marge d’Ebitda s’est légèrement contractée à 33,5 %, conforme aux prévisions annoncées lors du profit warning de début d’année. Sur le seul quatrième trimestre (janvier à mars), l’activité a montré des signes de stabilisation : le chiffre d’affaires s’élève à 327 millions d’euros, en baisse limitée de 3 %, avec des revenus stables dans chacune des trois divisions (Communications mobiles, Automobile & Industrie, Edge & Cloud AI).
Le marché automobile continue de patiner
Sur le marché des smartphones, la croissance est de retour, mais à petit pas. "Après une euphorie post-Covid, puis deux années de forte correction en 2022 et 2023, on anticipe une légère progression pour 2024, et à nouveau en 2025. C’est une croissance lente, année après année", résume Pierre Barnabé. Une accélération pourrait venir de l’intelligence artificielle, si elle relance les cycles de renouvellement des téléphones, mais pour l’instant, le marché reste stable et peu dynamique. La division radiofréquence (RF) continue d’absorber les excédents de stocks, mais de façon de plus en plus marginale. En revanche, l’activité filtres POI (Piézo-on-Insulator) progresse nettement, grâce à des gains de parts de marché dans les smartphones.
Côté automobile, le tableau est contrasté : "Le marché mondial reste faible", observe Pierre Barnabé, même si la Chine affiche une meilleure dynamique. Le Power-SOI a profité d’un contrat majeur récemment, mais les activités SmartSiC et eVSOI, clés pour l’électrification, peinent encore à trouver leur rythme. Dans le segment Edge & Cloud AI, la photonique tire son épingle du jeu, tandis que certaines lignes reculent. L’activité Imager, notamment — développée pour un seul client — a été brutalement arrêtée, ce qui va peser sur les revenus du premier trimestre 2025 à hauteur de 25 millions de dollars.
Photonics-SOI, un relais de croissance en devenir
Une chose est sûre : ce contexte troublé ne remet pas en cause la stratégie de diversification de Soitec. Il tend même à la renforcer. " Nous avons désormais quatre lignes de produits qui génèrent chacune plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires, contre une seule il y a trois ou quatre ans ", souligne Pierre Barnabé. À côté du RF-SOI, qui reste prépondérant, figurent désormais le FD-SOI, le Power-SOI et le POI, devenu un standard pour les smartphones de dernière génération.
Un cinquième produit monte en puissance : " Le Photonics-SOI est en forte croissance. Il n’a pas encore franchi les 100 millions de dollars, mais cela ne devrait pas tarder : il accompagne la révolution liée à l’intelligence artificielle. " En attendant un vrai redémarrage du marché, Soitec se concentre sur la rigueur financière. " Même si la visibilité à moyen terme reste limitée, nous gardons la main sur ce que nous maîtrisons. Nos usines sont bien équipées, c’est pourquoi nous avons réduit nos investissements en CAPEX de plus d’un tiers. "
Le groupe veut rester prêt. " Notre modèle est une machine à croître. Dès que les conditions de marché seront réunies, nous pourrons relancer nos investissements et doubler notre chiffre d’affaires. " Toute la question est quand.
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