Macro-économie / Taux / Dollar / économies émergentes / dépreciation
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Dollar / économies émergentes / dépreciation
Une dépréciation du dollar qui a ravi nombre d’économies émergentes / L’euphorie pourrait ne pas durer
Une chute du billet vert salvatrice. C’est tout du moins ce qu’on comprend au fil de l’analyse proposée par trois experts de la Banque des règlements internationaux - s’exprimant en leurs noms propres - quant aux conséquences financières d’un dollar plus faible pour les économies des marchés émergents. Les mouvements sur les marchés des changes sont bien réels avec un dollar qui, rapporté à un panier de devises des marchés émergents, s’est déprécié d’environ 5 % sur la période allant de janvier jusqu’en septembre.
Les auteurs expliquent que l’assouplissement des conditions financières a "peut-être contribué à la résilience surprenante de l’activité économique dans les économies émergentes face à la hausse des droits de douane et à l’incertitude liée au commerce" tout en soulignant que la dépréciation du dollar américain a bel et bien été un facteur favorable pour les économies émergentes et ce, à travers plusieurs canaux.
Vent dans le dos
Il s’avère en effet qu’un certain nombre d’emprunteurs ont simultanément des dettes en dollars et des actifs libellés en monnaie nationale et peuvent dès lors bénéficier "d’une manne qui renforce leur bilan et améliore leur solvabilité, soutenant ainsi leur demande de crédit ". Les institutions internationales voient la solvabilité de ces acteurs s’améliorer et sont donc susceptibles d’augmenter l’offre de crédit qui leur est adressée. Le canal financier du taux de change bat alors son plein.
Le commerce peut se trouver également stimulé et ce en raison du rôle essentiel joué par le dollar dans le financement du fonds de roulement des chaînes d’approvisionnement. Au-delà de la bonne santé de certaines nations, ce mécanisme n’est pas anodin lorsqu’il s’agit de comprendre la résilience récente des échanges internationaux depuis le début de l’année. L’arbitrage entre une détérioration de la compétitivité commerciale et les avantages liés à la faiblesse du dollar pour les emprunteurs des économies émergentes est considéré comme pouvant avoir "un effet stimulant global sur les économies émergentes ". D’autant plus que les investisseurs étrangers détenant des actifs dans ces économies peuvent dans cette situation tirer profit de la partie non couverte de leur portefeuille et sont à même d’augmenter leur prise de risque.
Retournement
Ces bonnes nouvelles sont néanmoins à apprécier en tenant compte du fait que nombre d’acteurs au sein de pays émergents ont augmenté leurs portefeuilles d’actifs étrangers et notamment libellés en dollar. Pour ce type d’agents, il est redouté que la dépréciation du dollar puisse conduire à des pertes et aller jusqu’à "déclencher des ajustements qui resserrent les conditions financières nationales". L’importance de ce canal de transmission est considérée comme devant "s’accroître au fil du temps dans les pays qui sont en passe de devenir des créanciers nets sur les marchés internationaux des capitaux ". Un vent contraire pour les économies émergentes dont elles se seraient bien passées.
Les fluctuations des cours des actions des compagnies d’assurance-vie de Taïwan en avril et mai 2025 sont avancées par les membres de la BRI comme étant une illustration de l’impact des asymétries de devises sur les bilans des investisseurs des économies émergentes. Il se trouve que ces firmes détenaient de nombreux actifs en dollars américains non couverts et "lorsque le dollar américain s’est fortement déprécié par rapport au nouveau dollar taïwanais début mai, le secteur de l’assurance a nettement sous-performé l’indice boursier de référence, ce qui suggère que la dépréciation du dollar a affaibli la situation financière de ces sociétés". Le resserrement des conditions financières locales associées à cet affaiblissement des bilans et à la prise de risque moindre simultanée est aussi observé aux Philippines. Un État où, quand la monnaie locale s’apprécie, les banques ayant des actifs en dollars américains plus importants que leurs passifs "ont tendance à réduire leur offre de prêts en raison des effets négatifs sur la valorisation de leur bilan".
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