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Un été de retenue pour le capital-investissement français / Le troisième trimestre consacre la prudence des investisseurs
Au troisième trimestre 2025, le private equity français a continué de marquer le pas. Après un printemps déjà en repli, la période estivale confirme le ralentissement d’un marché plus prudent qu’ailleurs en Europe, sur fond de croissance molle et d’instabilité politique persistante. Croissance du PIB limitée à 0,3 %, consommation atone, indices PMI toujours sous le seuil des 50 : autant de signaux d’un environnement peu propice aux prises de risque.
Cette phase d’attentisme se lit clairement dans les chiffres : la valeur totale des opérations de LBO et de capital-développement en France s’est établie à 12,3 milliards d’euros pour 197 transactions, l’un des plus bas niveaux observés depuis cinq ans. Les investisseurs se replient sur des opérations plus petites et plus ciblées, souvent des add-ons ou build-ups à faible levier, au détriment des grands LBO. "La prudence des investisseurs au troisième trimestre s’est traduite par la montée en puissance des opérations d’adossement, illustrant une préférence pour des transactions plus modestes et moins risquées que les LBO de grande envergure", observe PitchBook dans son dernier “France Market Snapshot” publié ce lundi, qui décrit une activité "en nette décélération" malgré le regain constaté ailleurs en Europe.
La prudence domine des deux côtés du marché
La plus grosse opération du trimestre, la cession d’Artefact par Ardian à Cinven pour 1,1 milliard d’euros, illustre cette prudence : un passage de témoin entre fonds plutôt qu’un retour vers les marchés cotés. À ses côtés, plusieurs transactions d’envergure modérée ont animé la période : le rachat du laboratoire Biogaran (785,9 millions d’euros) dans la pharmacie, celui de Waga Energy (368 millions) dans les renouvelables, l’acquisition du Pullman Paris Montparnasse (300 millions) dans l’hôtellerie et celle du courtier Assurimo (250 millions) dans l’assurance. Des opérations diverses, mais un même dénominateur : la recherche d’actifs tangibles, générateurs de cash et moins exposés aux incertitudes de cycle.
Côté sorties, la prudence reste également de mise. Le volume global des cessions s’est établi à 4,9 milliards d’euros, en baisse pour le cinquième trimestre consécutif. "La valeur des sorties de private equity a reculé pour le cinquième trimestre consécutif, soulignant le manque de confiance des sponsors dans un environnement encore obscurci par les incertitudes géopolitiques. Les volumes connaissent toutefois un léger rebond, porté par des transactions secondaires de taille moyenne plutôt que par des cessions d’envergure", relève PitchBook. Les sponsors privilégient donc les opérations entre fonds plutôt que les sorties massives. Les plus importantes de l’année en témoignent : DomusVi Group (2,36 milliards d’euros, LBO dans les soins aux personnes âgées), Linxens (2,2 milliards, cession industrielle dans les semi-conducteurs), Kereis (2 milliards, courtage en assurance), Emeria Europe (1,83 milliard, services immobiliers grand public) et Cerba HealthCare (1,82 milliard, laboratoires médicaux). Ces actifs emblématiques, stables et récurrents, restent recherchés, mais les fenêtres de sortie demeurent étroites.
Une collecte solide mais de plus en plus polarisée
Sur le front des levées de fonds, la dynamique 2025 reste mesurée mais loin du point mort. Seuls trois nouveaux véhicules ont été finalisés au troisième trimestre, pour un total de 9,1 milliards d’euros depuis janvier. Là encore, le poids des leaders historiques domine : Ardian Expansion Fund VI (3,2 milliards d’euros), Eurazeo Capital V (3 milliards), QCP Buyout Fund III (499,8 millions), Argos Climate Action (337 millions) et Verto Growth II (330 millions). L’étude de PitchBook souligne que 2025 devrait malgré tout s’achever au-dessus des niveaux 2024, preuve d’une résilience intacte du marché français dans un contexte mondial plus lent.
La structure même du fundraising confirme une polarisation croissante : près des deux tiers des capitaux levés proviennent de fonds supérieurs au milliard d’euros, contre 15 % à peine pour les véhicules inférieurs à 250 millions. Un écart qui se creuse année après année, accentuant le poids des grands gestionnaires et réduisant l’accès aux capitaux pour les équipes mid-cap.
Un niveau de dry powder toujours proche des sommets
En toile de fond, la France conserve néanmoins des bases solides. L’encours total des actifs non cotés frôle encore les 110 milliards d’euros, à peine en retrait de son pic 2024, et le “dry powder” reste proche de ses plus hauts historiques. Les institutionnels nationaux – du Fonds de réserve pour les retraites à Tikehau Capital – demeurent engagés, tandis que les stratégies climat, santé ou infrastructure gagnent en visibilité.
Et PitchBook de conclure : "Le ralentissement du fundraising, combiné à la rareté des sorties, conduit mécaniquement à une gestion plus introspective : faire fructifier le capital déjà engagé plutôt que multiplier les acquisitions." Une phase de consolidation plus que de conquête, où l’enjeu n’est plus tant de déployer du capital que de préserver la valeur créée.
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