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Effort de défense : les PME et ETI françaises veulent en être / Une filière où les relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants peuvent toutefois s'avérer difficiles
La marche s’annonce haute. L’effort de défense soutenu par les pays membres de l’OTAN - un objectif de 3,5 points de Produit intérieur brut (PIB) de dépenses militaires d’ici à 2035, contre 2 points de PIB actuellement – appelle à une nette augmentation de la production en France. Plus précisément à hauteur de 31 milliards d’euros, à l’étape intermédiaire de 2030, pour passer de 53 milliards à 84 milliards d'euros et servir à la fois les forces françaises et les besoins d’export vers nos partenaires, selon une étude réalisée par Bpifrance Le Lab. Soit une croissance de 7,6 % par année, au cours des cinq prochaines, du chiffre d’affaires des entreprises de la défense. Un grand pas à réaliser, en sachant que le tissu d’entreprises existantes aura besoin de renfort, puisque le taux d’utilisation des capacités des entreprises industrielles de défense était déjà de 90 % en 2024.
Cette étude, intitulée "Aux armes, dirigeants ?" a permis de sonder pendant l’été un panel de 1 700 répondants, et a la particularité d’avoir étendu son champ au-delà du périmètre de la fameuse base industrielle et technologique de défense (BITD). Elle inclut en effet également les PME, ETI et start-ups tricolores ayant une activité de défense dès lors qu’elles y réalisent un euro de chiffre d’affaires, ainsi que des entreprises de secteurs connexes (logistique, matériaux avancés, cybersécurité, etc.), qui pourraient s’y intéresser, mais qui n’y opèrent pas forcément encore.
De ce fait, première bonne nouvelle pour pouvoir venir soutenir les besoins de production supplémentaires : parmi celles qui ne sont pas actives dans la défense (55 % de l’échantillon), près d’une sur deux souhaiterait se développer sur le marché. Elles présentent la caractéristique d'être plus compétitives que d'autres, indique l'étude, et évoquent des opportunités de développement, pour celles qui sont issues de l’aéronautique, du spatial ou de l’optique, ou parfois la contrainte à le faire, en particulier dans des filières comme l’automobile ou la métallurgie. Celles qui y opèrent déjà (45 %, avec un quart d’entre elles considérées comme "cœur défense"), sont unanimes quant au fait de vouloir continuer à le faire.
Besoins d’investissements
Si les chefs d’entreprise semblent donc enclins à soutenir cet effort de défense, il n’en reste pas moins que l’objectif devrait se heurter à certaines difficultés. Et tout d’abord sur le plan financier. Les besoins en la matière chez les entreprises, pour soutenir l’accroissement de leurs commandes, s’élèveraient à 15 milliards d’euros entre 2025 et 2030, répartis entre 10 milliards d’euros de dette, 5 milliards d’euros de fonds propres et 200 millions d’euros d’autofinancement. En plus des investissements nécessaires, la trésorerie des PME et ETI apparaît aussi sous pression de cet accroissement des carnets de commandes. Car si les revenus augmentent, les besoins en fonds de roulement (BFR) explosent en parallèle, indique l’étude. Entre le paiement des fournisseurs, la sécurisation des stocks de matières premières et des clients qui ne paient qu’après livraison, le BFR apparaît structurellement élevé dans la défense.
Certes, les entreprises de l’échantillon opérant directement dans le secteur n’indiquent pas rencontrer de fortes difficultés structurelles. Comme chez d’autres, surtout dans l’industrie, la première des difficultés pointées à la montée en charge rapide de la production est celle du recrutement, avant les capacités d’investissement. En revanche, en leur sein et selon leurs profils, certaines disparités se font jour. Et notamment du côté de celles dites "cœur défense".
Une accumulation
Elles cumulent en effet plusieurs difficultés, indique Bpifrance Le Lab, comme des relations parfois tendues avec les donneurs d’ordres, se traduisant par une pression excessive sur les marges, le non-respect d’engagements contractuels ou bien de certains litiges. "Le partage de la valeur n’est pas tout à fait naturel dans la chaîne. Les PME et ETI subissent des retards de paiement et reçoivent rarement des acomptes, alors que les donneurs d’ordre en ont généralement dans leurs contrats. C’est un secteur et une filière qui reste un peu féodalisée, ce qui apporte un risque dans un domaine où il faut, justement, croître tous ensemble", a souligné Pascal Lagarde, directeur exécutif de Bpifrance, à la direction de l’International, de la Stratégie, des Etudes et du Développement, à l’occasion de la présentation de l’étude à la presse.
De fait, les témoignages de patrons de PME cités dans l’étude sont révélateurs : niveau d’exigence "disproportionné" sur les délais, manque marqué de visibilité sur les commandes… Trois quarts des entreprises interrogées témoignent aussi de retards de paiement d’un mois et demi à deux mois en moyenne. À ces relations tendues avec les donneurs d’ordre, pour les entreprises "cœur défense", s’ajoute aussi une surcharge opérationnelle, ainsi qu’une santé financière dégradée par rapport aux autres entreprises opérant dans la défense, entre problèmes de trésorerie (à 37 % pour les premières et 27 % pour les secondes), difficultés à obtenir des financements bancaires (25 % contre 15 %), à boucler des levées de fonds (20 % contre 10 %) ou encore un taux d’endettement élevé (17 % contre 10 %). "La filière doit s’emparer de ce problème : plus vous descendez dans la pyramide et plus cela devient difficile", a de son côté souligné Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, regrettant : "L'argent public ne ruisselle pas jusqu'à elles, ce qui crée des difficultés de trésorerie, de bilan et de visibilité".
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