Start-up / Private Equity
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Les VCs français en quête de projets qualitatifs et de sorties pour déployer leurs fonds / Un écosystème du capital-risque qui s'inquiète du contexte politique national
Si de grandes opérations, comme le tour de table d’1,7 milliard d’euros de Mistral AI annoncé ce mardi, donneront bien sûrement un peu d’allant aux statistiques des levées de fonds réalisées par les start-ups françaises au deuxième semestre, le constat en la matière depuis le début de l’année 2025 n’a pas changé : le capital-risque tricolore fait face à un net coup d’arrêt. À une semaine de l’événement annuel de France Digitale, l’association représentant l’ensemble des acteurs de l’écosystème a dévoilé sa photographie annuelle de ce dernier, réalisée aux côtés du cabinet EY.
Et de fait, sur les 500 start-ups interrogées entre mai et juillet 2025, elles ne sont que 27 % à avoir réussi à lever des fonds au cours des douze derniers mois. Ceci correspond à un recul de 3 points sur un an, alors même que les financements des jeunes entreprises françaises avaient déjà nettement décroché. Certes, 44 % d’entre elles n’ont pas cherché à lever des capitaux frais. Mais d’un autre côté, 10 % des interrogées se sont résignées à le faire, ce qui correspond à une progression de quatre points sur un an.
Côté investisseurs
Il faut dire que, du côté d’une partie de leurs investisseurs, la situation à date semble aussi grippée. Leur reste-t-il en effet des fonds à investir ? Interrogés sur la question, les 50 fonds de capital-risque (VCs) sondés précisent qu’ils se répartissent de la manière suivante : 39 % de montants souscrits déjà déployés, 29 % de montants souscrits conservés en réserve pour le refinancement du portefeuille et 32 % de montants souscrits dédiés à de nouveaux investissements. Lorsqu’il leur est demandé de détailler les freins au déploiement de leurs fonds, ils sont près de 60 % à pointer un manque de projets de qualité dans leur deal flow. Un phénomène nouveau, apparu depuis 12 mois, remarquent la directrice générale de France Digitale Maya Noël et Franck Sebag, associé chez EY et spécialiste des sujets d’innovation, dans le rapport. "Retour de bâton à la suite des années d’euphorie de la start-up nation qui ont vu de nombreuses start-ups se créer et être financées, ou véritable tendance ? Si elle venait à se confirmer dans les prochaines années, elle risquerait d’engager un réel ralentissement de la capacité d’innovation de la France", pointent-ils.
Vient ensuite le ralentissement du déploiement dans l’attente de générer des sorties, cité à hauteur de 32 %. Dans le cas de sorties de participations du portefeuille sur les douze derniers mois, le M & A a été privilégié dans 66 % des opérations, 19 % pour la liquidation, 11 % pour les rachats par un fonds de private equity et, sans surprise, seulement 1 % pour les introductions en Bourse. Les VCs questionnés ont en moyenne 591 millions d’euros d’actifs sous gestion, pour 49 participations actives. Leurs fonds sont majoritairement déployés en France (77 %) puis en Europe (22 %), tandis que leur secteur de prédilection reste celui du SaaS (software as a service), à hauteur de 54 % - bien que la transition environnementale, l’intelligence artificielle ou la deeptech soient aussi des cibles d’investissement privilégiées, cette dernière gagnant par ailleurs deux places dans le classement des destinations sectorielles favorites des fonds de capital-risque.
Premier challenge
"En 2025, les individus, corporates, family offices et banques privées représentent 64 % des actifs sous gestion des VC français, loin devant les fonds publics (20 %) et les investisseurs institutionnels (13 %). Il est urgent de mobiliser d’autres sources de financement, tels les actifs des caisses de retraite privées et des fonds de pension, qui sont aujourd’hui davantage investis dans les dettes souveraines et le Private Equity à l’international que dans l’économie réelle européenne", estime par ailleurs Elina Berrebi, founding partner de Revaia et vice-présidente de France Digitale, citée dans le rapport. Dans les douze prochains mois, la levée de fonds restera en effet le premier défi à relever pour les VCs, ce à hauteur de 39 % (soit malgré tout un recul de quatre points par rapport à l’an passé).
Cela place toutefois ce défi devant l’absence de sorties, citée par un VC sur cinq, ou la qualité du dealflow et la compétition entre fonds, pointée à 16 %. "Dans un environnement économique défavorable et une perception accrue du risque, les LPs font preuve de prudence et sont plus sélectifs dans leurs décisions d’investissement, obligeant les fonds à redoubler d’efforts pour convaincre et rassurer leurs investisseurs potentiels. Les VC priorisent les LPs français et européens (52 %), devant les investisseurs institutionnels, les LPs internationaux et les CVC, qui ferment la marche", indique l’étude. D’autant que d’autres grandes tendances pèsent sur l’ensemble de l’écosystème, tant du côté des VCs, des start-ups, que de leurs structures d’accompagnement, alors même que le contexte économique et politique national est vu comme un risque plus élevé que l’incertitude mondiale.
Souvenirs de l’an passé
Portés par les craintes sur de potentiels arbitrages défavorables à leur égard dans le prochain projet de loi de finances pour 2026, 90 % des incubateurs et 82 % des start-ups estiment ainsi que la baisse des dépenses publiques françaises sera un risque pour elles. Des inquiétudes budgétaires tout particulièrement prégnantes du côté des jeunes entreprises, dont certaines coupes passées dans les dispositifs de soutien à l’innovation, découlant de la loi de finances pour 2025, ont freiné leurs capacités d’investissement et de recrutement, remarque l’étude.
Parmi elles, la réduction du taux du crédit d’impôt d’innovation à 20 %, ou encore la baisse des frais de fonctionnement appliqués aux dépenses du personnel, dans le crédit d’impôt recherche. A noter que le relèvement de 15 % à 20 % du seuil de dépenses de recherche et développement, requis pour bénéficier du statut de Jeune entreprise innovante (JEI), n’arrive qu’en dernière position des mesures du PLF 2025 ayant le plus touché les start-ups françaises, à hauteur de 9 %. Un ensemble de mesures qui, malgré tout, s’est traduit par une perte de trésorerie pour 24 % des jeunes pousses et par une réduction des investissements pour 23 % d’entre elles.
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