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La REF 2025 / Pierre-André de Chalendar
Pierre-André de Chalendar : « l’instabilité, ce n’est pas quelque chose auquel les entreprises s’habituent » /
Le patron de l’Institut de l’Entreprise appelle les partis politiques à penser à la France
Malgré lui, le Medef a l’art du timing politique. L’année dernière, c’est au lendemain de la dissolution que le mouvement patronal avait organisé sa traditionnelle Rencontre des Entrepreneurs de France (La REF). Cette année, c’est à la veille de la chute probable du gouvernement Bayrou que se tient La REF 2025. Après un discours inaugural offensif de la part du président du Medef, Patrick Martin, ce mercredi, le patron de l’Institut de l’Entreprise, Pierre-André de Chalendar, n’y va pas non plus par quatre chemins : "l’économie française traverse une phase délicate, et les chefs d’entreprise sont sous le choc", commente-t-il auprès de WanSquare, rappelant que cette instabilité politique récurrente finit par peser lourdement sur le climat économique.
L’entreprise, dernier repère stable des Français
Pour l’ancien président-directeur général de Saint-Gobain, la première conséquence à court terme sera un nouvel attentisme qui va se traduire concrètement dans les investissements. "Les chefs d’entreprise, dit-il, ressentent une profonde frustration, avec le sentiment que les partis politiques ne comprennent plus les réalités économiques. Certes, ils ont su faire preuve d’une agilité remarquable depuis cinq ans, après le Covid, la crise énergétique, la guerre en Ukraine, la dissolution surprise, les tensions avec les États-Unis. Mais cette résilience est aujourd’hui mise à rude épreuve. Il ne faut pas charger la barque indéfiniment. L’instabilité n’est pas quelque chose auquel on s’habitue. Pour diriger une entreprise, il faut pouvoir faire des plans, anticiper, prendre des décisions d’investissement ", insiste-t-il.
Dans ce contexte, Pierre-André de Chalendar observe que les Français accordent aujourd’hui bien plus de confiance à l’entreprise qu’à la classe politique. "Les baromètres menés par l’Institut de l’Entreprise le confirment. Cela crée une nouvelle responsabilité : face à l’impuissance des responsables politiques, les entreprises doivent formuler des propositions et défendre une certaine vision de l’économie. Patrick Martin, président du Medef, avait commencé à le faire, l’an dernier, lorsqu’il a lancé l’idée d’un ‘front économique’, dont les conclusions seront présentées ce vendredi ".
Un budget 2026 imparfait mais essentiel
Dans cette période de flottement institutionnel, le président de l’Institut de l’Entreprise estime que le projet de budget présenté par le Premier ministre, "même imparfait ", allait dans le bon sens. Il avait, selon lui, le mérite de préserver l’essentiel, en commençant à s’attaquer au cœur du problème : les dépenses publiques. "Le déficit est d’abord une question de dépenses, pas de recettes ", affirme-t-il, rejetant, lui aussi, toute idée de taxe Zucman voulue par la gauche et qui signifierait un retour de l’ISF. "Ce serait très dangereux. Les entreprises ont besoin de capitaux, de propriétaires, d’actionnaires. Si l’on fait fuir les investisseurs, comme les Anglais sont en train de le faire vers l’Italie, c’est très mauvais. Les entreprises évoluent dans une compétition mondiale de plus en plus violente, ce n’est pas le moment de faire fuir les capitaux ", prévient-il, rappelant que la France reste l’un des pays au monde où les prélèvements obligatoires sont parmi les plus élevés. Il n’y a donc pas, selon lui, de marge de manœuvre dans ce domaine.
C’est pourquoi il soutient pleinement la demande du Medef de reprendre immédiatement la trajectoire de suppression des impôts de production, notamment la CVAE et la C3S. Il souligne également que les aides aux entreprises, souvent décriées, ne sont bien souvent que des compensations à un système fiscal trop lourd. Il cite en exemple le crédit d’impôt recherche, qui compense l’excès de charges sociales sur les emplois qualifiés. "Si l’on veut remettre à plat les aides, il faut d’abord baisser les charges. C’est la première chose à faire", plaide-t-il.
Vers un risque de décrochage français
Si bien que les entreprises sont obligées de s’exporter à l’étranger pour aller chercher de la croissance. Or, les récentes négociations commerciales entre l’Europe et les États-Unis sur les droits de douane laissent un goût amer à Pierre-André de Chalendar. "Nous avons l’impression que les Européens ont négocié avec un pistolet sur la tempe : leur priorité était que les Américains continuent à soutenir militairement l’Ukraine. Résultat : les enjeux commerciaux ont été relégués au second plan. Cela confirme la nécessité d’un sursaut de la défense européenne. Le retour de Donald Trump aux affaires oblige l’Europe à sortir de son désarroi ". Et de souligner un paradoxe cruel pour l’Hexagone : "La France prône depuis vingt ans une vision de l’Europe puissante, indépendante, industrielle. C’est ce que les autres pays commencent enfin à comprendre. Mais eux ont mieux géré leurs finances publiques. Maintenant, ils peuvent investir… et pas nous ".
Une instabilité qui ne serait pas non plus sans conséquence, selon lui, sur l’image de la France auprès des investisseurs étrangers. "Longtemps perçue comme un pays relativement stable malgré ses rigidités, la France est en train de perdre cet avantage. Les signaux deviennent préoccupants. La dynamique s’est déjà affaiblie l’an dernier, et les investisseurs étrangers commencent à douter", alerte-t-il, plaidant pour une continuité gouvernementale et exhortant les partis politiques à penser d’abord à la France.
Ouvrir de nouveaux marchés, un impératif
Pour l’ancien patron de Saint-Gobain, il faut aussi urgemment rouvrir les discussions sur les accords commerciaux, notamment avec le Mercosur ou le Canada, jugeant dommage que la France n’aille pas chercher de nouveaux partenaires : "Dans un monde où la croissance est plus difficile à trouver, il faut diversifier les partenaires économiques. L’heure est à la lucidité, à la responsabilité et à une forme d’unité nationale autour des fondamentaux économiques ".
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