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Private equity européen, la revanche du midmarket / Un rééquilibrage inédit du fundraising après une décennie dominée par le large cap

La décennie du large cap s’essouffle, place au midmarket. En matière de levées, l’année 2025 marque un changement de cycle pour le private equity européen : les mégafonds peinent, tandis qu’IK Partners et d’autres acteurs intermédiaires enchaînent les closings de plusieurs milliards.
Christopher Masek, le CEO de IK Partners
Christopher Masek, le CEO de IK Partners

Le private equity européen est entré dans une nouvelle phase, dont on ne sait pas encore si elle s’inscrira dans la durée, mais qui se caractérise par un déplacement du centre de gravité des levées vers le midmarket. Comme le souligne PitchBook dans son dernier rapport European PE Breakdown de juillet, "l’année a été marquée par un rebond des fonds de taille intermédiaire, qui ont déjà levé 75 % du montant total collecté en 2024". Symptomatique de ce basculement, les mégafonds, longtemps moteurs du secteur, connaissent un net ralentissement. L’absence de méga-closing supérieur à 10 milliards d’euros, un phénomène inédit depuis près d’une décennie, illustre ce reflux.

Pour comprendre ce basculement, il faut revenir sur la décennie précédente, dominée par le large cap et la tech, surtout aux États-Unis, où les performances justifiaient pleinement l’engouement des investisseurs. Mais le millésime 2020-2022, marqué par des valorisations de sommet et des bases gonflées artificiellement par l’effet Covid, a ébranlé ces certitudes. Depuis, la prudence a gagné du terrain et, en miroir, le mid-market a attiré une attention croissante. "Ce millésime a constitué la rupture : on a vu les investisseurs devenir plus prudents sur le large et se tourner progressivement vers le mid-market", explique à WanSquare Chris Masek, le patron d’IK Partners.

Un mouvement qui s’est accompagné, sur le plan géographique, d’un rééquilibrage : le mid-market, longtemps à l’écart, a regagné du terrain, d’abord auprès des Européens, puis des investisseurs asiatiques. "Aujourd’hui, il est redevenu un centre d’intérêt, y compris pour les Américains", poursuit-il.

 

Les follow-on funds donnent le tempo

 

La tendance se reflète dans la multiplication des véhicules de taille intermédiaire, signe de la capacité de ce segment à s’adapter à un environnement financier plus contraint. Dans un contexte de volatilité des marchés, de pression accrue sur les sorties et de vigilance renouvelée des investisseurs institutionnels, les LPs privilégient des structures plus agiles, capables de déployer rapidement et de cibler des opérations moins exposées aux cycles macroéconomiques.

La vigueur du midmarket tient aussi à l’effet d’entraînement des follow-on funds. Les nouvelles générations de véhicules, portées par des équipes expérimentées, lèvent des montants sensiblement supérieurs à leurs millésimes précédents. "Les fonds de taille intermédiaire deviennent plus importants car il s’agit souvent de fonds de continuation qui lèvent des montants supérieurs aux générations précédentes", observe PitchBook. Ainsi, Intermediate Capital Group a plus que triplé la taille de son Europe Mid-Market Fund entre 2020 et 2025, passant de 1 à 3 milliards d’euros. Investindustrial, Ufenau, Egeria, Marlin Heritage ou encore Aurelius ont tous connu des levées supérieures à leurs éditions antérieures. Une progression qui témoigne de la confiance persistante des investisseurs envers des gestionnaires capables d’afficher une continuité de performance.

Londres, de son côté, consolide plus que jamais sa position dominante, concentrant près de la moitié du capital levé en Europe et un fonds sur trois. Ni les incertitudes réglementaires post-Brexit, ni le durcissement fiscal sur le carried interest n’ont entamé l’attractivité de la City. À l’inverse, la région DACH (Allemagne, Autriche, Suisse) connaît un coup d’arrêt, avec seulement trois fonds closés et un peu plus de 3 milliards levés, loin des 20 milliards rassemblés en 2024.

 

Les buyout funds en maîtres du jeu

 

La domination des buyout funds sur le paysage européen ajoute une autre clé de lecture. Ils représentent plus de 80 % des fonds closés et 86 % du capital levé, loin devant le growth equity. La montée des taux d’intérêt incite les LPs à privilégier des stratégies plus disciplinées, centrées sur l’amélioration opérationnelle et la défense des marges, plutôt que sur la croissance à tout prix.

La dynamique trouve un écho particulier chez IK Partners. En avril, la société de gestion a closé son dixième fonds Mid Cap, IK X, à 3,3 milliards d’euros. Trois mois plus tard, elle levait 2 milliards pour son quatrième Small Cap, également au hard cap. En dix-huit mois, IK aura ainsi réuni plus de 6 milliards sur l’ensemble de sa plateforme, dont un véhicule de continuation. “Les souscripteurs nous connaissent, ils avaient déjà fait leur due diligence, et cela a facilité leur décision”, explique Chris Masek.

Un facteur déterminant est la taille critique : de purs acteurs small-cap, limités à quelques centaines de millions d’euros, peinent à attirer les grands institutionnels, qui jugent leurs tickets trop petits pour y engager des capitaux significatifs. "À partir du moment où vous disposez d’une certaine envergure, les investisseurs souverains ou les grands fonds institutionnels se disent qu’ils peuvent entrer, même sur une stratégie small-cap", explique le patron d’IK Partners. Même si, en la matière, le co-investissement peut demeurer un frein : "Pour ces investisseurs, il est difficile de justifier des tickets de co-investissement de seulement quelques millions.", ajoute-t-il.

 

Les acteurs intermédiaires capitalisent

 

Reste à savoir si ce rééquilibrage vers le midmarket marque une évolution durable ou une parenthèse avant le retour en force des géants. À ce stade, comme l’observe Pitchbook, le plus grand fonds levé depuis janvier n’a rassemblé “que” 5,3 milliards. Or, depuis 2017, chaque année avait vu au moins un closing supérieur à 10 milliards. 2025 pourrait donc rompre avec cette séquence.

En attendant, les acteurs du midmarket profitent de ce moment pour consolider leur place auprès des LPs et élargir leur base d’investisseurs. Les deux derniers fonds d’IK illustrent cette diversification, avec un poids américain en retrait, une majorité européenne, une progression sensible de l’Asie et la montée des feeders portés par les banques privées. On note aussi la présence renforcée des souscripteurs français. "On a réellement constaté une montée en puissance des investisseurs français au cours des dix dernières années", observe Chris Masek. Il évoque une véritable "diaspora" : des professionnels issus de grandes institutions financières qui, en rejoignant des family offices ou des groupes patrimoniaux, ont emporté avec eux leur expertise et leurs réseaux. "Cela crée une continuité, à la fois des institutions et des individus, qui renforce le rôle de la place française dans le mid-market européen."

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