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Crédit Agricole / Banques européennes / Scope Ratings
Bâle III : les banques européennes encaisseront le choc / Même réduit, le coussin du Crédit Agricole restera confortable
L’output floor incarne la dernière pierre de Bâle III, ce corpus de règles prudentielles internationales élaboré après la crise financière pour renforcer la solidité des banques. Longtemps redoutée, cette règle vient plafonner l’avantage que les établissements peuvent tirer de leurs modèles internes de calcul du risque. Pour qui n’est pas familier de ces arcanes prudentiels, le mécanisme peut se résumer en quelques mots. Lorsqu’une banque calcule le risque de ses activités, elle peut utiliser les grilles standardisées fixées par le régulateur ou ses propres modèles internes, réputés plus fins mais parfois jugés trop optimistes. Pour éviter que certains établissements ne minorent trop leurs exigences de fonds propres, la réforme impose que le niveau retenu ne puisse pas descendre en deçà de 72,5 % du calcul standard. Concrètement, si la méthode officielle chiffre un risque à 100, la banque ne pourra plus afficher moins de 72,5 en utilisant son modèle interne.
De quoi faire craindre un saut brutal des exigences de capital et un handicap supplémentaire pour les banques européennes, déjà réputées plus contraintes que leurs rivales américaines. Le dispositif est en vigueur depuis janvier 2025, mais son seuil n’atteindra son régime définitif qu’en 2030, selon une montée par paliers : 50 % cette année, 55 % en 2026, puis 60 %, 65 % et 70 % avant d’arriver à 72,5 %.
Des ratios CET1 largement dimensionnés
Dans une étude publiée fin juillet, Scope Ratings vient pourtant tempérer ces inquiétudes. L’agence a simulé les exigences de fonds propres si l’output floor s’appliquait dès aujourd’hui. L’écart observé entre les banques va de zéro à 367 points de base sur le ratio CET1. Seules Deutsche Bank et Nordea, le groupe bancaire nordique, se retrouveraient légèrement en deçà des minima réglementaires si l’output floor et l’ensemble des ajustements aux approches standardisées étaient appliqués du jour au lendemain. La plupart des autres établissements disposent de coussins suffisants pour encaisser le relèvement.
Le Crédit Agricole, en particulier, illustre l’ampleur relative du choc : son coussin de fonds propres, qui excède aujourd’hui d’environ 8 points de pourcentage les minima, serait réduit de moitié en 2030, à près de 4 points. Mais ce niveau resterait confortable et très supérieur aux exigences. "Compte tenu du coussin substantiel dont le groupe dispose par rapport à son exigence totale de ratio CET1, cet impact devrait être facilement absorbé au niveau consolidé", souligne Magnus T. Rising, analyste au sein de l’équipe FI de Scope. BNP Paribas, Société Générale, Santander ou UniCredit subiraient des réductions plus limitées, de l’ordre de 0,5 à 1 point de CET1, laissant encore une marge de sécurité significative.
Cette capacité à absorber le choc ne doit rien au hasard. Elle s’explique par les renforcements successifs opérés par les établissements européens depuis 2008. En quinze ans, les grandes banques européennes ont accumulé des volumes considérables de fonds propres de haute qualité (CET1), précisément pour répondre à ce type de resserrement prudentiel. L’étalement du calendrier joue bien sûr un rôle central, en laissant le temps aux établissements de générer du capital organique, d’optimiser leurs actifs pondérés par les risques et de calibrer leurs distributions de dividendes ou de rachats d’actions.
Des maillons faibles pas sans ressources
Même pour Deutsche Bank et Nordea, qui ressortent comme les plus fragiles de l’échantillon, Scope Ratings se veut rassurant. "En pratique, dans le cours normal de leur activité, ces deux établissements disposent de la capacité de reconstituer rapidement le capital requis grâce à la mise en réserve de leurs bénéfices" estime Magnus T. Rising. Par ailleurs, des stratégies d’atténuation - optimisation des portefeuilles et autres mesures - contribueront à réduire la pression exercée par l’output floor sur leurs ratios de fonds propres. Si bien que, "pour l’ensemble des banques étudiées, le délai laissé avant l’entrée en vigueur complète du dispositif devrait offrir suffisamment de temps pour s’ajuster", juge l’analyste.
L’output floor n’apparaît donc pas comme une menace immédiate pour la stabilité des banques européennes. Le débat relève davantage de la compétitivité entre régions. Si États-Unis, Royaume-Uni et Union européenne n’avaient pas, au départ, retenu le même tempo ni la même intensité dans l’application des standards de Bâle III, cette divergence conduit aujourd’hui à un assouplissement généralisé du calendrier pour la mise en place des ultimes volets de la réforme.
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