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Clariane / Sophie Boissard
Clariane en avance sur le bilan, mais l’opérationnel cherche son rythme / Performance semestrielle en demi-teinte
La rechute est brutale pour Clariane. Mercredi après-midi, l’action du spécialiste de la dépendance dégringolait de 17,2 % à 4,22 euros à la Bourse de Paris, en réaction à la publication de ses résultats semestriels. Un revers qui prend les investisseurs à revers : le titre était récemment remonté à ses plus hauts niveaux depuis le printemps 2023, porté par les étapes franchies dans le cadre du plan de renforcement du bilan, dont une émission obligataire de 400 millions d’euros et la cession du réseau Petits-fils, leader français de l’aide à domicile.
Comme le souligne le groupe dirigé par Sophie Boissard, ce plan est désormais entièrement bouclé, avec six mois d’avance sur le calendrier initial. Il comprenait des cessions d’actifs opérationnels et immobiliers ainsi que la mise en place de partenariats en capital, dans une logique de recentrage géographique. Ces opérations doivent générer environ un milliard d’euros de produits bruts de cession sur l’année. Les plus-values attendues sur l’ensemble du programme, y compris la vente de Petits-fils, dépasseraient 200 millions d’euros en 2025.
De quoi rassurer sur le plan bilanciel. Mais la réalité opérationnelle, elle, reste plus contrastée.
Une activité contrastée
Sur le plan commercial, le chiffre d’affaires du premier semestre s’établit à 2,656 milliards d’euros, en croissance organique de 4,8 %, en ligne avec l’objectif annuel. La progression, homogène au premier trimestre, a nettement ralenti sur la période avril-juin, pour ressortir à 1 335 millions d’euros, soit une hausse organique limitée à 0,8 %. Cette décélération reflète notamment un ralentissement en France, mais aussi des effets techniques liés à des cessions récentes, comme celles de l’activité d’hospitalisation à domicile (AHD) et du réseau Berkley Care au Royaume-Uni.
Bien que sorties du périmètre consolidé, ces entités figuraient encore dans la base de comparaison du deuxième trimestre 2024, ce qui a pesé sur la croissance organique "brute". En neutralisant ces éléments ainsi que d’autres facteurs ponctuels, Oddo BHF estime que la croissance organique "retraitée" ressort à + 4,8 %, en ligne avec les objectifs.
Ce chiffre recouvre toutefois des trajectoires très différenciées selon les géographies. En France, qui représente 43 % de l’activité, la croissance a été pénalisée par la réforme du financement du secteur sanitaire et médico-social (SMR), mise en œuvre de manière partielle et tardive. À cela s’ajoutent un taux d’occupation des Ehpad sous pression (87,4 % au premier semestre contre 88,6 % un an plus tôt) et le décalage au 1er avril 2025 de l’indexation annuelle des prix. À l’inverse, l’activité à l’international reste bien orientée, avec une croissance organique estimée à 5,5 %, tirée par les hausses tarifaires et l’amélioration du taux d’occupation.
La rentabilité encore sous pression
De même, la rentabilité reste pénalisée par plusieurs vents contraires. L’EBITDA pré-IFRS 16 s’établit à 263 millions d’euros, en baisse de 4,1 % sur un an en données pro forma hors activités cédées et promotion immobilière. Cette contraction s’explique principalement par l’impact de la réforme SMR, le report des indexations annuelles et l’épidémie de grippe survenue en début d’année.
À ces éléments s’ajoutent l’inflation persistante sur les coûts de personnel et les matières premières, l’arrêt des aides publiques post-Covid ainsi que la fin de l’activité de promotion immobilière, qui pèsent également sur la marge.
"Conséquence directe, la génération de trésorerie est toujours sous pression malgré une réduction des investissements", observe Octo Finances. Le cash-flow opérationnel pré-IFRS 16 ressort à 133 millions d’euros, contre 169 millions un an plus tôt. Retraité du décalage des paiements des caisses d’Assurance maladie, il serait resté stable.
Un semestre centré sur le désendettement
Il reste que si la performance opérationnelle manque encore d’éclat, en particulier en France, et s’il y a un certain retour à la réalité sur la complexité du redressement en cours, cela ne doit pas occulter l’essentiel : comme le rappelle Oddo BHF, "l’enjeu du premier semestre était surtout de restaurer le bilan", et sur ce point, "la situation s’apure progressivement".
Le ratio de levier financier "Wholeco", qui mesure l’endettement total du groupe (y compris les holdings) rapporté à l’EBITDA consolidé, s’établit à 5,6 fois au 30 juin 2025, en données pro forma des cessions encaissées. Il recule ainsi légèrement par rapport à fin 2024 (5,8 fois). Le levier "Opco", qui se concentre sur les seules activités opérationnelles, s’élève quant à lui à 3,5 fois, contre 3,8 fois six mois plus tôt.
Un second semestre placé sous le signe du rebond
Tandis que la trajectoire financière s’assainit, Clariane espère désormais enclencher un rebond opérationnel au second semestre. "Nous bénéficierons des mesures correctrices que nous avons engagées dans le cadre de la réforme SMR, à travers une gestion renforcée du case mix et l’ajustement des organisations de soins", indique Sophie Boissard, la directrice générale de Clariane. Elle prévoit également "le plein effet des augmentations tarifaires en Allemagne" ainsi que "la poursuite de la bonne dynamique des taux d’occupation dans les maisons de retraite".
Parallèlement, un plan d’adaptation de l’organisation centrale au nouveau périmètre post-cessions a été engagé, tout comme l’accélération de la transformation digitale initiée il y a plus d’un an.
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