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The Exploration Company / KKR / Natixis / Crédit Agricole
De nouveaux moyens partenariaux pour financer les modèles industriels novateurs / Un desserrement, même léger, des contraintes réglementaires bancaires pourrait aussi être utile
Les start-ups sont des vecteurs d’innovation à plusieurs niveaux. En termes de technologies, mais aussi de modèles d’affaires et de développement. Hélène Huby, la fondatrice et directrice générale de The Exploration Company, une entreprise jeune de moins de quatre années et opérant dans le 'new space', l’a expliqué samedi aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, à l’occasion d’une table ronde sur la réindustrialisation de la France. "Nous avons créé un modèle qui vient des États-Unis, de "commercial space". Une capsule est un des produits les plus complexes parmi les véhicules spatiaux. En temps normal, j’aurais dû m’adresser à la France, ou à l’Italie, en leur demandant de me donner de l’argent. Je suis allée voir des investisseurs privés. Je leur ai dit : ‘j’ai une équipe de choc, nous allons prendre 100 % des parts de marché européennes et 50 % des parts de marché aux Etats-Unis', puisque SpaceX va mettre l’une de ses capsules à la retraite. Donnez-moi de l’argent, nous allons livrer. Et en moins de quatre ans, nous avons fait voler deux capsules", a expliqué la dirigeante, dont l’entreprise a bouclé, par la suite, en novembre dernier, une série B record de 150 millions d’euros.
Et de poursuivre : "Maintenant, je vais voir les gouvernements, qui vont payer la moitié du coût, puisque la première moitié a déjà été payée par des investisseurs privés. C’est un gain d’argent pour le contribuable. Nous apportons un nouveau modèle industriel, où la commande publique et l’Etat arrivent en clients d’ancrage, et non plus au travers de subventions, tout en mettant en compétition les grands groupes et les start-ups". De fait, a de son côté ajouté Vincent Policard, partner et co-responsable des activités d’infrastructures en Europe chez KKR, les fonds publics auront nécessairement besoin d’être complétés pour pouvoir financer la réindustrialisation française et notamment en ce qui concerne les grands projets d’infrastructures de transport. Ce qui se transpose néanmoins à tous les secteurs de l’industrie. L’expert du géant de l’investissement a en effet relaté une anecdote pour le moins parlante à ce propos. Chez KKR, il y a quelques années, un dossier d’investissement dans une entreprise productrice d’acier vert en Suède avait en effet attiré leur attention. "Quand on regarde le plan hydrogène de la France, c’est une enveloppe de 9 milliards d’euros d’ici à 2030", a-t-il débuté.
Maigre pourcentage
L’ambition de l’entreprise était de construire une usine capable de produire 2,5 millions de tonnes d’acier. "La production d’acier en Europe, aujourd’hui, c’est 130 millions de tonnes. Ces 2,5 millions de tonnes en représentent donc 2 %. Pour construire cette première usine, les promoteurs du projet avaient chiffré le projet à 6,5 milliards d’euros de capitaux, entre la dette et l’equity. Donc cette usine représentant 2 % de la production d’acier européenne, qui est l’une des branches de l’industrie à décarboner, pèse 70 % du programme français hydrogène. Cela montre bien que les ordres de grandeur entre les besoins d’investissement et la capacité des Etats à investir sont décorrélés", a-t-il relevé. " Tout ça ne peut se jouer qu’à l’échelle européenne, c’est le seul marché sur lequel on peut avoir une taille assurant la durabilité de la compétitivité au niveau mondial. Une fois qu’on a dit ça, que peut-on faire ? Nous avons une fenêtre d’opportunité car il y a un alignement d’intérêt sur les sujets de compétitivité européenne. Cela veut dire aussi que le grand dessein à avoir est de créer un cercle vertueux. Soit la collecte d’épargne et l’augmentation de cette dernière, grâce à l’activité d’investissement dans les entreprises qui permet de financer l’innovation et leur transition, et donc d’augmenter les rendements pour les épargnants", à de son côté assuré Philippe Setbon, directeur général délégué de Natixis.
Pour autant, à l’échelle européenne, quelques ajustements réglementaires pourraient aussi permettre aux banques de jouer leur rôle de financeur de ces projets industriels à plein. Olivier Galvada, le directeur général du Crédit Agricole SA, a en effet indiqué : "Si nous allégions de 1 % la contrainte en termes de fonds propres, nous dégagerions 120 milliards d’euros de financements supplémentaires. Les encours de crédit du tissu industriel français sont de 187 milliards d’euros. Ces contraintes ne font que s’accélérer avec les réformes de Bâle IV, quand nos amis compétiteurs américains les desserrent. Il y a fort à parier que la localisation des industries, du fait de ce financement coûteux, parte aux États-Unis". Pour autant, a souligné Olivier Galvada, ce point réglementaire, associé à celui de la réalisation concrète du projet de l’union de l’épargne et de l’investissement, ne serait qu’un facteur d’accélération pour la banque. "Nous ne manquons pas de financements, mais plutôt de projets", a-t-il en effet indiqué.
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