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AXA enclenche son programme de rachat le plus ambitieux / Un montant inédit pour absorber la perte de revenus d’AXA IM

Annoncé tard mardi soir, le lancement par AXA d’un rachat d’actions de 3,8 milliards d’euros s’inscrit dans la foulée de la cession, désormais bouclée, de sa filiale AXA IM à BNP Paribas. Un geste spectaculaire qui cristallise le recentrage stratégique du groupe engagé de longue date, et illustre une approche très assumée de son allocation de capital.
Thomas Buberl, le directeur général d'Axa - Photo by Ludovic MARIN / AFP
Thomas Buberl, le directeur général d'Axa - Photo by Ludovic MARIN / AFP

C’est à une heure avancée de la soirée de mardi qu’Axa a annoncé le lancement d’un programme de rachat d’actions d’un montant particulièrement élevé : 3,8 milliards d’euros. Inhabituel, même pour un groupe qui a fait du retour aux actionnaires un pilier de sa stratégie financière. Depuis plusieurs années, les rachats d’actions sont devenus chez Axa une pratique récurrente, avec des montants souvent supérieurs au milliard d’euros. Mais l’année 2025 s’inscrira dans une autre catégorie.

Le coup d’envoi de ce programme massif intervient dans le sillage de l’une des plus grosses opérations financières du moment : la cession d’Axa Investment Managers à BNP Paribas, désormais finalisée, pour un montant de 5,4 milliards d’euros. Un prix qui représente environ 15 fois le résultat opérationnel 2023 de la filiale, valorisant ainsi un actif arrivé à maturité dans un environnement de plus en plus complexe pour les gestionnaires d’actifs traditionnels. Marges sous pression, percée des ETF, montée des acteurs alternatifs : autant de tendances qui renforcent le choix d’Axa de recentrer ses priorités.

 

Une nouvelle étape dans le recentrage stratégique

 

Avec cette étape désormais actée, l’assureur français poursuit ainsi son virage engagé de longue date vers ses métiers jugés plus résilients : l’assurance dommages, la santé et la prévoyance. Après la cession d’AXA Equitable aux États-Unis en 2018, le groupe continue de se délester des activités considérées comme moins capital-efficientes, et donc moins contributives à la création de valeur dans le cadre réglementaire exigeant de Solvabilité II. Une réduction ciblée de ses activités financières non stratégiques que le groupe avait notamment réalisée à travers la cession progressive de sa participation dans AXA Equitable Holdings (EQH) aux États-Unis entre 2018 et 2019. Celle-ci comprenait également la participation dans la société de gestion d’actifs AllianceBernstein.

La cession d’AXA IM marque, elle, un vrai tournant, car le métier de la gestion d’actifs faisait historiquement partie intégrante du modèle du groupe. Les anciennes directions y étaient en effet attachées, notamment sous Henri de Castries, qui avait renforcé cette activité comme pilier de diversification. Tous les ponts ne sont pas coupés pour autant : un partenariat noué avec BNP Paribas doit garantir la continuité des solutions d’investissement proposées aux clients du groupe.

 

Un arbitrage capitalistique assumé

 

Sur le plan financier, l’opération génère une plus-value significative estimée à 2,2 milliards d’euros. De quoi libérer du capital pour d’éventuels redéploiements dans les activités cœur du groupe, même si Axa n’a pour l’instant pas détaillé d’objectifs précis sur ce front. Lors de précédentes prises de parole, le groupe a toutefois évoqué des ambitions dans l’assurance santé, la couverture des risques climatiques et le développement de services à valeur ajoutée dans l’assurance aux entreprises.

Mais cette vente prive aussi le groupe d’une source de revenus récurrents : environ 400 millions d’euros de résultat opérationnel par an. Une ponction non négligeable, qui pèserait mécaniquement sur le bénéfice par action (BPA) si elle n’était pas compensée. D’où la mise en œuvre du programme de rachat annoncé mardi soir.

 

Un effet net positif sur la solvabilité

 

Fait notable : l’effet conjugué de la transaction et du rachat d’actions devrait améliorer d’environ deux points le ratio de solvabilité du groupe. Un résultat qui peut, de prime abord, sembler paradoxal, puisque les rachats d’actions ont généralement un impact négatif sur la solvabilité en réduisant les fonds propres.

Le fait est que le ratio Solvabilité II repose sur deux composantes : les fonds propres d’un côté, et le capital de solvabilité requis (SCR) de l’autre. Si les fonds propres baissent, mais que le SCR diminue davantage, le ratio progresse. C’est précisément ce qui se joue ici. La cession d’AXA IM apporte une entrée de trésorerie significative, qui renforce temporairement les fonds propres, tout en allégeant le profil de risque du groupe, ce qui abaisse le SCR. Le solde est donc positif.

C’est là toute la subtilité du pilotage capitalistique d’un assureur. Car si les rachats d’actions sont devenus monnaie courante dans les grandes entreprises cotées, ils restent, dans ce secteur, des actes lourds de sens. Les fonds propres sont l’amortisseur ultime du risque pour un assureur. En disposer librement est un signe de solidité. En utiliser une part aussi importante pour racheter ses propres titres, c’est afficher une confiance sans ambiguïté dans la robustesse de son bilan.

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