Entreprises / Actions / BNP Paribas
Entreprises / Actions
BNP Paribas
BNP Paribas veut hausser le profil de sa banque de détail française / Objectif : 17 % de rentabilité en 2028
Après avoir récemment détaillé les ambitions de BNP Personal Finance, sa filiale spécialisée dans le crédit à la consommation, BNP Paribas poursuivait jeudi sa série de présentations stratégiques avec un nouveau " Deep Dive " consacré cette fois à sa banque de détail en France, regroupée sous l’appellation CPBF (Commercial & Personal Banking in France).
Ce périmètre, qui comprend les activités de banque de détail, de banque privée et de banque d’entreprises sur le territoire national, constitue une composante essentielle du pôle CPBS (Commercial, Personal Banking & Services), aux côtés des entités du groupe en Belgique, en Italie ou dans les services spécialisés. À lui seul, CPBF génère 53 % des revenus du pôle CPBS et 44 % de son résultat avant impôts, ce qui en fait un levier stratégique de premier plan.
Le sujet revêt une importance particulière, dans la mesure où, comme le souligne Barclays dans une étude sectorielle publiée cette semaine, la banque de détail française reste perçue par les marchés comme un métier structurellement peu rentable, encore largement sous-valorisé en Bourse.
Transformer le potentiel commercial
Ainsi, l’ambition affichée est claire : il s’agit de faire de CPBF un contributeur significatif à la croissance rentable du groupe. Pour y parvenir, BNP Paribas vise une progression annuelle moyenne des revenus supérieure à 5 % d’ici à 2028, couplée à un effet ciseau positif – c’est-à-dire un écart favorable entre la croissance des revenus et celle des coûts – de 3 à 4 points par an. Cette dynamique permettrait au RONE (rentabilité des fonds propres avant impôt) de franchir la barre des 17 % à horizon 2028, contre environ 10 % aujourd’hui. Un objectif qui, fait notable, rejoint celui fixé pour la division Personal Finance, présentée trois semaines plus tôt dans le même format.
En matière de revenus, la présentation souligne le rôle central joué par CPBF dans la dynamique commerciale du groupe. Si la division ne pèse " que " 13,5 % du chiffre d’affaires consolidé, elle contribue à hauteur de 24 % aux revenus générés par les ventes croisées entre entités. Une capacité d’" irrigation " stratégique, permise par sa proximité avec les clientèles à forte valeur – professionnels, entrepreneurs, particuliers patrimoniaux – qui en fait une porte d’entrée naturelle vers les autres métiers du groupe : assurance, gestion d’actifs, banque privée ou encore crédit-bail.
Un modèle de revenus de plus en plus équilibré
Dans ce cadre, la génération de commissions, plus récurrente et moins cyclique que le produit net d’intérêt, constitue un levier de croissance de plus en plus structurant. En 2024, elles ont représenté près de 49 % des revenus de CPBF, contre 43 % cinq ans plus tôt. Une progression portée par les activités de cash management, de services financiers et d’assurance, qui concentrent plus de 90 % des commissions perçues. La montée en puissance des encours hors bilan – notamment en assurance-vie – vient conforter cette tendance, dans un contexte où les dépôts à vue ont cessé d’être une source stable et gratuite de revenus. Depuis la crise du Covid, les encours clients affichent une croissance annuelle moyenne de 5 %, témoignant d’une dynamique robuste, fondée sur la diversification des produits et des canaux.
Cette solidité commerciale ne suffit toutefois pas à gommer les fragilités du modèle français en matière de rentabilité. Si CPBF a mieux résisté que ses concurrents au sein du marché domestique, son taux de RONE reste encore sensiblement en deçà des standards du groupe. Le diagnostic est bien connu : compression persistante du produit net d’intérêt, due à la prévalence des crédits immobiliers à taux fixe, à la montée en puissance des dépôts rémunérés et à l’encadrement réglementaire via les taux d’usure.
Le pari d’un rebond durable du produit net d’intérêt
Une mécanique défavorable que la banque espère désormais pouvoir inverser. À horizon 2028, BNP Paribas anticipe un redressement significatif de son produit net d’intérêt, qui redeviendrait le principal moteur de croissance des revenus de CPBF, devant les commissions. Cette amélioration reposerait en grande partie sur l’élargissement progressif de la marge sur dépôts, grâce à une stabilisation du mix (dépôts à vue, épargne, terme) et au réinvestissement des fonds non rémunérés à des taux plus avantageux.
Le plan est fondé sur un scénario de taux modérément favorable – 2,0 % sur les dépôts à vue et 2,5 % sur les taux longs – et sur une croissance modeste des volumes de dépôts (+ 1 % par an). Dans ce cadre, BNP Paribas estime qu’une variation de 1 milliard d’euros sur les dépôts à vue a un effet mécanique de 20 millions sur le PNI. De quoi nourrir une trajectoire de rebond régulier du produit net d’intérêt d’ici à 2028, même dans un contexte de normalisation progressive des taux.
Reste à contenir les charges pour que ce rebond des revenus se traduise pleinement en création de valeur. C’est tout l’enjeu de l’effet ciseau recherché par la banque.
L’amélioration de la rentabilité passe aussi par une gestion rigoureuse du capital alloué. La trajectoire présentée prévoit une croissance contenue des actifs pondérés par les risques (RWA), autour de 2 % par an, concentrée sur les segments les plus générateurs de valeur, au premier rang desquels figurent la banque d’entreprises et la banque privée.
Entreprises et clients patrimoniaux au cœur du ciblage
Sur le segment corporate, BNP Paribas revendique une position de leader incontesté auprès des grandes entreprises françaises, avec un taux de pénétration de 97 % sur le SBF 120 pour les activités de cash management. Il entend désormais élargir sa base de clientèle aux PME, en s’appuyant sur ses 39 centres d’affaires régionaux et son modèle intégré " One Bank ", qui permet d’accompagner les clients dans leur développement en France comme à l’international.
Côté banque privée, la dynamique est tout aussi affirmée. BNP Paribas reste le numéro un en France avec 139 milliards d’euros d’encours et veut accélérer grâce à un modèle digital renforcé. L’acquisition de nouveaux clients passe par une approche segmentée et des outils technologiques de plus en plus personnalisés. En 2024, plus de 7 300 foyers ont ainsi migré du réseau de détail vers la banque privée, illustrant le potentiel de montée en gamme d’une partie de la clientèle existante.
Deux segments complémentaires sur lesquels BNP Paribas compte s’appuyer pour redonner à sa banque de détail française un rôle moteur dans la création de valeur.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

