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Droit des sociétés / Gide Loyrette Nouel / M&A / Private equity / Frédéric Nouel

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Gide Loyrette Nouel / M&A / Private equity / Frédéric Nouel

exclusif M&A sous pression : Gide livre la recette de sa résilience / Un conseil qui se doit (aussi) d’être au plus proche localement du client

EXCLUSIF. Dans un climat politique et économique mondial profondément instable, les grandes opérations de fusion-acquisition (M&A) sont en net ralentissement. Frédéric Nouel, associé senior du cabinet Gide Loyrette Nouel, dresse, pour WanSquare, un état des lieux sans fard : retour de Trump, dissolution française, réglementation contraignante… autant de secousses qui redessinent l’environnement transactionnel. Mais aussi, selon lui, une occasion de repositionner les priorités, de bâtir de nouvelles alliances, et surtout, de ne jamais cesser d’avancer.
Frédéric Nouel (Gide)
Frédéric Nouel (Gide)

Si au sein de la communauté des affaires, beaucoup espéraient un choc pro-business avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, leurs espoirs ont été vite douchés. À la place, ils ont eu une guerre commerciale, un repli stratégique, et une remise en cause des traités internationaux. "Tous ces espoirs ont été balayés par les mesures tarifaires et les attaques contre le commerce mondial. Même sur le plan du droit de la concurrence, les grands changements espérés n’ont pas eu lieu", constate Frédéric Nouel, Senior Partner du cabinet Gide à l'occasion d'un entretien accordé à WanSquare. Résultat et conséquences immédiates : les prises de risque se sont faites plus rares au premier semestre 2025 et les flux transatlantiques s’assèchent. "Il y a eu un réel coup de frein sur les investissements de private equity en Europe provenant des États-Unis", poursuit-il.

 

Un problème de boussole européenne ?

 

Une instabilité que les entreprises françaises connaissent déjà bien. L’année dernière, la dissolution de l’Assemblée nationale avait aussi provoqué un choc, les contraignant, pour beaucoup, à remettre leurs projets d’investissements à plus tard. "Le deuxième semestre 2024 a été marqué par un coup d’arrêt sur toutes les transactions en France. La dissolution a interrompu la reprise qui se dessinait en France et tandis que d’autres marchés européens, comme l’Italie ou le Royaume-Uni, rebondissaient, notre économie est restée à l’arrêt ", se souvient Frédéric Nouel.

A ce phénomène s’est ajoutée l’éternelle lourdeur réglementaire, régulièrement dénoncée par les grands groupes et le Medef, même si l’Union européenne travaille à sa simplification. "Les délais d’obtention des autorisations en matière de concurrence et dans tous les secteurs régulés atteignent jusqu’à deux ans. Une entreprise qui envisage un rapprochement stratégique avec, par exemple, un concurrent sera ainsi potentiellement paralysée durant une très longue période, sans véritablement savoir si à la fin elle obtiendra les autorisations nécessaires", rappelle l’avocat.

Et à l'associé du prestigieux cabinet d’affaires parisien de se montrer lucide : "aujourd’hui, la souveraineté européenne n’est pas dans les critères du traité. Même dans des secteurs où la consolidation pourrait créer des champions face à la Chine ou aux États-Unis, les critères de concurrence au bénéfice immédiat du consommateur restent essentiels ", alertant sur un point clé de la réindustrialisation : "Vous ne pouvez pas lancer un plan de création de gigafactories, et les soumettre immédiatement à une concurrence chinoise expérimentée, organisée et très performante. La réindustrialisation s’inscrit dans le temps long et si l’Europe la souhaite, elle doit protéger les marchés concernés de la concurrence étrangère la plus agressive pour donner une chance aux futures usines européennes de monter en puissance et de devenir compétitive".

 

Le fonds de private equity à la rescousse

 

Bonne nouvelle néanmoins selon lui, la montée en puissance d’un private equity européen dans les secteurs souverains. "On commence à voir naître des partenariats entre le public et le privé dans les secteurs souverains. C’est nouveau et encourageant". Dans le secteur de la défense par exemple, la Direction générale de l’Armement vient de s’allier à un club de 80 fonds de private equity afin de drainer des capitaux vers les jeunes pousses françaises. Le cabinet Gide a aussi collaboré récemment à la structuration d’un fonds de capital investissement de Tikehau Capital dédié à la défense et à la sécurité européenne. Un fonds doté de 150 millions d’euros d’engagements initiaux avec ses partenaires, Société Générale Assurances, CNP Assurances, et le groupe CARAC.

Une dynamique qui, pour Frédéric Nouel, pourrait s’étendre au spatial, au nucléaire, à l’énergie, etc. "C’est comme cela que l’Europe pourra se réindustrialiser. Pas uniquement autour de quelques champions nationaux, mais en construisant des écosystèmes complets et viables, où des entreprises de croissance financées par le private equity pourront se développer et prospérer dans des secteurs jugés stratégiques et donc protégés au moins un temps d’une concurrence extra-européenne débridée". Mais ce nouveau paradigme appelle aussi, pour lui, à des règles claires. "Si l’Etat souhaite que des fonds privés s’engagent dans les secteurs souverains, il faut que le cadre juridique de leur désinvestissement soit défini : les fonds privés s’accommodent mal d’un risque non encadré de blocage de leur revente", prévient-il.

 

Gide, un modèle résilient

 

Il n’en reste pas moins que malgré le contexte économique et géopolitique peu favorable, le cabinet d’avocats d’affaires garde une capacité intacte à accompagner ses clients. "Nous arrivons de nouveau à bien travailler, mieux encore cette année que l’année dernière qui était déjà une bonne année. En couvrant à très haut niveau tous les domaines importants du droit des affaires, nous présentons une offre de service particulièrement rassurante pour des entreprises aujourd’hui confrontées à des degrés d’incertitude et de risque rarement atteints. Nous sommes à tout moment en mesure de rassembler des compétences très reconnues dans un nombre inégalé de domaines. Ce modèle s’avère naturellement très résilient car il est le plus efficace pour comprendre et résoudre rapidement le problème du client", affirme Frédéric Nouel.

Gide s’appuie actuellement beaucoup sur son bureau de Bruxelles, pionnier sur les sujets de droit douanier, de commerce international et des sanctions. "Cette équipe est particulièrement mobilisée depuis six mois. Leurs conseils sont très recherchés aussi bien à New York, qu’à Londres ou à Paris, y compris par nos confrères étrangers ", confie-t-il, constatant dans le même temps, "une adaptabilité remarquable de la part des clients. Ils ont compris que l’incertitude n’était pas une excuse pour ne rien faire. Recentrage stratégique, intégration verticale, cessions d’actifs non stratégiques… les opérations avancent, même à petite échelle".

 

Miser sur la mobilité, pas sur l’attentisme

 

Lorsque l'on demande à Frédéric Nouel ses prévisions pour le second semestre, l’avocat se montre prudent. Mais hors de question pour lui de rester immobile. Preuve de cet état d’esprit, il s’apprête à proposer à ses associés l’ouverture de deux nouveaux bureaux internationaux.

Ainsi, Gide regarde vers l’Afrique et le Moyen-Orient. "Nos bureaux au Maghreb progressent fortement. C’est une région où la croissance reste soutenue, et où le progrès de l’État de droit dans les pays politiquement stables se traduit immédiatement par une hausse des transactions", souligne-t-il.

L’un de ces projets vise un marché porteur, l’autre une place financière stratégique. Objectif : remonter le fil de la rivière jusqu’à l’investisseur, se rapprocher du client, et rester leader. Une stratégie de mobilité qui s’inscrit dans une logique observée chez les grands cabinets américains. "Ils ont suivi leurs clients. Avec la croissance importante des activités de Blackstone, KKR, Brookfield, Apollo à Londres, beaucoup de grandes firmes US ont musclé leurs équipes dans la capitale britannique. Certains cabinets US avaient 20 avocats à Londres en 2019. Ils en ont 450 aujourd’hui", nous fait-il observer, convaincu, qu’il faut être "dans la même ‘time zone’, voir souvent ses clients, connaître les équipes par cœur". 

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