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Entreprises / Actions

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Le CAC 40 n’a pas rompu sous le poids des chocs de l’année 2024 / Son profil financier fait de la résistance malgré tout

Les entreprises de l’indice phare de la Bourse de Paris ont su tirer parti de leurs fondamentaux, mais aussi de leur capacité d’adaptation, pour résister aux chocs de l’année 2024. Si la plupart des indicateurs financiers sont en recul, ce dernier reste en somme limité au regard de la succession et de l’ampleur des différents éléments perturbateurs advenus. Et reste aussi à nuancer en fonction des secteurs d’activité. La confiance pour la suite, en revanche, semble bien rester de mise.
(Photo by MUSTAFA YALCIN / Anadolu via AFP)
(Photo by MUSTAFA YALCIN / Anadolu via AFP)

Être un poids lourd permet d’avoir l’assise nécessaire pour parvenir à faire face aux vents contraires. Chocs géopolitiques, économiques, mais aussi politiques sur le plan intérieur après la dissolution surprise de l’Assemblée nationale : nombre d’imprévus et de facteurs d’incertitude future ont figuré à l’agenda des entreprises françaises en 2024. Mais pas de quoi, néanmoins, faire rompre les quarante champions de l’indice phare de la Bourse de Paris, remarque l’étude annuelle du cabinet EY sur le profil financier du CAC 40 (au 31 décembre 2024), se reposant sur le décryptage de leurs documents d’enregistrement universel. "Nous aurions pu nous attendre à une baisse marquée de l’activité ou à un niveau d’endettement en forte progression. Il n’en a finalement rien été. Nous observons plutôt une résistance affirmée de la plupart des indicateurs. Certains marquent le pas, c’est indéniable. Mais dans des proportions in fine maîtrisées, au regard de la violence des chocs auxquels le CAC 40 a dû faire face", nous fait remarquer Nicolas Klapisz, associé Strategy and Transactions chez EY.

Par exemple, le résultat opérationnel courant de ses composantes a atterri à 173 milliards d’euros en cumulé, repassant ainsi sous la barre de 200 milliards d’euros après les envolées constatées lors de la reprise post-Covid. En pourcentage du chiffre d’affaires, la marge correspondante s’élève ainsi à 11,8 %. Un taux à deux chiffres pour la quatrième année consécutive, remarque le rapport d’EY, et restant supérieur aux niveaux qui avaient été enregistrés avant la crise sanitaire.

S’il traduit les efforts structurels de bonne gestion des entreprises du CAC 40, souligne l’étude, dans un contexte de pression constante sur les coûts à l’échelle mondiale, il reste à comparer au taux de 13,1 % observé en 2023. Les évolutions sont néanmoins différentes en fonction des secteurs d’activité. L’industrie et le BTP, principaux contributeurs du CAC 40, voient leurs marges retomber sous les niveaux pré-Covid, à 8,9 %. Une diminution s’expliquant en grande partie par les difficultés rencontrées par les constructeurs automobiles. Du côté du luxe et de la cosmétique, si le secteur conserve le taux de marge le plus élevé (23,1 %), il enregistre aussi un léger recul pour la deuxième année consécutive, conséquence de la normalisation de la demande en Chine et aux Etats-Unis après deux années exceptionnelles ou encore de l'intensification de la concurrence. En tout, 17 entreprises (hors banques, assurance et foncières) ont enregistré une hausse de leur taux de marge, et 16 ont constaté un recul de ce dernier.

 

Une année blanche pour la croissance organique

 

Ces disparités sectorielles se reflètent aussi sur le plan de l’activité. En tout, le chiffre d’affaires cumulé du CAC 40 s’est établi à 1 679 milliards d’euros en 2024, soit un recul de 3,3 % sur un an. Plus des trois quarts de l’activité du CAC 40 sont d’ailleurs réalisés hors de France. Si la baisse des revenus est particulièrement marquée du côté de l’automobile ou de l’énergie, en raison d’une baisse de la demande pour le premier secteur ou d’un recul des prix pour le second, les banques, les assurances et les foncières ont quant à elles vu leurs revenus s’apprécier de 7,2 % l’an passé. À noter, néanmoins qu’en cumulé, l’érosion du chiffre d’affaires s’explique principalement par un effet de périmètre lié aux mouvements survenus dans l’indice et d’un effet de change négatif, n’ayant pas été compensés par la croissance organique, nulle, et la croissance externe – de son côté en recul de 0,3 %. Si quelques opérations emblématiques, à plus d'un milliard d'euros, ont été finalisées en 2024, comme l’acquisition de l’aéroport d’Édimbourg par Vinci ou celle de la marque Supreme par EssilorLuxottica, le marché des fusions-acquisitions est resté atone en 2024, rappelle l’étude d’EY.

Les entreprises du CAC 40 ont toutefois de quoi se permettre de faire entrer de nouvelles recrues dans leur giron. "Si l’endettement a quelque peu augmenté, les bilans restent solides. Le CAC 40 a les moyens de ses ambitions et la capacité à aller chercher des briques technologiques supplémentaires, ou à se diversifier géographiquement, grâce à des acquisitions. De notre côté, nous observons d’ailleurs bien que le marché du M & A se reprend, un certain nombre d’opérations sont en cours. Mais dans un marché contraint, les processus sont rallongés et les entreprises sont aussi plus sélectives", explique Nicolas Klapisz. D’autant qu’outre cette surface financière suffisante, les marchés du financement et du refinancement se sont aussi détendus, permettant aux entreprises de lever de la dette en cas de besoin, souligne l’expert.

Et puis, l’un des signaux résolument positifs du bilan de cette année 2024 réside dans la capacité des entreprises du CAC 40 à se projeter vers la suite. Les investissements, bien qu’en recul de 2 %, ont atteint 98 milliards d’euros, se stabilisant ainsi à un niveau proche de leur plus haut historique enregistré l’an passé, après trois années de hausse significative. Ceci indiquant qu’un arbitrage en défaveur des investissements n’a pas été opéré. "Elles continuent à investir dans leurs outils de production et dans leurs actifs immatériels, pour maintenir les barrières à l’entrée sur leurs marchés. Cela dénote d’une confiance réelle", relève Nicolas Klapisz. Des actifs immatériels, reconnus ou non au bilan d’une société, qui regroupent notamment la qualité des marques, des technologies encore des portefeuilles clients des sociétés de l’indice phare.

 

Appréciés sur les marchés

 

"Ce sont des actifs fortement valorisés par le marché, qui leur permettent de rayonner à l’international", observe Nicolas Klapisz. Aux côtés du goodwill, les actifs immatériels représentent d’ailleurs près de 80 % de la capitalisation boursière du CAC 40, ce qui correspond à un niveau stable dans la durée. Une capitalisation ayant toutefois aussi souffert au fil de l'année 2024. Après avoir atteint un record en 2023, elle a en effet baissé au total de 3,1 %, pour s’établir à 2 375 milliards d’euros.

La contraction de l’activité et des marges a aussi nécessairement eu un impact sur les résultats nets du CAC 40, en fort recul de 12,4 % sur un an, à 131 milliards d'euros. Mais là encore, tous les secteurs n’ont pas réagi dans les mêmes mesures. Par exemple, la volatilité accrue des marchés a dynamisé les activités de banques d’investissement et de financement, remarque le rapport. Également soutenu par la reconstitution des marges nettes d’intérêts, le secteur des banques, des assurances et de foncières a enregistré une progression de plus de 22 % de son résultat net, quand celui de l’industrie et du BTP chutait de 33 %, ou de 14 % dans le luxe, la cosmétique et l’énergie. Les dividendes versés en valeur sont de leur côté restés stables.

Un ensemble nuancé, fait de bonnes et de moins bonnes nouvelles, confirmant la fin du cycle haussier amorcé à la fin de la crise sanitaire et démontrant que le profil financier du CAC 40 n’est pas immunisé contre les chocs et les tendances à l’œuvre dans l’économie. Mais que les modèles d’affaires et fondamentaux de ses entreprises leur offrent effectivement de quoi résister à la pression. D’autant que si être un poids lourd permet donc de faire face aux imprévus, cela n’est pour autant pas incompatible avec la capacité à faire preuve d’agilité. Un mode de fonctionnement essentiel par les temps qui courent et qui semble bien avoir été adopté par les sociétés. "Quand elles réalisent des budgets ou des prévisions, les entreprises travaillent désormais sur plusieurs cas de figure et scénarios. La vigilance s’impose et l’incertitude devient aussi progressivement la norme", rappelle Nicolas Klapisz.

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