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Lactalis / emmanuel besnier
Lactalis : un rapport entre investissements, coûts et aides publiques perçues détaillé au Sénat / Emmanuel Besnier voit plusieurs pistes pour en améliorer l’efficacité
Exit le terme de multinationale ? Pour Emmanuel Besnier, le président-directeur général de Lactalis, celui de "multilocale" serait davantage approprié au modèle de son entreprise, pourtant présente dans 50 pays. Un modèle reposant sur quatre piliers, a expliqué le petit-fils du fondateur du groupe aux sénateurs de la Commission d’enquête sur les aides publiques aux entreprises, qui le recevaient mardi : la maîtrise industrielle, une stratégie de croissance externe raisonnée, le respect des identités fromagères et laitières locales et un ancrage territorial profond. "Nous produisons localement, ce qui est consommé localement, avec de la matière première locale", a souligné le patron de Lactalis, qui compte quelque 250 marques au sein de son portefeuille (Président, Lactel, Galbani…)
Un attachement à l’échelon territorial qui n’a pas empêché l’entreprise familiale mayennaise de devenir un géant de son secteur et de dépasser, en 2024, les 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires. "Nous sommes le premier groupe laitier mondial, le premier agroalimentaire français et le neuvième au rang mondial. Nous avons développé le groupe sans renier nos principes. Nous sommes une entreprise non cotée à capital familial et cultivons un modèle entrepreneurial fondé sur le long terme. Un choix qui nous distingue, car il nous permet de réinvestir l’essentiel de nos résultats dans nos outils industriels, l’innovation, l’emploi et le développement international sans nous éloigner de notre coeur de métier", a poursuivi Emmanuel Besnier.
Des investissements s’étant portés à plus d’un milliard d’euros en 2024 à l’échelle du groupe, a-t-il indiqué aux sénateurs de la Commission d’enquête, dont 300 millions d’euros ont été consacrés à la France. "Cela reflète notre engagement. La France représente 30 % de nos investissements alors que nous y réalisons 20 % de notre activité. Malgré le rôle fondamental de l’industrie laitière dans l’alimentation et l’aménagement des territoires, la rentabilité y est faible, correspondant généralement à 1 % ou 2 % du chiffre d’affaires. Cela se traduit par une tension constante entre la valorisation des produits et les exigences de compétitivité, dans un marché mondialisé", a-t-il poursuivi, indiquant également lors de son propos liminaire que l’engagement du groupe à l’égard de la filière laitière française était resté constant. Pour mémoire, à la fin de l’année 2024, Lactalis avait annoncé son intention de réduire sa collecte de lait. "Nous sommes de loin le premier collecteur de lait français, nous versons aux agriculteurs plus de 2,5 milliards d’euros pour l’achat de matières premières laitières tous les ans. […] Le prix du lait, qui est un élément essentiel à la rémunération des producteurs, a atteint son niveau le plus élevé depuis toujours. Et nous sommes parmi les mieux disant sur le marché, contrairement à ce qui peut être écrit ici ou là", a indiqué Emmanuel Besnier, anticipant les questions des sénateurs à ce propos.
Les exemples
Si Emmanuel Besnier est revenu sur les investissements réalisés par le groupe en France en 2024, ce fut le rôle du directeur financier de l’entreprise, Olivier Savary, de détailler ceux qui avaient été engagés en 2023. C’est en effet sur cet exercice précis que la Commission d’enquête a demandé à ses auditionnés de rendre des comptes, sur les aides publiques perçues par le groupe. "Nous recensons trois catégories d’entre elles : les subventions pour les équipements, en lien avec nos programmes industriels, celles relatives aux dispositifs sociaux et, enfin, les différents mécanismes fiscaux", a débuté Olivier Savary. Le tout correspond à un montant total de 18,7 millions d’euros : 1,8 million d’euros pour les premières, 12,3 millions d’euros pour les deuxièmes et 4,6 millions d’euros de crédits d’impôts.
"Sur les aides industrielles, le groupe a investi plus de 920 millions d’euros en 2023 sur ce plan, dont 250 millions d’euros en France. Les subventions perçues représentent donc 0,7 % des sommes investies dans le pays", a indiqué le directeur financier de Lactalis. Le raisonnement a été dupliqué au reste des aides. Sur le social, par exemple, elles ont représenté 1,3 % des coûts alors supportés par le groupe en France (950 millions d’euros, dont 650 millions d’euros consacrés à la masse salariale tricolore, comptant près de 16 000 collaborateurs). Enfin, sur le plan fiscal, les 4,6 millions d’euros seraient ainsi à mettre en perspective avec une charge fiscale totale de l’ordre de 110 millions d’euros, soit 4,3 % du total.
À Emmanuel Besnier de détailler plusieurs voies qui seraient, selon lui, opportunes à engager pour rendre ces aides plus efficaces. "Nous savons que l’État et les collectivités déploient des moyens conséquents pour soutenir l’activité économique", a-t-il observé, pointant néanmoins que les conditions d’accès à ces derniers étaient trop morcelées et complexes. Et tout d’abord quant à la diversité régionale des dispositifs, en termes d’éligibilité ou de calendrier. "Je pourrais citer deux sites industriels du groupe, distants de seulement 30 kilomètres, situés dans une même région. L’un bénéficie d’une aide à l’investissement sur une année, l’autre non, pour des raisons purement administratives", a indiqué Emmanuel Besnier, regrettant également que l’obtention de certaines aides se fasse à la discrétion des administrations concernées.
Les filières plutôt que la taille
Deuxième point : le coût du travail restant un frein à l’embauche et à la compétitivité. "Les aides sociales perçues ne viennent que minorer faiblement l’excès de charges sociales pesant sur le travail en France. À titre d’illustration, en France, pour un coût total de 100 euros pour l’entreprise, un salarié touchera 55 euros avant impôts sur le revenu. C’est 66 euros en Allemagne, 78 euros en Italie ou encore 84 euros aux États-Unis", a-t-il illustré. Enfin, la multiplication des seuils différenciants entre grands groupes, ETI et PME, ne serait pas assez pertinente. "Cela ne pourra pas être vertueux, à terme, pour notre tissu industriel. La taille ne peut pas être le seul critère dans notre secteur agroalimentaire en particulier, nos outils industriels sont les mêmes que pour une PME. […] Il me semble plus opportun de raisonner en termes de filière ou de secteur lorsque l’on pense les aides publiques", a indiqué Emmanuel Besnier.
À cela s’ajoute la nécessité de ne pas pénaliser la France par rapport à ses voisins européens, a-t-il conclu, alors que certains de nos voisins ont des dispositifs plus clairs et mieux calibrés. "Il faut aussi entendre une perception largement partagée par les entreprises : si les aides publiques doivent pouvoir constituer un levier de transformation ou de soutien à l’investissement, elles ne sont très souvent qu’une forme de compensation face aux charges excessives qui peuvent peser sur elles. […] Cette logique défensive affaiblit leur portée. Si nous voulons redonner du sens à la dépense publique en faveur des entreprises, il est essentiel de travailler en parallèle sur la stabilité et la lisibilité du cadre fiscal. L’un ne peut durablement compenser l’autre", a assuré le patron de Lactalis.
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