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Feuilleton de l'été / Thales / Cyprien Canivenc / Portrait

Feuilleton de l'été
Thales / Cyprien Canivenc / Portrait

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Cyprien Canivenc, directeur stratégie - développement international chez Thales

EXCLUSIF. À la tête de la stratégie et du développement international de Thales, Cyprien Canivenc orchestre l’expansion du fleuron industriel français avec méthode : allier toujours excellence technologique et ancrage local. Ancien haut fonctionnaire passé notamment par la Cour des comptes et la Commission sur l’intelligence artificielle pilotée par Matignon, ce trentenaire discret conjugue vision industrielle, sens de l’État, agilité stratégique et engagement citoyen. Portrait.
Cyprien Canivenc (Thales)
Cyprien Canivenc (Thales)

Dans un monde fragmenté, où les repères bougent vite et les États réinvestissent massivement dans leur souveraineté technologique, Cyprien Canivenc, directeur stratégie et développement international de Thales, contribue à ce que son entreprise ne loupe aucune opportunité de croissance. "Dans le contexte géopolitique actuel, particulièrement, il me semble que Thales apporte des certitudes. Une certitude d’excellence technologique, voire même de supériorité technologique. Une certitude de fiabilité et de disponibilité des solutions dans tous les environnements, parfois d’ailleurs dans les moins hospitaliers comme les grands fonds marins, l’espace, les situations de conflits, etc.", estime-t-il, à l’occasion d’un entretien avec WanSquare.

 

Une implication qui se doit d’être locale

 

Arrivé chez Thales en février 2024, Cyprien Canivenc occupe un poste à forts enjeux et impacts : concourir à définir les priorités de croissance géographique d’un groupe présent déjà dans 68 pays au-delà de ses marchés domestiques comme la France, à tracer les trajectoires d’expansion, et surtout, à les rendre opérationnelles. "La stratégie, c’est à la fois fixer un cap, organiser le chemin pour y parvenir et exécuter ensuite le plan défini ", résume-t-il.

Une stratégie qui passe naturellement par l’exportation mais qui suppose aussi de renforcer la présence locale de l’entreprise, présidée par Patrice Caine, dans des zones jugées clés, soit en identifiant et développant des implantations stratégiques, soit en réalisant des acquisitions, ou bien encore en structurant des partenariats industriels, parfois même des co-entreprises. "Les attentes de nos clients évoluent, à la fois dans les domaines civils et de la défense : ils attendent des solutions proches, disponibles, adaptées à leurs réalités locales. Cela impose à Thales de se projeter, physiquement, dans ces zones de croissance. L’international n’est pas une option : il s’agit d’une nécessité pour le groupe en termes de compétitivité, d’accès aux talents, et également de proximité des clients pour répondre au mieux à leurs besoins ", explique ce polyglotte. "C’est le cas, par exemple, en Inde. La France s’est engagée à livrer de grands équipements dans le domaine de l’aviation dans les années à venir. Cela implique naturellement pour Thales de se projeter encore davantage sur le territoire indien, en termes de disponibilité des équipements et en même temps de contribution au développement économique et sociétal. Une logique également vraie pour l’Arabie saoudite, pour les Émirats arabes unis, pour Singapour, pour l’Indonésie, etc.", poursuit-il.

 

Des finances publiques à l’IA, un sens du patriotisme

 

Ce sens de la stratégie, Cyprien Canivenc l’a forgé dans les arcanes de la haute administration. Diplômé de l’ENS Paris-Saclay, d’HEC puis de l’ENA (promotion Georges Clémenceau où il a croisé notamment l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Antoine Armand), il fait ses armes à la Cour des comptes, où il est également rattaché au Haut Conseil des finances publiques, et y deviendra rapporteur général adjoint.

Mais c’est au croisement de la technologie et de la souveraineté que son engagement prendra toute sa mesure. En 2021, il est nommé rapporteur général du Comité de surveillance de France 2030, le grand plan d’investissement technologique de l’État de 50 milliards d’euros et visant à soutenir l’innovation, tout en étant conseiller spécial transformation au sein du Secrétariat général pour l’investissement. Si bien qu’en 2023, il sera choisi comme rapporteur général de la Commission nationale sur l’intelligence artificielle (IA), présidée par Anne Bouverot et Philippe Aghion et pilotée par Matignon. "Une mission passionnante, au tempo très soutenu, avec une ambition claire : concevoir un plan stratégique pour positionner la France dans la liste des grandes nations d’IA ", rappelle-t-il.

Dans ce rôle, il coordonnera des dizaines d’experts, mènera plus de 400 auditions, et contribuera à dessiner un plan structurant pour l’IA française. Des travaux qui se solderont par la remise d’un rapport, le 13 mars 2024, comprenant 25 recommandations à destination des pouvoirs publics, parmi lesquelles sept prioritaires, comme le lancement d’un plan de sensibilisation et de formation de la nation, l’investissement massif dans les entreprises du numérique et la transformation des entreprises pour soutenir l’écosystème français de l’IA et en faire l’un des premiers mondiaux.

 

Une vocation industrielle

 

Quand d’autres auraient bifurqué vers la politique, Cyprien Canivenc choisit l’entreprise. "Je voulais agir dans le concret, dans l’opérationnel, contribuer au développement industriel d’un groupe qui joue un rôle stratégique pour la France ", assume-t-il.

Un choix cohérent avec une passion ancienne pour l’industrie lourde et l’aéronautique, nourrie dès ses premiers stages chez ArcelorMittal au Creusot ou encore à travers un concours sur l’aéronautique civil et militaire du futur - dont il fut lauréat -, qui l’amène à visiter les usines Embraer au Brésil. "Mon intérêt pour les questions aéronautiques et industrielles n’est pas neuf", souligne-t-il.

Thales, leader mondial des hautes technologies pour les secteurs de la défense, de l’aérospatial, de la cybersécurité et du digital, représente alors pour lui une forme d’évidence. "C’est l’endroit où tous mes centres d’intérêt personnels et professionnels se croisent", nous fait-il remarquer. Aujourd’hui, il pilote des projets sensibles, dont la création d’une co-entreprise en Europe de l’Est dans le domaine de la défense aérienne et de la guerre électronique – un symbole fort dans un contexte géopolitique tendu.

 

L’art de la crise, et l’humilité du terrain

 

Cette capacité à gérer l’incertitude n’est pas née chez Thales. Lors de ses stages à l’ENA, il se confronte très tôt à la réalité du terrain… et aux contraintes logistiques : organisation d’un grand événement diplomatique au Palais Farnèse à Rome (alors qu’il débute sa carrière dans l’administration à l’Ambassade de France), – et une porte du XVIe siècle qui reste bloquée à quelques minutes du départ du Premier ministre italien avec son véhicule blindé, obligeant Cyprien Canivenc à trouver mille moyens pour tenter de ralentir le protocole le temps de régler la situation –, ou encore la coordination des services de secours lors d’inondations dans le Calvados, alors qu’il officie comme directeur de cabinet par intérim à la préfecture. "Dans les crises, on connaît rarement la fin. Il faut agir sans tout maîtriser, être très réactif, assurer une gestion sur plusieurs jours et garder la tête froide ", retient-il.

Son calme, sa méthode et sa détermination, le directeur de la stratégie internationale de Thales les met aussi au service des autres. Depuis cinq ans, il s’engage dans l’association "Des Territoires aux Grandes Écoles", qu’il a présidée, pour accompagner des jeunes issus de milieux modestes et de zones rurales dans leur orientation. "L’égalité des chances, ce n’est pas un slogan. C’est une exigence concrète. Et ça commence souvent par une rencontre ", estime-t-il. Il est également administrateur de l’ONG Up for Humanness, active dans les domaines de l’inclusion et du lien social.

S’il affiche un parcours impressionnant, c’est sans emphase ni ego que Cyprien Canivenc parle de ses responsabilités. "Ce que j’apprécie aujourd’hui chez Thales, c’est le collectif de travail. Les réussites ne sont jamais individuelles. Elles sont toujours collectives ", assure-t-il.

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