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Bolloré en pleine recomposition / Vivendi et Rubis au cœur du débat

Quelques mois après la scission de Vivendi, Cyrille Bolloré est revenu lors de l’assemblée générale de Bolloré SE sur les récents développements juridiques, la réorganisation du groupe et les perspectives autour de ses principales participations, notamment Rubis.
L'équipe dirigeante du groupe Bolloré lors de l'assemblée générale du 21 mai 2025
L'équipe dirigeante du groupe Bolloré lors de l'assemblée générale du 21 mai 2025

La parole de Cyrille Bolloré, à la tête de la maison mère de Vivendi — scindée fin 2024 — revêt une importance particulière. Lors de l’assemblée générale de Bolloré SE, qui se tenait mercredi, il était intéressant, quelques mois après cette scission majeure, d’entendre son point de vue sur Vivendi, ainsi que sur la stratégie globale de la holding concernant l’évolution de ses participations et de sa structure.

D’autant plus qu’un tournant juridique important est survenu récemment : le 22 avril 2025, la cour d’appel de Paris a annulé une décision antérieure de l’AMF, qui avait estimé que Bolloré ne contrôlait pas Vivendi lors de l’éclatement du groupe en décembre dernier. Cette opération a conduit Bolloré à ne plus détenir Vivendi dans son ensemble, mais à posséder désormais 30,4 % de Canal+, 30,4 % de Louis Hachette, 30,4 % de Havas NV et 29,3 % de Vivendi SE, nouvelle dénomination juridique du groupe.

"La cour d’appel a jugé que Monsieur Vincent Bolloré contrôle Vivendi au sens de l’article L.233 du Code de commerce", a expliqué mercredi Cyrille Bolloré devant les actionnaires, précisant que l’AMF devra désormais réexaminer les autres conditions prévues par le texte, notamment celles liées à "l’intérêt des actionnaires minoritaires". En particulier, l’Autorité devra statuer sur l’opportunité de "mettre en œuvre une offre publique de retrait sur les titres Vivendi SE". "Bolloré et Vivendi SE ont chacune formé un pourvoi en cassation", tandis que l’AMF n’a pas encore annoncé sa décision.

 

Des comptes négatifs en trompe-l’oeil

 

Toujours est-il que depuis la scission de Vivendi intervenue mi-décembre, Bolloré a basculé dans une nouvelle ère comptable, où Canal+, Havas ou Universal Music, auparavant consolidés à 100 %, sont désormais traités en mise en équivalence. Cette nouvelle méthode signifie que leur impact sur les comptes 2024 se limite à seulement 14 jours d’activité, ce qui rend leurs contributions marginales, voire négatives.

"Vous verrez des comptes qui ont l’air négatifs", a glissé Cyrille Bolloré, avant de relativiser aussitôt : "Ces chiffres reflètent à peine deux semaines d’activité", rappelant ainsi que les comptes 2025 offriront une image bien plus fidèle des performances de ces sociétés.

Dans ce contexte, le groupe a affiché l’an dernier un chiffre d’affaires en recul de 4 % à 3,13 milliards d’euros, tandis que le résultat net part du groupe s’est élevé à 1,82 milliard d’euros, largement porté par la plus-value exceptionnelle de 3,6 milliards d’euros liée à la cession de Bolloré Logistics, finalisée début 2024. Face à cette évolution, la trésorerie nette demeure robuste, à 5,3 milliards d’euros, et la politique de dividendes reste dynamique avec une hausse proposée de 14 %, portant le dividende à 8 centimes d’euros par action.

 

Un revers pour la simplification

 

Le président-directeur général de Bolloré n’a pas manqué non plus d’évoquer les opérations de simplification et de rationalisation de la structure du groupe. Notamment, la fusion-absorption de la Compagnie de Cornouaille par Bolloré SE, réalisée en juillet dernier. Celle-ci a permis de simplifier la structure du groupe en transférant directement à Bolloré SE les participations stratégiques détenues jusqu’alors via la Compagnie de Cornouaille.

Parmi ces actifs figurent notamment les participations dans Universal Music Group et Vivendi, ainsi que les actions issues des cessions de Canal+, Louis Hachette et Havas depuis la scission de Vivendi. "Ce socle a été le réceptacle de notre montée progressive au capital de Vivendi au fil des années", a rappelé Cyrille Bolloré, soulignant l’importance de cette réorganisation pour une gestion plus directe et simplifiée des actifs clés du groupe.

Par ailleurs, le projet d’offre publique de retrait obligatoire (OPRRO) sur les sociétés ex-Rivaud — Compagnie du Cambodge, Financière Moncey, Société de l’Artois — a subi un coup d’arrêt. Malgré "beaucoup de travail pour les équipes de notre groupe", ce projet, annoncé en septembre 2024 avec des primes significatives (50 % pour la Compagnie du Cambodge, 62 % pour Moncey et jusqu’à 95 % pour Artois), a suscité "un petit peu de déception" après avoir été déclaré non conforme par l’Autorité des marchés financiers, a-t-il indiqué.

 

Une posture d’actionnaire constructive

 

Sur les mouvements dans ses participations, le dirigeant a rappelé qu’en juillet 2024, le groupe avait acquis "9,2 millions d’actions Universal Music Group pour 197 millions d’euros", profitant d’une baisse du cours d’environ 25 % après la publication des résultats semestriels. De même, Bolloré a cédé 5 % de Socfin, sortie de la Bourse en septembre 2024. "Cette vente nous a rapporté un peu plus de 20 millions d’euros", réduisant la participation du groupe à "39,6 % de Socfin", a-t-il rappelé.

Concernant l'opérateur indépendant de l'énergie Rubis, dont le groupe détient un peu plus de 6 %, Cyrille Bolloré a réitéré sa confiance dans le modèle économique, en particulier en Afrique et dans les Caraïbes. Il reconnaît cependant que la transition vers les renouvelables suppose un tournant stratégique majeur. "C’est un changement de modèle. Si vous passez du pétrole, très rentable, à un autre métier qui nécessite beaucoup d’investissements, il y a forcément une période de transition." Pour autant, "nos équipes pensent que ce portefeuille, qu’il soit conservé ou cédé, a une véritable valeur intrinsèque", a-t-il ajouté.

Quant au dialogue engagé avec Patrick Mollis, actionnaire engagé qui souhaite intégrer le conseil de surveillance de Rubis, Cyrille Bolloré adopte un ton conciliant. Sur la proposition de nommer Patrick Mollis et Anne Lauvergeon, il se dit ouvert : "J’accueille très favorablement tout discours constructif qui peut se faire entre les actionnaires et le management."

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