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Martin Bouygues profite de l'assemblée générale de son groupe pour faire passer quelques messages / Le président du conseil d'administration aborde tous les sujets sans tabou
La parole de Martin Bouygues est rare. Et d’autant plus depuis février 2021, date à laquelle il a confié la direction générale du groupe fondé par son père, Francis Bouygues, à Olivier Roussat. L’assemblée générale du conglomérat était donc l’occasion pour les actionnaires d'interroger le président du conseil d’administration sur sa vision du monde économique. Et Martin Bouygues de livrer son diagnostic sans détour.
Des regrets sur l’action de l’Etat pour amortir la crise de l’immobilier
Concernant d’abord la crise du logement en France, qui a fortement impacté les activités de Bouygues Immobilier l’année dernière, "la crise de l’immobilier a une caractéristique : elle était totalement prévisible. Et strictement rien n’a été fait pour l’empêcher (de la part de l’Etat, ndlr). Il y a sans doute des contraintes économiques et politiques qui m’ont échappé mais je suis dans le groupe depuis toujours et des crises immobilières j’en ai vu passer. On sait comment elles se fabriquent, comment elles arrivent. Elles sont de plus en plus prévisibles et celle-là l’était. Je regrette que les dispositions suffisantes pour tenter de l’amortir n’aient pas été prises ", a-t-il déclaré, se disant néanmoins optimiste pour l’avenir. "Il y a un fort besoin de logements en France du fait de la croissance démographique et de l’obsolescence des logements très anciens qui, par des textes votés, ne peuvent plus être loués ou sont devenus insalubres. On n’échappera donc pas aux besoins de rénovation profonde et de construction", a-t-il jugé.
Le vrai sujet reste aujourd’hui, selon le président du conseil d’administration, l’immobilier de bureaux. "La question est plus compliquée, on est à l’arrêt complet. Post-Covid, tout s’est arrêté et l’appétit ne revient pas ", a-t-il constaté, se voulant toutefois rassurant. "Bouygues est dans l’immobilier depuis 1956. Il ne faut pas oublier que c’est un métier à risque contrairement à ce que les gens pensent. Nous avons toujours eu une politique de gestion prudente en matière et nous allons continuer. Nous sommes en mesure de relancer les opérations lorsque les conditions seront réunies. Le point bas est atteint. Mais de là à dire qu’on est dans un vrai redémarrage, c’est un peu anticipé ", a-t-il expliqué.
TF1, un athlète de haut niveau qui court avec un sac de plomb dans le dos
S’agissant de la potentielle relance du projet de fusion entre TF1 et M6 pour rivaliser avec les plateformes américaines, si Martin Bouygues s’en remet, pour l’heure, à l’état du droit de la concurrence et à la décision du gendarme français qui avait interdit l’opération il y a trois ans, le président du conseil d’administration de Bouygues a cependant quelques sujets de préoccupations. "Est-ce que le rôle de l’Autorité de la concurrence française ou européenne est de juger du passé et de donner un avis sur le présent ou plutôt de se pencher sur l’avenir ? L’économie c’est l’avenir, cela doit être la seule préoccupation. […] D’autant que TF1 est très réglementée et subit des prélèvements qui servent à alimenter les subventions de la presse régionale alors que Netflix, par exemple, a zéro contrainte. Quand vous faites courir un athlète de haut niveau avec un sac de plomb dans le dos face à un autre athlète qui ne porte rien, même si ce dernier n’est pas très bon, il a toutes les chances de gagner quand même. Et Netflix est très bon. Tout le monde me dit que j’ai raison mais il ne se passe rien", a-t-il fait observer, confiant avoir gardé un souvenir "un peu désagréable " du projet de rapprochement entre Alstom et Siemens refusé par la Commission européenne en 2019. "Je n’ai pas compris cette décision ", a-t-il avoué.
Bouygues est américain aux Etats-Unis
Sur les droits de douane américains et leurs impacts sur les activités du groupe, Martin Bouygues a rappelé l’approche locale de son entreprise. "A l’inverse d’autres grands groupes industriels, nous sommes américains aux Etats-Unis, canadiens au Canada, etc. Nous sommes local parce que ce sont des entreprises locales que nous avons rachetées, le problème spécifique des droits de douane ne nous touche donc pas. D’autant que nous avons la chance d’avoir assez peu de contrats pour l’Etat fédéral aux Etats-Unis, or c’est avec lui que les contraintes s’appliquent ", a-t-il fait remarquer. Selon lui, la vraie question est l’impact de ces droits de douane sur l’économie mondiale et aux Etats-Unis. "C’est la boule de cristal mais il nous appartient de nous adapter ", a-t-il ajouté.
Deux présidents en 73 ans d’existence
Interrogé enfin sur sa succession par un actionnaire, Martin Bouygues s’est montré transparent. "Avec mon frère Olivier, nous avons quatre enfants, deux, Edward et William, sont impliqués dans le groupe. Ce sont le conseil d’administration et l’assemblée générale qui, le moment venu, décideront s’ils ont leur place ou pas dans l’avenir de Bouygues ", a affirmé le président du conseil, se disant "ne pas être un fou du népotisme mais très attaché en revanche à l’avenir du groupe ". "Mon père a créé ce groupe il y a 73 ans et l’entreprise a la particularité de n’avoir connu jusque-là que deux présidents. Ma seule préoccupation est l’avenir de cette maison ", a-t-il certifié.
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