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Le nouveau Vivendi reste focalisé sur la création de valeur / Le désengagement des télécoms ouvre la voie à de nouveaux investissements
"Chers actionnaires, permettez-moi de vous dire que nous sommes bien conscients que la somme des valeurs boursières cumulées des quatre entités scindées n'est pas encore à la hauteur de ce que nous espérions tous". Yannick Bolloré, le président du conseil de surveillance de Vivendi, n’a pas éludé lundi devant les actionnaires réunis à l’Olympia le sujet qui fâche, à savoir que les capitalisations cumulées des quatre nouvelles entités créées lors de la scission de Vivendi s’avèrent finalement inférieures, à ce stade, à la valeur du groupe avant l’opération.
La logique initiale de cette scission était pourtant claire : "créer de la valeur" en séparant différentes activités, avec l'espoir que chaque entité soit mieux valorisée seule qu’enfermée dans un conglomérat. Un argumentaire classique dans ce type d'opération de "spin-off", souvent résumé par l'idée que la somme des parties vaut plus que le tout, et largement mis en avant notamment lorsque les actionnaires avaient massivement approuvé l’opération en décembre dernier.
"Mais il faut du temps pour convaincre, se faire connaître pour certaines cotations, rassurer les marchés qui découvrent ou redécouvrent ces valeurs", a fait valoir le dirigeant, Canal+, le groupe de communication et de publicité Havas et Louis Hachette Group étant cotées séparément sur le London Stock Exchange, Euronext Amsterdam et Euronext Growth Paris respectivement, quand Vivendi SE, le Vivendi post scission, se négocie toujours sur Euronext Paris.
Actif net réévalué en hausse à 5,2 milliards d'euros
Pour celui-ci, la décote sur l’actif net réévalué avoisine les 50% au regard de l’actif net réévalué (ANR) publié lundi de 5,2 milliards d’euros, qui a nettement progressé par rapport aux 4,8 milliards d’euros de la fin décembre 2024, ce qui est une bonne chose. Mais – le point est un peu technique - l’écart s’explique uniquement par la baisse de l’endettement, ramené à 1,66 milliard d’euros à fin mars, contre 2,07 milliards d’euros le 31 décembre 2024.
La valeur des participations cotées du groupe, elle, a légèrement reculé, s'établissant à 6,82 milliards d'euros au 31 mars 2025, contre 6,89 milliards d'euros au 31 décembre 2024. A fin mars dernier, les 9,93% d'intérêts de Vivendi dans la maison de disques UMG étaient valorisées à 4,62 milliards d'euros, tandis que la valeur de sa participation dans l'opérateur télécoms italien Telecom Italia (TIM) s'élevait à 804 millions d'euros.
Cette dernière d’ailleurs est appelée à évoluer très bientôt puisque Vivendi a conclu fin mars un accord avec Poste Italiane pour céder 15 % de ses actions ordinaires et droits de vote dans Telecom Italia (TIM), pour un montant total de 684 millions d'euros, au prix de 0,2975 euro par action. L’opération, qui interviendra après notification à l'Autorité de la concurrence italienne, laissera à Vivendi une participation résiduelle de 2,5 % des actions avec droits de vote de TIM, soit environ 1,8 % du capital total.
Une opération décidée au terme d’une revue stratégique qui a conduit Vivendi à acter son désengagement du secteur des télécoms. "Nos participations font l'objet d'une gestion dynamique et pragmatique de notre part", a souligné de son côté Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire. Dans sa nouvelle configuration, Vivendi est dorénavant composé de participation financière cotées en bourse, parmi lesquelles Universal Music Group, "un investissement majeur permettant à Vivendi de rester associé au leader mondial de la musique" et de l’éditeur de jeux vidéo Gameloft.
Outre ses 9,94 % dans UMG, Vivendi détient 11,9 % dans le groupe espagnol de médias et d'éducation Prisa, 19,08 % dans MFE (ex-Mediaset), acteur majeur de la télévision gratuite et de la production audiovisuelle en Europe, ainsi que 19,2 % dans Banijay, un investissement initié en 2016. "Depuis, le groupe est devenu un leader mondial de la production audiovisuelle", a rappelé le dirigeant. Autant d’activités qui "ne sont pas directement impactées par les droits de douane" de la nouvelle administration américaine, a d’ailleurs assuré Yannick Bolloré en réponse à la question d’un actionnaire.
Rotation d'actifs enclenchée
Toujours est-il que même séparé de Canal+, Havas et Louis Hachette Group, "avec un profil profondément remanié, le groupe reste fidèle à son ADN, un acteur historique des industries de contenu, des médias et du divertissement", a poursuivi Arnaud de Puyfontaine.
"C'est le sens du recentrage que nous avons initié avec la sortie du secteur des télécoms. Cette rotation des actifs s'accompagne d'investissements futurs.", a-t-il ajouté. En la matière, le président du directoire a donné quelques indices aux actionnaires : la thèse d'investissement du groupe "cible des actifs où la créativité, les talents et le processus créatif sont centraux, même si nous n'excluons pas d'explorer des secteurs adjacents dès lors qu'ils offrent des perspectives de création de valeurs durables".
En attendant de voir ces pistes se concrétiser, la scission de Vivendi a déjà conduit à plusieurs changements dans la gouvernance de l’entreprise. L’assemblée générale de lundi a ainsi ratifié les cooptations intervenues le 6 mars dernier, de Laure Delahousse et Philippe Labro en qualité de membres du conseil de surveillance en remplacement de Cyrille Bolloré et Sébastien Bolloré. Deux nouveaux membres aux compétences précieuses "en matière réglementaire et de gestion d’actifs, pour la première, et dans le domaine des médias et des contenus pour le second", a indiqué le groupe. L’assemblée générale a également renouvelé le mandat de Sandrine Le Bihan en qualité de membre du conseil de surveillance représentant les actionnaires salariés.
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