Dirigeants, gouvernance / Rémy Cointreau / Eric Vallat
Dirigeants, gouvernance
Rémy Cointreau / Eric Vallat
Le directeur général de Rémy Cointreau quitte le groupe / Un mandat mené au fil de cinq années marquées d'éléments particuliers pour la filière
Le directeur général de Rémy Cointreau quitte le groupe. Le groupe spécialisé dans le cognac, les liqueurs et autres spiritueux vient d’annoncer la démission d’Eric Vallat, qui le pilotait depuis plus de cinq ans. La décision sera effective cet été. "Éric Vallat a décidé de se consacrer à un nouveau projet professionnel. Un processus de sélection est d’ores et déjà en cours pour désigner dans les plus brefs délais la personne qui lui succédera et qui poursuivra, avec un regard neuf, la stratégie de valeur du groupe, tout en s’appuyant sur des bases solides établies au fil des années", précise l’entreprise dans un communiqué. Marie-Amélie de Leusse, la présidente du conseil d’administration, supervisera la période de transition.
Ce diplômé d’HEC avait débuté sa carrière en banque d'affaires et avait par la suite rejoint le secteur du luxe, chez Louis Vuitton avant de passer par Christian Dior ou encore J.M Weston. Après avoir présidé la griffe de mode pour enfants Bonpoint, il avait fait ses premiers pas dans le groupe en dirigeant sa marque phare, celle de cognac Rémy Martin, pendant six années. Il avait ensuite rejoint le groupe Richemont et avait été nommé directeur général de Rémy Cointreau en décembre 2019, à l’aube de la crise sanitaire, ayant entraîné un contre-coup après la consommation exceptionnelle qu’elle avait provoqué.
Eaux tourmentées
Son mandat aura donc été jalonné de plusieurs événements marquants pour la filière, auxquels est venue s’ajouter la recrudescence des tensions commerciales, qui l'ont placée en première ligne. Les entreprises productrices de cognac naviguent en effet dans des eaux troubles depuis quelque temps. Bien avant la guerre commerciale ouverte par Donald Trump, elles se sont retrouvées sous le joug d’une enquête anti-dumping chinoise.
Une réponse de Pékin à la décision de Bruxelles d’augmenter les droits de douane sur les véhicules électriques importés par l’Empire du Milieu – elle est toujours en cours et devrait être finalisée au mois de juillet. Et il y a désormais l’offensive américaine. Bien que Donald Trump ait suspendu hier, pour 90 jours et pour la plupart de ses partenaires commerciaux (dont l'Union européenne), une partie des droits de douane supplémentaires annoncés lors du "Liberation Day", difficile de prédire de quoi sera fait l’avenir douanier de la filière.
Un début d’année difficile
D’autant que les ajustements de stocks aux États-Unis, dans un marché américain toujours affecté par la normalisation de la consommation et une base de comparaison élevée, ainsi que des conditions de marché plus délicates en Asie du Sud-Est, pèsent de fait déjà sur l’activité du groupe. Au premier semestre de son exercice décalé, Rémy Cointreau avait enregistré une baisse de ses revenus de près de 16 % en organique, pour atterrir à 535,3 millions d’euros. La conséquence notamment d’un recul tout particulièrement marqué sur son segment moteur, le cognac, dont les revenus avaient chuté de 17,5 % en organique et qui représentent la majorité de ses revenus (343 millions d’euros).
Une évolution qui s’était traduite dans celle de son résultat opérationnel courant, en baisse de près de 18 % sur un an. Il était néanmoins ressorti supérieur aux attentes des analystes, tandis que la marge correspondante s’était contractée de 0,5 point. Aux économies de coûts de 145 millions d’euros engagées lors de l’exercice 2023-2024, s’y était également ajouté un plan de 50 millions d’euros, courant sur l’exercice actuel, afin de compenser l’effet de la baisse de l’activité sur sa rentabilité. "C’est avec une immense gratitude et une vive émotion que je pense à mon parcours chez Rémy Cointreau. Je quitterai le groupe avec le sentiment d’avoir renforcé ses fondamentaux, et convaincu que mon futur successeur pourra s’appuyer sur des marques fortes pour préparer la reprise et donner une nouvelle impulsion à notre stratégie de valeur. Mon implication sera totale jusqu’à la date effective de mon départ afin de permettre une transition réussie", a indiqué Eric Vallat à l’occasion de l’annonce de son départ.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

