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Les grandes pharmas européennes en sursis face à Trump / L’administration américaine pousse à la relocalisation
Contre toute attente, le secteur pharmaceutique a échappé à la première salve de droits de douane réciproques annoncés par Donald Trump, avec une entrée en vigueur prévue le 5 avril 2025. Selon la "fact sheet" de la Maison Blanche, les médicaments, ainsi que certains semi-conducteurs et métaux, seront épargnés par ces nouvelles taxes.
Résultat, contrairement à la débâcle des marchés européens ce jeudi, plombés par le protectionnisme américain, les titres des grands laboratoires pharmaceutiques européens résistent relativement bien, profitant de cette exonération inespérée.
Si le Danois Novo Nordisk, plus grande capitalisation européenne du secteur, a perdu 2,1% à 457 euros à Copenhague, c’est essentiellement du fait de l’annonce du départ de la responsable de sa stratégie commerciale, tandis que le suisse Roche (-2,7% à Zurich) a pâti de l’annonce de résultats cliniques décevants pour son essai clinique avancé portant sur une version à haute dose d'Ocrevus, son produit le plus important. Un échec susceptible de limiter les perspectives de prolongation des droits de propriété intellectuelle du médicament. Son compatriote Novartis a progressé, lui, de 0,5%, à 97,3 francs suisses. A Londres AstraZenea a pris 1,2%, tandis qu’à Paris, Sanofi a limité les dégâts avec un recul contenu de 0,8% au sein d’un CAC 40 qui a chuté de 3,4%.
Pour autant le sursis dont bénéficient les acteurs européens pourrait s’avérer de courte durée. En effet, les intentions du président américain à leur égard semblent on ne peut plus claires. "Les laboratoires pharmaceutiques vont revenir en force, ils reviendront en force, ils reviendront tous dans notre pays, car s’ils ne le font pas, ils auront un lourd impôt à payer. Et s’ils le font, j’en serai ravi", a déclaré Donald Trump lors de son discours sur les droits de douane, prononcé le "Jour de la Libération". Une intervention qui laisse peu de place au doute sur sa volonté de forcer l'industrie pharmaceutique à localiser sa production sur le sol américain.
L'arme de l'article 232
Pour ce faire, l'administration Trump envisage de lancer une enquête selon l'article 232 (du Trade Expansion Act), celui-ci permettant au président des États-Unis d'imposer des droits de douane sur certains produits étrangers si leur importation est jugée menaçant la sécurité nationale des États-Unis. Pour les médicaments, l’enquête pourrait se fonder sur la crainte que les États-Unis ne deviennent trop dépendants des importations, notamment en provenance de Chine ou d’autres pays.
Dans ce contexte, plusieurs scénarios potentiels sont envisageables. Ils pourraient inclure "l’ajout d’une nouvelle série de droits de douane spécifiquement destinés à l’industrie pharmaceutique", ou bien "une application échelonnée de droits de douane", estiment les analystes d’UBS. Voire, "dans le pire des cas, bien que moins probable, il pourrait décider de prendre des mesures liées à la fixation des prix de transfert dans sa ‘Grande et Belle loi fiscale’", ajoutent-ils.
Les prix de transfert sont des prix fixés entre les différentes filiales d'une même entreprise pour les transactions internationales. Par exemple, si une entreprise pharmaceutique produit des médicaments dans un autre pays et les vend aux États-Unis via une filiale, le prix de transfert détermine combien cette filiale paie pour ces médicaments. Ainsi, l’administration Trump pourrait envisager des mesures qui modifient la façon dont les entreprises pharmaceutiques fixent leurs prix de transfert, afin de s'assurer qu'elles ne contournent pas les taxes en transférant des profits dans des pays à faible fiscalité.
Et, dans le cas (le plus probable) où le droit de douane de 20% sur les produits importés d’Europe viendrait également s’appliquer sur les produits pharmaceutiques, l’impact serait sensible. Le cabinet Oddo BHF a calculé qu’ "en appliquant le poids des ventes américaines de chacun des acteurs au niveau de leurs coûts de production et considérant qu’entre 30 et 50% de ceux-ci pourraient être à risque d’une hausse tarifaire nous ressortirions sur une baisse du résultat d’exploitation comprise entre 'low to mid single digit' pour l’ensemble des acteurs", soit une réduction de ce résultat d’environ 1 à 5 %.
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