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Trump frappe fort, les marchés plient / Les nouvelles taxes secouent les secteurs vulnérables
Le choc est rude, même si ce n’est pas l’effondrement général que l’on pouvait redouter sur les marchés européens après l’annonce des droits de douane d’une ampleur historique décidés par Donald Trump. Certes, les indices évoluent en nette baisse, les investisseurs réagissant au durcissement protectionniste sans précédent du président américain. Mais pas d’accélération brutale, ou de krach, notamment à Francfort, où l’industrie allemande – et en particulier l’automobile – figure pourtant parmi les principales cibles de ces mesures.
A 14h00, l’indice Stoxx Europe 600 perdait 2,3 %, à 525 points. A Paris, le CAC 40 et le SBF 120 chutaient de 2,9 % et 2,8 % respectivement. Le DAX 40 cédait 2,3 % outre Rhin, après avoir perdu jusqu’à 2,6 % en tout début de séance. Et tandis que la Bourse de Milan recule de 2,5 %, Londres fait mieux avec un FTSE 100 en baisse limitée de 1,4 %, le Royaume-Uni étant moins fortement exposé aux nouvelles taxes que l’Union européenne.
Pour ce "jour de la libération", que Donald Trump promet "d’inscrire dans les livres d’histoire", le président américain a frappé fort en imposant des droits de douane sur la quasi-totalité de ses partenaires commerciaux. Un tarif minimum de 10 % s’applique désormais à tous les pays, y compris ceux avec lesquels les États-Unis affichent un excédent commercial. En parallèle, 29 États subissent des taxes "réciproques" supplémentaires, ajustées selon leur balance commerciale avec Washington.
Dans le détail, les nouveaux droits s’élèvent à 34 % sur la Chine (portés à 54 % en tenant compte des taxes existantes), 24 % sur le Japon, 20 % sur l’Union européenne et 31 % sur la Suisse. En revanche, les produits conformes à l’accord USMCA (États-Unis - Mexique - Canada) restent exemptés pour l’instant. Donald Trump a aussi confirmé une taxe de 25 % sur les importations automobiles. "Les droits de douane sur le continent américain sont plus faibles que prévu, ceux sur l’Europe sont conformes aux attentes, tandis que l’Asie est la plus sévèrement touchée", résume George Saravelos, responsable mondial de la recherche sur le marché des changes chez Deutsche Bank.
EssilorLuxottica en première ligne
La physionomie du palmarès des valeurs à la Bourse de Paris reflète les impacts attendus des nouvelles mesures protectionnistes, les secteurs les plus sensibles aux hausses de droits de douane enregistrant logiquement les plus fortes baisses.
Lanterne rouge du CAC 40, EssilorLuxottica chute de 8 %, victime directe des nouveaux droits de douane sur les importations en provenance de Chine et d’Europe. Le groupe franco-italien, qui réalise plus de la moitié de ses ventes américaines grâce aux importations se retrouve particulièrement vulnérable face à cette hausse des taxes.
Le secteur du matériel électrique et de l’automatisation est également sous pression, Schneider Electric (-5 %), Legrand (-6,2 %) et Rexel (-5,9 %) accusant de lourdes pertes. Ces entreprises, qui ont considérablement renforcé leur présence sur le marché américain ces dernières années, doivent désormais faire face à une pression sur leur rentabilité, en raison de la hausse des coûts d’importation de certaines de leurs lignes de produits dépendant des approvisionnements extérieurs. Elles ne sont toutefois pas totalement démunies face à ce défi, en particulier Schneider Electric, dont la stratégie de localisation très poussée vise à produire environ 90 % de ses ventes dans chaque région, y compris aux États-Unis.
Dans l’aéronautique, Airbus (-3,8 %) pourrait voir ses coûts augmenter en raison des droits de douane sur les composants qu’il importe des États-Unis pour ses avions assemblés en Europe, avant de les exporter vers ce marché. Un impact dont l’impact sera toutefois limité grâce à sa production locale en Alabama, où le constructeur dispose d’une usine depuis 2015. De son côté, Safran (-3,3 %), est également exposé, en raison de ses chaînes d’approvisionnement internationales complexes. Par exemple, son moteur d’avion Leap 1A est assemblé en France avec des composants provenant des États-Unis, tandis que le Leap 1B est assemblé aux États-Unis avec des modules importés de France et du Mexique.
Louis Vuitton, à l’abri grâce au made in Texas
Le secteur automobile échappe aux nouveaux droits de douane annoncés, mais reste sous pression : les taxes de 25 % décidées la semaine dernière entreront bien en vigueur ce jeudi. Parmi les constructeurs européens, Stellantis (-3,2 % à Paris), via notamment Chrysler, figure parmi les plus exposés, aux côtés des allemands Porsche (-2,2 % à Francfort), BMW (-2 %) et Volkswagen (-2,1 %). Les équipementiers souffrent également : Valeo (-5,8 %) et Forvia (-5,7 %) chutent après la publication par Washington de la liste détaillée des pièces détachées (propulsion, pare-chocs, pneus, transmissions…) qui seront soumises aux mêmes taxes de 25 % d’ici, au plus tard, le 3 mai.
Le secteur du luxe n’échappe pas aux turbulences. LVMH (-4 %) et Kering (-3,7 %) subissent les effets de ces nouvelles taxes, bien que leur exposition soit nuancée. LVMH, dont les vins et spiritueux européens pourraient être pénalisés par les droits de douane, bénéficie toutefois de sa production locale aux États-Unis, notamment pour Louis Vuitton. La marque avait inauguré en 2019 son nouveau site texan en présence de Donald Trump lors du premier mandat de celui-ci. Un atout dont ne peux se prévaloir Kering (-4 %), sans production significative sur le sol américain, qui voit sa compétitivité menacée, notamment pour sa marque phare Gucci.
A l’inverse, les seules hausses parmi les valeurs du CAC 40 concernent soit des entreprises absentes des États-Unis, comme Engie (+ 2,3 %), Carrefour (+ 2,2 %) ou Orange (+ 2,2 %), soit des sociétés du secteur de la santé, telles que Sanofi (+ 0,6 %), exemptées de la vague de surtaxes annoncée par la Maison-Blanche, qui ne concernera pas les produits pharmaceutiques à partir du 5 avril 2025. Danone (+ 2,5 %) bénéficie pour sa part de sa production locale quasi exclusive aux États-Unis. Protégé par sa forte implantation locale et la nature immatérielle de ses services, le groupe de laboratoires d’analyse Eurofins (+ 3,3 %) signe la plus forte hausse de l’indice phare parisien.
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