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Aides publiques aux entreprises : Florent Menegaux joue la carte de la transparence totale / Une mise en garde sur la compétitivité et l’attractivité de la France
"Une entreprise n’est pas un musée ". Le patron de Michelin, Florent Menegaux, a ouvert, ce mardi après-midi, le bal des auditions des dirigeants d’entreprises par la commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques. Un échange dans un contexte particulier alors que le groupe a annoncé l’année dernière la fermeture de ses sites de Cholet et de Vannes, comptant à eux deux 1 254 emplois salariés.
Une entité vivante qui doit s’adapter
En 2020, c’est le site de La Roche-sur-Yon, spécialisé dans les pneus pour poids lourds, qui avait fermé ses portes. Il avait ensuite été reconverti en un pôle d’innovation dédié aux énergies décarbonées après que Michelin a signé une convention de revitalisation du bassin d’emploi par laquelle le groupe s’engageait à hauteur de 3,7 millions d’euros à récréer des emplois sur le territoire. " Nous ne signons pas un chèque pour partir. Une entreprise est une entité responsable. Lorsque nous fermons une activité, nous avons exploré et étudié toutes les autres solutions. C’est une chose que nous faisons en dernier ressort parce que c’est la fin du chemin entrepreneurial ", a expliqué le président de Michelin, ajoutant que dans un contexte concurrentiel très intense, "le maintien de la pérennité de l’entreprise implique parfois de faire des choix difficiles comme des fermetures d’activités ". "Une entreprise est un organisme vivant qui doit en permanence s’adapter à son environnement ", a-t-il rappelé.
Supprimer le CIR pourrait être synonyme de délocalisations
Ce qui explique aussi, pour Florent Menegaux, que les aides publiques aux entreprises soient si essentielles à l’attractivité de la France, et notamment pour un groupe comme Michelin, présent dans 175 pays, qui ne réalise "que" 9 % de son chiffre d’affaires dans l’Hexagone tout en y employant 16 % de ses effectifs, et ce avec des comptes à rendre à des actionnaires dont 75 % sont étrangers. "Le crédit impôt recherche (CIR) rend le coût d’un chercheur en France compétitif. Depuis que nous bénéficions du CIR nous avons relocalisé une grande partie de notre recherche dans l’Hexagone et augmenté les effectifs dans le domaine de 250 personnes (50 % des effectifs du groupe dédiés à la R & D sont en France, soit 3 000 personnes, ndlr). Si l’État décidait de supprimer cette aide, Michelin, qui est une entreprise mondiale, pourrait décider de rapatrier ou non ses activités de recherche dans tels ou tels pays ", a-t-il alerté.
D’autant que selon le patron de l’entreprise, "en 2024, sur les volumes, le résultat net et le résultat opérationnel des secteurs, nous avons diminué nos performances par rapport à 2023. En France, nous perdons de l’argent sur les activités de production industrielle. Quelle est donc la logique que d’autres pays qui contribuent au résultat de Michelin subventionnent l’activité française ? Il n’y en a pas ", a fait remarquer Florent Menegaux.
Pas dans le business des aides publiques
Même constat concernant le dispositif du chômage partiel, utilisé par exemple par Michelin pour ses sites de Troyes (pneus agricoles) et du Puy-en-Velay (pneus pour le génie civil) du fait d’une baisse de leurs activités. "Au total, nous avons 8 sites sous-chargés en France. Nous les maintenons grâce au chômage partiel mais si ce n’était plus le cas, nous serions obligés de réajuster les effectifs pour les mettre au minimum. Il est indispensable que l’État nous aide à passer ce cap difficile ", a plaidé le président de Michelin.
Et l’entreprise de se défendre de recourir à des aides publiques alors que le rapporteur de la commission d’enquête, le sénateur Fabien Gay, s’est dit choqué qu’1,4 milliard d’euros de dividendes a été versé aux actionnaires du groupe en 2024, même année que l’annonce des licenciements des sites de Cholet de Vannes. "Nous avons besoin des investisseurs pour nous financer, il est normal que nous leur payions en retour un loyer. Michelin ne sollicite des aides que lorsque c’est indispensable et lorsque celles-ci s’inscrivent dans sa stratégie. Michelin n’est pas dans le business de recevoir des aides pour le principe ", a assuré Florent Menegaux jouant la carte de la transparence en détaillant les montants de toutes les aides publiques perçues par le groupe.
Une entreprise en audit permanent
Ainsi, en 2023, au titre du soutien à l’emploi, Michelin a perçu 10,6 millions d’euros pour une masse salariale versée de 1,5 milliard d’euros. Dans le cadre du soutien au mécénat, entre 2019 et 2024, la fondation de l’entreprise a bénéficié de 43,5 millions d’euros de déductions fiscales pour 101,2 millions d’euros de dépenses. Par ailleurs, et afin de compenser le poids de la fiscalité, 32,4 millions d’euros d’allègements de cotisations ont été accordés au groupe. Dans le même esprit, pour compenser le coût de l’énergie en raison du conflit russo-ukrainien, 4 millions d’euros d’aides directes ont été versées entre 2022 et 2024, alors que le surcoût énergétique supporté par l’entreprise aura été de 129,4 millions d’euros sur la période.
S’agissant de l’aide à la modernisation industrielle, la facture de l’État s’est élevée à 1,4 million d’euros en 2023, et s’agissant de la transition environnementale des sites, à 1,8 million d’euros en 2023 sur 14,5 millions d’euros de dépenses.
Enfin, le crédit d’impôt recherche a atteint, cette même année, 40,5 millions d’euros pour 400 millions d’euros de dépenses pour la France et 1,2 milliard au niveau du groupe. À cela s’ajoute 14,7 milliards d’euros de subventions directes en R&D sur deux grands projets entre 2020 et 2024. "Il s’agit donc d’aides sur des projets et non d’aides à l’entreprise. Chaque projet fait d’ailleurs l’objet d’une convention qui fixe les conditions de suivi et de contrôle. Nous sommes en outre en audit permanent puisque nous avons signé un contrat de relation de confiance avec l’administration fiscale en 2019 ", a fait observer Florent Menegaux, précisant que Michelin avait versé 16,3 % de ses prélèvements fiscaux à la France en 2023, soit 222 millions d’euros d’impôt sur le 1,4 milliard dans le monde.
Les trois recommandations de Michelin
"Plus une entreprise aura la possibilité de se redéployer, plus elle sera performante et plus elle investira. Quand Michelin se déploie dans le monde c’est la France qui rayonne ", a-t-il conclu son audition, proposant même trois recommandations pour une meilleure efficacité des aides publiques en France du point de vue de l’État : une meilleure définition de la finalité des aides, la mise en place d’un guichet unique pour les entreprises et une amélioration… de la transparence.
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