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Thales : des performances exceptionnelles dans un climat géopolitique tendu / Un modèle d’affaires unique qui rassure alors que le mot "défense" n’est plus tabou
Un timing parfait pour démontrer sa solidité. Alors que Thales a vu son titre clôturer la séance boursière en tête du CAC 40 et du SBF 120, ce lundi, flambant à +16,04 %, dans un contexte de tensions géostratégiques entre les États-Unis et l’Ukraine, convaincant l’Europe d’investir (enfin) dans sa défense en relevant les budgets militaires, le groupe a fait état, ce mardi matin, de performances financières exceptionnelles.
De la visibilité pour les investisseurs
Ses prises de commandes ont atteint en effet en 2024 un niveau record avec 25,3 milliards d’euros, en hausse de 6 % en variation organique sur un an et pour la quatrième année consécutive supérieures de plus de 20 % au chiffre d’affaires ("book-to-bill"), qui a quant à lui dépassé la barre de 20 milliards d’euros (20,6 milliards d’euros précisément), en hausse de 8,3 %. Le carnet de commandes consolidé, à près de 51 milliards d’euros, est lui aussi à un niveau historique, gagnant près de 5,4 milliards d’euros par rapport à fin 2023.
Une croissance profitable puisque l’entreprise a enregistré un Ebit ajusté de 2,4 milliards d’euros, en progression de 5,7 % sur un an, et un résultat net ajusté part du groupe de près de 2 milliards d’euros, en hausse de 7 %. "Nous débutons ainsi 2025 avec confiance et détermination, bénéficiant de perspectives favorables dans la grande majorité de nos activités. En novembre 2024, Thales a présenté sa nouvelle feuille de route stratégique. Ainsi, en s’appuyant sur ses positions de leadership uniques servant des marchés en croissance et sur sa capacité à innover et à anticiper les ruptures technologiques, le groupe affirme son ambition de délivrer une croissance accélérée (comprise entre +5 et +6 %, correspondant à un chiffre d’affaires compris entre 21,7 et 21,9 milliards d’euros en 2025), rentable (avec une marge d’Ebit ajusté comprise entre 12,2 % et 12,4 %, soit en hausse de 40 à 60 points de base par rapport à 2024) et durable au cours des prochaines années, et ce dès 2025 ", s’est félicité Patrice Caine, président-directeur général.
Incomparable dans le monde
Pour mémoire, à l’occasion de son Capital market day, Thales avait aussi annoncé une nouvelle dénomination de ses activités, désormais réunies en trois pôles, Défense, Aérospatial et Cyber & Digital. Un découpage utile à la bonne visibilité et à la meilleure compréhension du groupe par les investisseurs. "Nous avons également indiqué à cette occasion que nous allions fournir des données financières sur la croissance de l’activité cyber seule. Il s’agissait en effet d’une demande de la part de nombreux analystes qui nous trouvent parfois plus compliqué à comprendre que nos concurrents du fait de la pluralité de nos activités ", souligne Philippe Keryer, directeur général délégué de Thales, chargé de la stratégie, de la recherche et de la technologie, dans un entretien accordé à WanSquare. En 2024, l’activité a ainsi vu ses revenus croître de 1,4 % à périmètre et taux de change constants (et même de 14,8 % en variation totale intégrant l’effet de périmètre positif des acquisitions d’Imperva et de Tesserent), à plus de 4 milliards d’euros.
Il faut dire aussi que Thales ne possède pas vraiment d’équivalent dans le monde. Très peu d’acteurs réunissent toutes ses activités. "Le spectre de Thales est assez unique. Très peu d’entreprises réussissent à être en pointe dans le domaine de la défense avec en même temps un pôle numérique de taille significative. Nos concurrents se répartissent davantage selon nos activités. Dans la défense, sur certains aspects, l’entreprise peut être comparée à Raytheon, sur d’autres à Lockheed Martin. Dans l’aéronautique, il s’agirait plutôt d’Honeywell ou Rockwell Collins et pour certaines de nos activités numériques, il existe les grands acteurs de la cyber et aussi Idemia", nous fait remarquer Philippe Keryer, qui avance les raisons du modèle unique de Thales. "La profondeur des marchés européens de défense est telle que nous ne pouvons pas nous contenter d’être un spécialiste des sonars par exemple. Nous devons être multispécialistes, ce qui nous pousse aussi à essayer de trouver des synergies transversales dans nos différents métiers, comme la cyber, l’intelligence artificielle et le numérique que nous appliquons à la transformation de nos différents métiers, qu’il s’agisse des radars, des sonars, de la guerre électronique, etc ", souligne-t-il.
Une décennie de progression boursière continue
Pourtant, force est de constater que si les investisseurs peuvent parfois se dire perdus dans tous les savoir-faire technologiques (de pointe) de Thales, il n’empêche qu’ils croient en la stratégie menée. Depuis le 4 mars 2015, le cours de Bourse de l’entreprise a en effet augmenté de 334,7 % pour atteindre aujourd’hui les 222,40 euros. "Lorsque je nous compare aux valorisations de certains de nos pairs aux États-Unis, nous avons toujours le potentiel de pouvoir faire mieux, cela passera par de la pédagogie en expliquant méthodiquement la défense, l’aéronautique et le cyber & digital", estime le directeur général délégué.
Un potentiel de croissance présagé dans un contexte géopolitique marqué par de multiples incertitudes et qui place en conséquence Thales comme une entreprise rassurante. "Le mot défense n’est plus tabou. Une prise de conscience sévère et brutale a été opérée, et notamment en Europe avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les pays comprennent qu’il peut devenir difficile de protéger sa démocratie ", observe Philippe Keryer. Même prévision de croissance s’agissant du secteur aérien qui devrait connaître une augmentation du trafic et un renouvellement des flottes d’avions dans les dix prochaines années. "Sans oublier la transformation numérique qui ne fait que s’accélérer, ce qui nécessitera en contrepartie pour nos clients d’être cybersécurisés du fait de l’augmentation des surfaces d’attaques", poursuit-il.
Idéalement positionné sur des marchés porteurs
Et anticiper les ruptures technologiques, Thales sait faire. "Si l’on analyse les performances du groupe aujourd’hui, elles sont la conséquence de décisions stratégiques prises au cours des dix dernières années en anticipant les disruptions et en identifiant les futurs marchés de croissance", rappelle le directeur général délégué.
De fait, depuis 2014, Thales a connu de nombreux changements. "Dans les années 2014-2015, la croissance du groupe était atone, la question d’un potentiel mariage de Thales avec une autre entreprise était même parfois évoquée", se souvient Philippe Keryer, arrivé en 2016 dans le groupe après avoir officié chez Alcatel-Lucent. Un manque de stabilité visible aussi au niveau de la gouvernance, 4 présidents-directeurs généraux s’étant succédé entre 2009 et 2013 avant la nomination de Patrice Caine en décembre 2014. "Néanmoins, deux éléments ont toujours fait la marque de fabrique de Thales. D’une part, l’entreprise a toujours été visionnaire. Si nous étions convaincus, en 2014, que le numérique allait profondément transformer nos métiers et que nous devions être forts en cybersécurité et dans les technologies, ce n’était pas le cas de certains de nos concurrents dans la défense ou l’aéronautique. D’autre part, nous opérions déjà sur des marchés porteurs renforcés par la formidable capacité académique et technique des équipes de l’entreprise capables de concevoir, d’imaginer des solutions critiques, complexes et en pointe ", souligne le directeur général délégué.
Dans le domaine de la défense par exemple, Thales contribue sous la maîtrise d’œuvre de Dassault Aviation, actionnaire de Thales à parts quasi égales avec l’État, au succès de l’avion Rafale en fournissant les capteurs radars et guerre électronique (programme Spectra). "L’histoire nous a permis d’être un groupe de défense et d’aéronautique, si l’on s’en tient à nos verticaux historiques, mais avec une spécificité unique au monde qui fait que nous sommes une entreprise très multidomestique grâce à l’excellence de nos produits vendus dans des pays étrangers, comme par exemple, les sonars – reconnus mondialement comme les plus performants et même vendus aux États-Unis", souligne-t-il.
Le fruit de 10 années de M&A stratégique
En termes de M&A aussi, l’entreprise a su poser rapidement les bases stratégiques de son développement. "Des transactions réalisées à un moment où les consolidations dans le secteur de la défense étaient encore possibles et une souveraineté qui nous permet de bénéficier de la dynamique des marchés locaux et de leur développement à l’export. Nous bénéficions par exemple aujourd’hui du rachat des activités de Philips Signaal en Hollande, par Thomson-CSF (ancêtre de Thales avec Dassault Électronique), devenu Thales Pays-Bas, ou de Racal en 2000, notre plus grosse acquisition au Royaume Uni ou d’Australian Defence Industries (ADI), permettant à Thales de devenir l’industriel de défense australien le plus important jusqu’à ce jour", illustre Philippe Keryer.
En parallèle, le groupe a aussi investi massivement afin de devenir un leader de la cybersécurité et des identités numériques avec le rachat de Gemalto (finalisé en 2019), spécialisé dans les services de sécurité et de technologies de pointe, ou du leader mondial de la cyber, l’américain Imperva en 2023, ou encore de Tesserent et de Vormétric. "Au total, ce sont près de 10 milliards d’euros qui ont été consacrés à ces acquisitions successives", résume Philippe Keryer, qui nous rappelle la ligne de conduite financière du groupe. "Lorsque nous décidons d’investir, nous analysons la cible de façon à la payer au prix juste. Nous devons être capables de justifier le prix d’acquisition dans le sens où elle doit être synonyme de performance opérationnelle et de synergies avec nos différents métiers et pas seulement technologiques", explique-t-il.
Encore 700 millions d’euros d’investissements prévus cette année
Pour préparer les prochaines révolutions technologiques, dont la révolution quantique, Thales prévoit 5 milliards d’euros d’investissements par an dans le R&D d’ici 2028. "Notre capacité à anticiper les grandes ruptures technologiques a réussi à nous positionner plus seulement comme un leader de l’aérospatial et de la défense mais aussi en tant qu’acteur de haute technologie cyber et digitale", se félicite Philippe Keryer. Et pour 2025, le groupe anticipe des dépenses nettes d’investissement légèrement supérieures à 700 millions d’euros (après 617 millions l’année dernière) afin de répondre aux besoins d’augmentation des capacités de production, notamment dans les activités Défense.
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