Régulation / Concurrence / sommet mondial pour l'action sur l'IA / Concurrence
Régulation / Concurrence
sommet mondial pour l'action sur l'IA / Concurrence
L’IA pose de nouvelles questions de concurrence / En matière de partenariats, le bon grain doit être séparé de l'ivraie
Si l’on demande à Eric Lombard, "109 milliards d’euros, c’est assez ?", le ministre de l’Économie et des Finances devrait répondre : "en une journée, oui", a-t-il souligné ce mardi, en ouvrant le "Business Day" de la Station F organisé dans le cadre du Sommet mondial pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA). Il faut dire que la tenue de cette réunion mondiale à Paris permet de mettre un écosystème tricolore, ayant des cartes à abattre dans cette grande course technologique, en lumière. Celle-ci a néanmoins débuté depuis quelque temps et les rebondissements s’y enchaînent. En témoigne l’arrivée d’un challengeur surprise, le chinois DeepSeek, dont le modèle développé à très faibles coûts (du moins inférieurs à ceux des autres entreprises du secteur selon les dires de la start-up) a fait l’effet d’une bombe.
"Il y a deux ans, la plupart des gens n’avaient pas entendu parler d’OpenAI. Il y a deux semaines, cela a été la même chose avec DeepSeek", a reconnu Adam Cohen, le responsable de l’impact économique d’OpenAI, lors d’une table ronde. "Le message qu’envoie DeepSeek aux régulateurs du monde entier est important : cela montre que l’industrie de l’IA est compétitive, que la fête n’est pas finie et que nous pouvons encore muscler nos capacités", a renchéri Benoît Coeuré, le président de l’Autorité de la concurrence. De fait, l’état de l’environnement concurrentiel est plus qu’important pour les entreprises du secteur, dans la mesure où les leçons tirées des révolutions technologiques précédentes pourraient permettre d’éviter que les mastodontes américains ne raflent (de nouveau) toute la mise.
Un nuage de longueur d’avance
L’Autorité de la concurrence s’était déjà intéressée au sujet il y a quelques mois. Et le constat qui était ressorti de son travail était sans appel. Les géants du numérique ont pris un avantage considérable sur ce marché, du fait de multiples facteurs, dont leur position dans le cloud. "Pour les GAFAM, plus d’IA veut aussi dire plus de profits dans le cloud. Surtout pour les cas d’usage pour lesquels ils ont déjà les infrastructures", a remarqué Amba Kak, la co-directrice générale de l’institut de recherche AI Now Institute. "Le cloud et l’IA sont deux marchés interconnectés", a ajouté Solange Viegas Dos Reis, la directrice juridique d’OVHcloud. "Nous, [les spécialistes du cloud], fournissons de la puissance de calcul, des solutions pour entraîner et pour déployer l’IA", a-t-elle poursuivi.
Ce marché du cloud est pourtant, de son côté, plus que concentré. Trois Big Tech américaines possèdent en effet 70 % des parts de marché mondiales sur ce terrain, a souligné Solange Viegas Dos Reis. "Elles ont donc déjà des positions privilégiées dans l’accès aux ressources d’IA", a-t-elle regretté. D’autant que, a souligné Benoît Coeuré, il n’y a pas que les risques de concentration (notamment verticale) qui sont à surveiller sur le marché de l’IA en matière d’anti-trust. Il reste également les différentes pratiques et conditions commerciales, contractuelles et relations tissées entre les innovateurs et les géants du secteur, qui sont souvent leurs investisseurs.
"La Federal Trade Commission a mené l’enquête à propos de ces soi-disant partenariats entre les Big Tech et les start-ups d’IA. Il se trouve que la relation est circulaire : quand elles lèvent des fonds, 80 % ou 90 % d’entre eux reviennent aux fournisseurs de cloud. Et les trois quarts des capitaux qu’elles lèvent proviennent des Big Tech", a illustré Amba Kak. Selon elle, d’un point de vue concurrentiel, s’intéresser principalement à l’exclusivité qui relie les start-ups aux géants du numérique serait aussi passer à coté d’un sujet, celui de l’interdépendance : "Les fournisseurs de cloud ont ainsi accès à des informations qui les aident à développer de meilleurs modèles", a regretté la dirigeante de l’AI Now Institute.
Trois facteurs vraiment clés
Attention, toutefois, à ne pas mettre tous les partenariats dans un même panier, a nuancé Benoît Coeuré. Certes, ceux qui entraînent une forme de contrôle doivent être surveillés de près. A l’inverse, les autres créent de la compétitivité et sont pro-concurrentiels, a-t-il ajouté. Que la France et l’Europe soient une terre concurrentielle favorable à l’écosystème d’IA et à l’essor de nouveaux acteurs sera finalement le résultat de trois facteurs, a expliqué le directrice juridique d’OVHcloud : de juste prix, des pratiques loyales et un accès équivalent pour tous les acteurs aux différentes ressources dont les entreprises d’IA ont besoin. Soit la puissance de calcul, les données et les talents.
Trois domaines dans lesquels il sera le plus judicieux d’investir de l’argent public, a estimé de son côté le président de l’Autorité de la Concurrence, interrogé sur la question. "Si l’argent est seulement public, nous n’allons pas y arriver", a-t-il ajouté. Et comme l’avait souligné la veille la coalition réunissant 60 entreprises européennes, "EU AI Champions Initiative", ayant présenté un programme pour l’IA européenne, Benoît Coeuré a aussi rappelé que le financement de l’IA devrait être lié aux réformes des marchés financiers européens. Et notamment en ce qui concerne l’Union de l’Épargne et de l’Investissement. "Si nous n’allons pas dans ce sens, nous n’y arriverons pas. Bien sûr, il y a une grande fierté nationale en matière d’IA qui ressort particulièrement grâce à ce Sommet. Mais si nous voulons aller où que ce soit, cela devra être avec l’Europe", a conclu le président de l’Autorité de la concurrence.
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