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Pétrole bas : des avantages de plus en plus ténus
En 2015, la baisse accélérée du pétrole avait rencontré une demande largement élastique, prompte à bénéficier des économies occasionnées. Des secteurs comme le transport aérien ou l’automobile ont vu fondre leurs coûts et bondir leurs résultats. Mais la consolation pourrait être de courte durée, car les dommages occasionnés deviennent trop importants.
Première conséquence logique, les pays exportateurs réduisent drastiquement leurs investissements et retournent à l’épargne. Alors qu’ils investissaient près de 500 milliards de dollars en actifs financiers quand le baril était encore à 100$, le montant est descendu à 200 milliards à partir de 40$ le baril selon la dernière étude « cross-expertise » de Natixis.
Autre conséquence, plus alarmante : avec les difficultés des entreprises dans le secteur de l’énergie, les taux de défaut montent en flèche (+8% dans le High Yield américain), et la dette à risque sur le High Yield Oil & Gas américain représente 74 milliards de dollars. De plus, 90% du cash flow des sociétés américaines du secteur est même employé au remboursement de leur dette. Dans les pays émergents, les difficultés rencontrées par des entreprises étatiques ou paraétatiques, comme Petrobras au Brésil ou Gazprom en Russie, pourraient rapidement mener à une crise de la dette souveraine, par contagion.
Pourtant, les principaux bénéficiaires du pétrole bas, à savoir les pays importateurs, compensent de moins en moins cette baisse d’activité. Ils épargnent de plus en plus leurs revenus supplémentaires, et se heurtent à la baisse de leurs exportations vers les économies productrices de matières premières. Ainsi, les exportations de la Zone euro vers la Russie et les pays de l’OPEP ne représentent plus qu’environ 1,7% de son PIB, contre plus de 2,3% en 2012.
Alors bien sûr, les avantages ne sont pas inexistants. En premier lieu, la Fed devrait renoncer à remonter ses taux plus de deux fois cette année, et ne sera plus en mesure de le faire au-delà, selon Sylvain Broyer, responsable de la recherche économique chez Natixis. Un renoncement qui freinera mécaniquement la dépréciation des changes émergents. A noter également que tous les pays émergents importateurs de matières premières, principalement en Asie, bénéficient à plein régime de ce contexte, et représentent actuellement la région du Monde la plus dynamique. De plus, 60% de la baisse du pétrole est liée à la surabondance de l’offre, la demande étant toujours au rendez-vous. Or, l’efficacité du « mercantilisme » saoudien pourrait permettre de réduire ce surplus d’ici à 2017.
Face à cette situation globalement dégradée, Natixis ne voit pas de remontée des cours avant 2017, et à un rythme modéré. Compte tenu des intérêts stratégiques de l’Arabie Saoudite, de l’influence habituellement faible des décisions de l’OPEP et d’un retour de l’Iran sur le marché (+500 000 barils par jour dans la production annuelle au premier trimestre 2016), la production pétrolière devrait continuer d’augmenter progressivement sur 2016, avec cependant un ralentissement dans les pays hors OPEP, notamment les Etats-Unis.
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