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S&P inquiet pour la croissance britannique

Si le pays a jusqu'à présent mieux résisté que prévu au Brexit, l'agence de notation estime que son économie a commencé à ralentir et devrait rester sur une trajectoire modérée, pénalisée par l'inflation importée et le report des investissements des entreprises.
Londres
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Si l'économie britannique a été peu marquée par le Brexit, dans les premiers mois qui ont suivi le référendum, les données sont désormais beaucoup moins bien orientées et commencent à montrer des signes de ralentissement. Tel est en tout cas le constat établi par Standard & Poor's dans une note publiée hier soir. Et, selon les membres de l'agence, le fléchissement devrait se poursuivre les deux prochaines années au moins. Cela parce que les revenus réels vont diminuer du fait de la hausse de la livre et donc de l'inflation importée, et ainsi peser sur les dépenses des ménages. Or, la consommation est l'un des principaux piliers de la croissance britannique, et a d'ailleurs permis d'expliquer presque exclusivement la bonne résistance de l'économie du pays l'an dernier, qui a progressé de 1,8%. Mais, au mois de mai, la hausse des prix a atteint 2,9%, avertit S&P, et a commencé à grever le revenu disponible des ménages : du coup leurs dépenses ont ralenti passant de 0,7% au dernier trimestre 2016, à 0,3% seulement au premier trimestre 2017, souligne S&P. "Etant donné la dépendance de la croissance britannique à la consommation, nous estimons que l'économie devrait progresser à un rythme très modéré l'an prochain", expliquent ainsi les équipes de l'agence.

D'autant que la politique de soutien au crédit mise en place par la Banque d'Angleterre juste après le référendum a été modifiée : l'institution a ainsi augmenté les réserves obligatoires de fonds propres nécessaires aux banques lors des opérations de crédit, de 0% à 0,5% et indiqué qu'elle pourrait progressivement les passer à 1% cette année. Ce qui, selon les calculs de S&P, pourrait induire pour les banques d'accroître leurs réserves de fonds propres de 11 milliards de livres sur l'année et par conséquent peser d'autant sur les octrois de crédit. Les salaires devraient par ailleurs faiblement progresser du fait des incertitudes des entreprises liées au Brexit, et ne permettront donc pas de compenser la hausse de l'inflation.

Autre frein à la croissance ces deux prochaines années, le ralentissement des investissements des entreprises : "tant que les négociations n'auront pas permis de donner quelques détails sur la façon dont la sortie du pays se passera, les entreprises devraient rester en mode 'wait and see' et mettre de côté leurs plans d'investissement", affirme ainsi l'agence de notation. Certes, certains secteurs tels que le tourisme ou les cabinets d'avocat pourraient bénéficier du Brexit (du fait de la faiblesse de la livre pour le premier et des incertitudes légales pour les seconds), mais cela ne compensera pas l'arrêt momentané des dépenses chez la plupart des entreprises du pays. 

Enfin, le Royaume-Uni ne devrait bénéficier qu'à la marge de la faiblesse de la devise sur ses exportations, concluent les analystes de S&P. Car les chiffres montrent pour l'instant que les entreprises britanniques ont plutôt augmenté leurs prix à l'export que les volumes vendus, afin de compenser la hausse des prix des produits importés et nécessaires à la production de leurs biens finaux. Si les ventes à l'étranger devraient tout de même progresser de 3% à 3,5% ces deux prochaines années, elles ne permettront pas de compenser dans le même temps le ralentissement des investissements des entreprises et de la consommation des ménages. 

Selon les estimations de S&P, le PIB du pays devrait donc progresser de 1,4% cette année, avant de ralentir aux alentours de 0,9% l'an prochain. Si le pays parvient toutefois à trouver un accord convenable avec l'UE, et ne part pas de la table des négociations sans rien, le PIB britannique devrait se reprendre dès 2019 pour atteindre 1,3% puis 1,5% en 2020. Les analystes estiment qu'ils pourraient revoir leur scénario à la hausse si le Royaume-Uni parvenait à un accord qui préserve son accès au marché unique, mais ne misent pas gros sur une telle possibilité. En revanche, il est fort possible que la croissance marque davantage le pas, notamment si la Banque d'Angleterre relève ses taux directeurs de façon prématurée, ou si les négociations sur les relations commerciales avec l'Europe sont traitées trop tardivement lors des discussions, laissant peu de temps au pays pour faire valoir ses conditions. L'agence estime  qu'il est plus probable qu'elle revoit ses prévisions à la baisse qu'à la hausse et n'est donc pas franchement optimiste sur l'issue des négociations et la performance de l'économie britannique au cours des deux prochaines années. Il reste qu'on est loin de la récession annoncée par les opposants au Brexit pendant la campagne, ce que n'ont pas manqué de souligner les partisans de la sortie !




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