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L’année 2021 vue par... Jacques Aschenbroich, P.-D.G. de Valeo
1. Quelles sont vos perspectives pour l'économie ? Quel type de rebond attendez-vous ?
On a clairement connu 3 phases de la crise en 2020.
La première de mi-mars à fin mai, c’est l’écroulement de l’économie en raison d’un confinement brutal (on a peut-être oublié la chute de 85% de la production d’automobile mondiale en avril, choc plus violent que celui de la crise financière de 2008/2009).
La deuxième phase est celle du rebond du 3eme trimestre, beaucoup plus rapide qu’anticipé.
Et la 3eme phase, c’est celle de la stabilisation que l’on connait depuis octobre, avec une Chine qui a retrouvé le chemin d’une impressionnante croissance, et des Etats-Unis et une Europe qui résistent encore malgré la seconde vague de la Covid19.
Clairement, les modèles économiques n’aident pas à prévoir le court terme, tant les réactions des consommateurs et leur propension à consommer ont pu surprendre.
2021 devrait confirmer cette stabilisation, aidée par la disponibilité des vaccins d’une part mais sans doute perturbée par les impacts du chômage et les risques économiques liés au surendettement des entreprises.
2. On a beaucoup parlé du monde d'après, peut-être un peu vite. Qu'en pensez-vous dans l'automobile et qu'observez-vous pour l'instant ? Dans votre entreprise, allez-vous davantage prendre en compte les risques climatiques, sanitaires et environnementaux ?
Je n’ai jamais cru à la notion d’un monde d’après.
Par contre, on voit clairement une accélération d’un certain nombre d’évolutions en cours : l’électrification de l’industrie automobile en est une, irréversible. D’une façon générale, on observe depuis plusieurs années une prise de conscience, par les entreprises, des enjeux du réchauffement climatique et donc d’une nécessaire transition énergétique. Cela s’accompagne de "révolutions" technologiques dans tous les secteurs d’activité, toutes les entreprises, et d’investissements massifs. Notons, avec satisfaction, qu’aucun secteur industriel – en particulier l’automobile – n’a réclamé de moratoire sur l’application des normes environnementales en prétextant l’impact de la COVID-19 sur l’économie. Bien au contraire.
3. Vous attendez-vous réellement à des changements de comportement de vos clients dès 2021 ?
La mobilité reste synonyme de liberté. On voit qu’en ces périodes où le risque sanitaire et de contagion sont réels, les consommateurs s’orientent clairement, sur tous les marchés et dans toutes les géographies, vers une mobilité individuelle.
Il n’en demeure pas moins que l’industrie automobile est confrontée à trois défis qu’elle est prête à relever:
- Celui du respect de l’environnement et de l’électrification
- Celui du coût pour les consommateurs de ces nouvelles technologies
- Et celui de l’apparition des nouvelles formes de mobilités urbaines
4. En 2021, les entreprises auront moins de soutien de l’Etat et l'on craint une hausse des défaillances…
Certains secteurs d’activités sont touchés par la crise, en particulier la restauration, l’hôtellerie, le tourisme et la culture. Mais si les bilans des entreprises seront alourdis – souvent fortement – par les dettes liées au choc du 2eme trimestre 2020, les Etats, principalement en Europe, ont réagi rapidement en mettant en place des mesures exceptionnelles de soutien à l’économie (chômage partiel, report d’échéances fiscales ou sociales, prêts garantis).
L’impact de cette crise sur le chômage et sur les défaillances d’entreprises est encore difficile à anticiper, de même que leur impact sur l’activité économique et la consommation. C’est ce qui rend les prévisions très difficiles pour 2021 et 2022. Mais la résilience des entreprises sera peut-être plus forte que certains ne craignent, si après avoir assuré leur liquidité, les mesures d’accompagnement permettent d’améliorer leur solvabilité. C’est un enjeu des mois qui viennent.
Chez Valeo, nous avons la chance d’avoir déjà investi entre 2017 et 2019 à la fois en R&D et en investissements environ 10 milliards d’euros pour nous positionner comme leader dans l’électrification et l’ADAS. Malgré un endettement qu’il va falloir réduire dans les 18 mois qui viennent – et c’est une priorité – nous n’avons pas de problème ni de liquidité, ni de solvabilité.
5. Pensez-vous que le Plan de relance est bien adapté à la situation exceptionnelle de l’économie française ? La pandémie a-t-elle fait prendre un retard à la France et si oui, pourrait-elle le rattraper ?
Soyons lucides, l’ombre de la COVID-19 continuera de planer sur les économies occidentales au moins jusqu’à l’été 2021, malgré l’apparition des vaccins. En soutenant les entreprises pendant l’essentiel de l’année 2020, c’est l’emploi (et donc la consommation) et le maintien des compétences (et donc la possibilité du rebond rapide que nous avons observé) qui ont été soutenus.
Dans le futur, deux défis restent à relever :
- Ne pas abandonner les populations les plus fragiles, celles qui non seulement ont subi les ravages de la crise sanitaire, mais qui subissent, en outre, les conséquences de l’évolution technologique et numérique.
- Poursuivre inlassablement les efforts pour que notre pays redevienne compétitif, en poursuivant la réduction des surcouts qui pèsent sur les entreprises, que ce soit sur les salaires ou les impôts de production. Je ne crois pas à la nécessité d’une aide financière à l’investissement ou à l’innovation. C’est aux entreprises de mobiliser les ressources financières pour poursuivre leur évolution technologique. Par contre, pour qu’elles localisent en France, soit leur recherche, soit leur production, il faut qu’elles disposent d’un environnement juridique et fiscal compétitif par rapport aux pays concurrents. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Le CICE et le projet de réduction des impôts de production vont dans le bon sens.
6. L'arrivée de Joe Biden est-elle bonne pour l'économie et le secteur automobile en particulier ? Quelles mesures fortes attendez-vous de lui ?
Si l’on en croit les promesses de campagne, la réponse est oui. Les Etats-Unis vont a priori revenir dans l’Accord de Paris : c’est un signal fort et encourageant, car la transition écologique passe aussi par une volonté politique. Concrètement pour l’industrie automobile, c’est un engagement pour durcir les normes antipollution et à encourager l'avènement de la voiture électrique. C’est une bonne nouvelle pour notre secteur, qui a énormément investi depuis de nombreuses années pour proposer des technologies propres, et pour Valeo en particulier. 17 millions, c’est le nombre de voitures vendues aux Etats-Unis en 2019 et 2%, c’est la proportion actuelle de véhicules électriques dans le parc automobile américain. Pour Valeo, l’Amérique du Nord, c’est environ 20 % du chiffre d’affaires. Le potentiel est donc énorme. Enfin, et plus globalement, cette élection devrait contribuer à apaiser les tensions entre les Etats Unis, la Chine et l’Europe.
7. Quel vœu formulez-vous pour la France en 2021 ?
Ce n’est pas parce qu’on va changer de décennie que, par miracle, les tensions actuelles vont s’estomper.
Ni les tensions géopolitiques, ni les défis technologiques, ni le basculement du centre de gravité économique vers l’Asie, qui s’accompagnera inéluctablement d’un basculement du centre de gravité politique, ni les conséquences du Brexit, ni bien sûr et surtout les tensions liées à la transition énergétique.
Mais clairement, on peut espérer deux choses pour l’année 2021 : que la pandémie soit maîtrisée et que l’Europe sorte renforcée et plus unie de cette crise, pour défendre ses intérêts légitimes.
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