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<span>Bougartchev</span>-Moyne : ces avocats qui voulaient retrouver leur indépendance

Deux anciens de chez Gide et Linklaters, à la prestigieuse clientèle, ont lancé en janvier leur propre boutique en contentieux des affaires. S’ils ne regrettent pas leurs dizaine d'années d’expérience au sein de grands cabinets, ils sont aujourd’hui heureux d’avoir gagné en agilité.
Cour de cassation - Palais de Justice de Paris
Cour de cassation - Palais de Justice de Paris

Le cabinet Bougartchev-Moyne a ouvert ses portes en janvier et officie Place Saint-Thomas d’Aquin. Car pour quitter un cabinet de renom et lancer sa propre boutique en contentieux des affaires par les temps qui courent, « il faut un peu avoir la foi ! », s’amuse Kiril Bougartchev, ancien associé chez Linklaters. Cette entreprise a en tout cas un caractère « audacieux ». Pourquoi tant de risques ? Emmanuel Moyne, ex-counsel chez Linklaters, et son coéquipier ont souhaité gagner en agilité. « Nous avons pris conscience avec le temps que nous étions totalement indépendants dans le développement de notre activité et en avons tiré les conséquences », explique Kiril Bougartchev.

Et d'expliquer : « Les dossiers, nous les cherchions nous-mêmes. Ils n’arrivaient pas par la firme », déplore l’avocat. De manière plus générale, les revers de la médaille sont ceux que l'on peut retrouver dans les grands cabinets.  « Je consacrais aussi beaucoup de temps à lire des mails du monde entier relatifs aux développements d’autres activités ou de telle ou telle spécialité mais cela ne m’aidait pas à réfléchir au développement du pénal dans le monde, à développer notre clientèle sectorielle », ajoute Kiril Bougartchev. Si notre interlocuteur travaille désormais encore plus, notamment car la mise en place d’un cabinet est très chronophage d’un point de vue administratif, il est heureux de travailler pour lui. 

Outre la clientèle qui a pu les suivre, les avocats constatent que leur nouvelle indépendance a conduit de nouvelles personnes à pousser leur porte. « On rend exactement le même service, mais en étant indépendants. Les clients se confient davantage. Ils savent que l’information ne sera pas partagée dans un réseau », souligne Emmanuel Moyne. La souplesse pratiquée dans les prix, le choix des dossiers ou encore la confiance font également partie des ingrédients pour tenter de faire la différence face à des petites maisons très spécialisées ou à des grands noms comme Darrois Villey ou Allen & Overy, qui connaissent également très bien le métier.

Les cofondateurs restent néanmoins conscients que les cabinets par lesquels ils sont passés ont été très formateurs. Ils ont appris à gérer et travailler avec des équipes. Ils y ont également croisé de nombreux talents. Toutefois, Kiril Bougartchev se désole qu’au fil des années, le nombre d’associés promus ait diminué et que la tendance soit allée vers une réduction du capital. « Quelle que soit la formation que vous leur (vos collaborateurs, ndlr) dispensez, on vous demande trop souvent de vous en séparer, quel que soit leur talent, pour des questions de marge », explique Kiril Bougartchev, qui défend d’ailleurs les systèmes de rémunération qui favorisent l’intérêt collectif.

Pour l’instant, ce sont six collaborateurs de chez Linklaters qui les ont rejoints dans cette aventure tandis que deux autres venus de l’extérieur sont appelés à gonfler les rangs dans les mois à venir. Sur un horizon cinq ans, le cabinet espère pouvoir réunir une trentaine de personnes. Il ne vise en revanche pas l'exhaustivité des matières afin d'éviter les situations de conflits d'intérêts. Kiril Bougartchev et Emmanuel Moyne -tous deux anciens secrétaires de la Conférence- indiquent qu’ils sont prêts à faire des sacrifices personnels, notamment en matière d’émoluments, pour que leur firme fonctionne.

Quels sont les objectifs chiffrés du cabinet ? Kiril Bougartchev, qui participait à hauteur de 4 à 5 millions d’euros aux revenus de Linklaters (1,4 milliard de livres par an environ) espère pouvoir atteindre ce rythme de croisière. Les co-fondateurs, tous deux passés chez Gide également, ont pour ce faire une belle expérience sur la banque, l’assurance ou encore l’industrie, avec une dominante en droit pénal. Durant ces années, ils ont planché sur le scandale de manipulation d’indices (Euribor/Libor), sur les écoutes de l’Elysée, sur l’affaire HSBC dans laquelle Arlette Ricci a été condamnée ou encore sur l’attentat de Karachi.

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