Nominations et recrutements : le secteur de l’assurance évolue
L’assurance connaît actuellement une période de transition. Le numérique, l’internationalisation ou encore la féminisation sont autant de facteurs qui font évoluer le secteur. Par ailleurs, « dans un monde volatile, incertain, aléatoire et complexe comme le nôtre, les individus et les entreprises ont naturellement tendance à s’assurer davantage et sur de nouveaux risques identifiés. C’est un secteur qui va bien et qui ira bien dans les années à venir. Le secteur attire de plus en plus de profils diversifiés et surdiplômés », explique Lawrence Trefi, associé au sein du cabinet de chasse de têtes Heidrick & Struggles.
Les assureurs, réassureurs ou encore les mutualistes ont également profité de la vague du digital pour faire bouger les lignes. Alors que dans certains métiers -dans les strates les moins élevées et le middle-office- des postes ne seront pas remplacés, notamment dans le cadre des départs à la retraite des papys-boomers, des métiers ont en revanche émergé. C’est le cas des directeurs du digital, des directeurs de la compliance ou des risques. Des fonctions qui dépendent souvent des plus hauts niveaux, et que les candidats s’arrachent.
Par exemple, pour les risques, « il faut des profils ayant désormais l’expérience opérationnelle et des métiers la plus complète possible. Davantage de profils généralistes à même d’appréhender au mieux une cartographie des risques globale. (…). Il sera de moins en moins atypique que dans le futur, on vienne chercher des CEO parmi d’anciens directeurs des risques », estime Lawrence Trefi. Pour ce qui est de la compliance, les patrons savent qu’il ne faut pas jouer avec le feu. Le directeur général de CNP Assurances, Frédéric Lavenir, a ainsi embauché l’année dernière une experte en droit, Evelyn Tortosa, qui lui rapporte directement. Du côté des chief digital officers, qui ont fait leurs preuves dans des fonctions opérationnelles, on retrouve Juliette Bron à la Macif depuis 2015, ancienne de PSA et de Generali.
Par conséquent, l’assurance, qui « était un secteur pendant longtemps très consanguin, avec de nombreux collaborateurs qui entraient au bas de l’échelle, gravissaient les échelons et faisaient toute leur carrière dans le secteur », rappelle Lawrence Trefi, s’ouvre peu à peu. Mais d'ajouter néanmoins : « L’actuariat reste la voie royale, à condition que l’actuaire en question ait de réelles compétences en management et idéalement en développement commercial. Aujourd’hui de nouveaux profils émergent, et la prime à la méritocratie plutôt qu’à la formation ou au réseau prend de l’ampleur ». Du côté des actuaires qui ont réussi parce qu'ils avaient aussi ce petit plus : Renaud Dumora, directeur général de BNP Paribas Cardif depuis 2016.
Les profils financiers -même si leur formation et leur carrière leur ouvrent encore de très belles portes- ne sont plus toujours privilégiés. On pense à Thomas Buberl, patron d’AXA depuis 2016, -qui n’a pas été auparavant grand argentier, et qui dans ses choix de nominations, ouvre des perspectives. C'est ce qu'il a fait avec Benoît Claveranne, promu en décembre directeur général international et nouveaux marchés, ancien du Trésor, passé par le FMI ; ou avec Astrid Stange, qui a connu le Boston Consulting Group et qui vient d'être nommée directrice des opérations d'AXA.
Les profils internationaux, assez rares dans le secteur de l’assurance, sont également très prisés. Là encore, l’Allemand Thomas Buberl est un exemple. Parmi les assureurs français ayant fait leur carrière à l’international avant de venir ou de revenir en France : Bruno Laval, directeur régional pour l'Europe du Sud et directeur général pour la France de XL Catlin, Fabrice Domange, président du directoire de Marsh France, ou Stéphane Flaquet, directeur général Europe du groupe Hiscox. Tous trois ont été nommés depuis 2016. Les profils intrapreneuriaux sont également plébiscités. C’est le cas au sein du groupe April, avec Bruno Rousset, qui s’est entouré de ce type de collaborateurs.
Le secteur de l’assurance est ainsi de plus en plus reconnu. Le CEO de la banque Crédit Suisse depuis 2015, Tidjane Thiam, est un ancien de l'assureur Prudential. De la même façon, HSBC a pensé un temps à nommer Henri de Castries, ex-patron d’AXA, à sa tête. En outre, « auparavant les filiales d’assurance des banques voyaient souvent des banquiers prendre leur tête, y être parachutés pendant un temps et faire leurs preuves en qualité de CEO avant de repartir dans la banque. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins le cas. Par exemple, Renaud Dumora chez BNP Paribas Cardif est un 'pur produit' du secteur de l’assurance », précise Lawrence Trefi.
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