CAC 40 : les administratrices gagnent 11% de moins que les hommes
Hormis quelques cas isolés, les rémunérations n’ont pas été un sujet de discorde lors des assemblées générales de 2018. Selon le bilan annuel de l’Hebdo des AG, présenté ce matin, les actionnaires du CAC 40 ont validé les rémunérations 2017 à hauteur de 86% (contre 84% l’an dernier) et les politiques de rémunération pour l’année en cours avec un score moyen de 87% (contre 86%). D’ailleurs, de manière générale, les AG n’ont pas été le théâtre de contestations majeures, 91% des résolutions ayant obtenu plus de 80% de "oui".
Où le bât a-t-il pu blesser ? Sur le sujet des émoluments, ce sont les fixes qui ont parfois été remis en cause par les actionnaires, même si toutes les résolutions ont été adoptées in fine. L’Hebdo des AG note qu’il y a eu contestation lorsque les augmentations des fixes n’ont pas été suffisamment argumentées. Tandis que les bonus n’ont pas fait l’objet de critiques puisque les variables ont été « alignés sur les demandes des actionnaires ». A noter qu'en règle générale ce ne sont pas les mêmes sociétés qui d’une année sur l’autre ont enregistré des scores faibles de validation. "Lorsque des mesures correctives sont prises, on peut avoir un bon score l’année suivante", commente Bénédicte Hautefort, éditrice de l’Hebdo des AG.
Autre enseignement : ce n’est pas parce qu’une rémunération est remise en cause que le dirigeant lui-même l’est. Ainsi, les scores de renouvellement de patrons ne sont pas corrélés à ceux des "say on pay" les concernant. Les hommes forts ont été largement réélus cette année (à hauteur de 86% pour les PDG, de 91% pour les présidents non-exécutifs et 98% pour les DG ou DGD). Pour mémoire, 45 dirigeants remettaient leurs mandats en jeu et cinq entraient au conseil en même temps qu’ils prenaient leurs fonctions de dirigeants au sein du SBF 120. Pour ce qui est des sorties, l’étude précise que les indemnités de non-concurrence sont de moins en moins acceptées, n’étant pas soumises à la performance. Ces dernières n’ont obtenu qu’un score moyen de 73% aux AG du CAC 40.
Pour ce qui est des hautes sphères, les femmes restent toujours sous-représentées. L’Hebdo des AG dénombre seulement quatre présidentes, cinq vice-présidentes et quatre DG sur 120 équipes dirigeantes. Ce constat a au moins une conséquence : les administratrices du CAC 40 gagnent 11% de moins que les hommes (5% dans le Next 80), soit 76.687 euros contre 86.209 euros pour les hommes. En outre, la part des femmes nommées administratrices cette année reste inférieure à celle des hommes (27% dans le CAC 40 et 30% dans le SBF 120). Pourtant, les Eve obtiennent de meilleurs scores lors de leurs nominations (96% contre 93% pour les Adam dans le CAC 40). "Une explication est le fait que les femmes répondent mieux aux critères de décision des investisseurs, non parce qu’elles sont femmes mais parce qu’elles sont moins nombreuses à avoir franchi le cas de 12 ans d’ancienneté au-delà duquel les investisseurs sont réticents, et plus indépendantes", commente l’étude.
Sur le sujet des rémunérations des administrateurs, l’Hebdo des AG constate que la détention d’actions de la part des membres du board est devenu un critère aux yeux de certains actionnaires et de ceux qui les conseillent. En moyenne, on estime que les administrateurs doivent investir un an de jetons de présence afin d’aligner leurs intérêts avec ceux des actionnaires. Un changement par rapport à il y a quelques années de cela, où pour qu’il y ait indépendance, la détention de capital n’était surtout pas requise. L’Hebdo des AG a aussi remarqué que les actionnaires ou les proxys ne soutenaient pas toujours les administrateurs rémunérés au-delà de leurs jetons de présence. "Ce qui signifie aucune mission rémunérée confiée à un administrateur en plus de son mandat." Or les jetons de présence restent en-deçà de ce qui se pratique dans certains pays, d’où le fait de confier des missions supplémentaires pour arrondir les montants perçus et attirer les talents. "Il faudrait peut-être plutôt augmenter les jetons de présence et les aligner sur les jetons internationaux", propose Bénédicte Hautefort.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

