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Larry Fink, le nouvel activiste social

Dans sa lettre annuelle, le patron de BlackRock a non seulement réitéré son appel à penser à long terme, mais aussi appelé les corporates et boards à s’engager vers une vraie responsabilité sociétale. Un message fort de la part du plus gros gérant d’actifs au monde, qui pourrait faire évoluer les comportements.
BlackRock - Larry Fink
BlackRock - Larry Fink

Larry Fink, CEO de BlackRock, a une voix qui porte, et il l’utilise. Dans sa traditionnelle lettre annuelle, le dirigeant du plus gros gérant d’actifs au monde est habitué depuis plusieurs années à critiquer les patrons pour leur vision court-termiste, estimant qu’ils favorisent l’optimisation du rendement sans véritable stratégie de création de valeur sur la durée. Mais cette année, sur fond de montée de l’activisme et de programmes de dividendes et rachats d’actions au plus haut, il est allé encore plus loin.

Après avoir rappelé que les marchés avaient pulvérisé des records l’an passé, le patron du géant financier - qui gère pas moins de 6.300 milliards de dollars dans le monde - a rappelé que cela ne bénéficiait qu’à ceux qui détiennent des capitaux et que nombre d’autres plus précaires ont pâti de « taux bas, faibles hausses de salaires et de systèmes de retraite inadaptés » et s’éloignent de plus en plus de la sécurité financière, en particulier chez les moins éduqués. En parallèle, comme les gouvernements sont incapables de fournir les solutions sur des enjeux futurs comme la retraite, les infrastructures, l’automatisation ou la formation des employés, il revient au secteur privé de relever ces défis. «La société demande que les entreprises, publiques et privées, servent un but social. Pour prospérer dans le temps, chaque groupe doit non seulement délivrer de la performance financière mais aussi montrer comment il apporte une contribution positive à la société. Ils doivent bénéficier à toutes leurs parties prenantes, dont les actionnaires, les employés, les clients et les communautés dans lesquelles ils opèrent », souligne Larry Fink. Qui prévient que sans ce vernis social, « aucune société ne peut atteindre totalement son potentiel ».

Cela fait reposer une responsabilité d’autant plus grande sur les gérants d’actifs, en particulier depuis le développement des fonds passifs. Dans ces véhicules, un acteur comme BlackRock ne peut décider de vendre un titre d’une société s’il désapprouve sa stratégie de long terme, tant que celle-ci reste dans l’indice. « Par conséquent, notre responsabilité pour s’engager et voter est plus importante que jamais », rappelle Larry Fink. Cela est plus vrai que jamais avec la montée de l’activisme, où les sociétés se sont concentrées sur des moyens de défense, alors même que ces acteurs ont émergé parce qu’elles n’avaient pas suffisamment développé leurs stratégies de long terme. Il prend ainsi l’exemple de la réforme fiscale pour inciter les groupes à expliquer l’emploi des gains sur la durée, et non céder aux campagnes inévitables pour rendre cet argent aux actionnaires.

D’un côté comme de l’autre, les sociétés comme les institutionnels actionnaires doivent donc s’engager dans un dialogue de fond, qui ne se limite pas à l’AG annuelle mais qui inclut une communication permanente avec les dirigeants et avec leurs boards. Les conseils sont eux aussi responsables de l’identification des défis et la construction de cette stratégie à long terme, et non seulement être présents à quelques réunions par an. Et Larry Fink souligne une fois de plus l’importance de la diversité - encore insuffisante - au sein de ces boards, afin d’être plus ouverts à d’autres manières de penser.

L’emblématique patron de BlackRock fera-t-il évoluer les comportements ? Tous ne goûtent pas cette sortie de Larry Fink, qui s’est manifesté dans plusieurs grands dossiers d’activisme, notamment Procter & Gamble, en votant aux côtés des activistes. C’est « extraordinairement hypocrite » de sa part, s’est exclamé le milliardaire de l’immobilier Sam Zell, qui estime que BlackRock reconnaît lui-même suivre la tendance du marché dans ses fonds indiciels, et ne peut jouer tous les rôles.


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