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Presse américaine : en France, « les barbares seront vraiment à la porte »
Même John Oliver, star de la TV américaine avec son émission « Last Week Tonight », s’est fendu d’un message à l’attention des Français : « ne merdez pas aussi », a-t-il lancé, estimant que Marine Le Pen « devrait être la seule raison de s’intéresser à cette élection », qui a comme un air de « déjà-vu ». Et lance avec un air de défi: « Vous en France, vous n’aimez rien tant que de dire que vous êtes mieux que les Britanniques et les Américains. C’est le moment de le prouver ».
Le site Daily Beast n’est pas vraiment plus rassurant puisqu’il titre « l’élection insensée qui pourrait nous mettre tous dans la m… ». « Ces élections se sont transformées en un pari insensé -une roulette russe- et les implications pour les Etats-Unis sont immenses », prévient le journaliste, qui juge que Vladimir Poutine, qui a financé le parti de Marine Le Pen, pourrait sortir gagnant de ce vote. Il juge qu’Emmanuel Macron, encore bien placé il y a peu, a perdu du champ. « Il était bancal et vague » pendant les débats, juge-t-il, probablement « car comme Obama, il essayait vraiment d’expliquer les enjeux ». S’il a promis de ne pas laisser « la barbarie » pénétrer le pays, le média prévient que s’il perd, « les barbares seront vraiment à la porte ».
« Il s’agit d’une des plus imprévisibles et dramatiques élections dans l’histoire politique de la France », commence un article de CNN, qui étudie la dernière ligne droite de chaque candidat. Marine Le Pen a « intensifié sa rhétorique anti-immigration lors d’un meeting lundi, et propose un moratoire sur l’immigration légale dès son accession au pouvoir », relève le média… Ce qui n’est pas sans rappeler le décret pris par Donald Trump à l’encontre des ressortissants de sept pays du Moyen-Orient. Concernant Emmanuel Macron, s’il a jusqu’à présent échappé au scandale, le journaliste note « un profond scepticisme à l’égard de l’establishment au sein de l’électorat français, et Macron -un ancien ministre de l’Economie et banquier d’investissement- pourrait être affecté par cette affiliation. Son manque d’expérience, de parti et d’année pourrait se retourner contre lui ».
Le média analyse ensuite la percée spectaculaire de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, qui pourrait être le « joker » de cette élection. « Il est la meilleure chance pour la gauche de battre l’extrême-droite au second tour et il offre quelque chose dont les électeurs français ont grand besoin : du changement ». Tout en reconnaissant que « son offre est aussi ce qui peut le défaire, car ses propositions ne vont pas séduire tous les électeurs ». Sur François Fillon, « si sa campagne a pâti des allégations le concernant, il reste dans la course, mais avec de faibles chances de finir dans le top 2 ».
De son côté, le New York Times étudie le phénomène Mélenchon, “l’homme qui fait trembler les banques, les hommes d’affaires et la bourgeoisie”, qui est aussi « un admirateur de Fidel Castro et Hugo Chavez, ennemi juré de l’Otan et de la haute finance ». Le journal relève non sans ironie que son discours revient à « une immersion dans une rhétorique révolutionnaire vieux-jeu style Robin des Bois, avec des promesses de taxer durement les riches, donner aux pauvres et lancer une ‘Révolution citoyenne’ ». Comme l’ambassadeur français aux Etats-Unis, ses conseillers le comparent à Bernie Sanders, mais « contrairement à Mr Sanders, il n’y a pas un fort parti établi pour le bloquer ».
Le Wall Street Journal a quant à lui fait près de 2000 km en France et interrogé 80 électeurs de tous horizons pour avoir une idée des préoccupations majeures des Français. Et arrive à une conclusion : ce scrutin sera un référendum sur l’Europe, mais est aussi influencé par des problèmes quotidiens, comme le chômage ou la menace terroriste. « Dans les zones urbaines, les professionnels recherchaient des candidats qui pourraient réparer l’UE ? et non la briser. Dans les régions industrielles et rurales, où le taux de chômage est le plus élevé, les gens privilégiaient une solution plus drastique : sortir de l’UE dans l’espoir que les politiques économiques nationalistes restaurent la prospérité », suggère le journal.
Il cite ainsi plusieurs électeurs rencontrés pendant ce périple : une ouvrière de 42 ans de Strasbourg, qui soutient Marine Le Pen et ne mâche pas ses mots : « je pense que la France est prête à exploser. Je trouve que ce n’est pas juste. Des gens arrivent, ils ne savent pas parler français et ils ont tout ». Elle explique sa peur de perdre son emploi depuis 22 ans, alors que son entreprise délocalise sa production en Pologne pour réduire les coûts. Le ton patriotique est le même chez ce couple de retraités dans leur soixantaine, qui jugent que la candidate du Front National « défend la France et les Français ».
Mais un livreur de 42 ans a au contraire « peur des extrêmes ». Il veut privilégier un Président qui a de l’expérience, et est prêt à passer outre les ennuis judiciaires de François Fillon pour cela. « On peut faire certaines choses pour réparer l’Europe. Mais la punir à l’extrême et quitter l’euro ? Non. Cela me ferait le plus peur ». Un spécialiste du marketing lillois de 45 ans pense au contraire que Fillon a « perdu toute crédibilité pour être Président » avec ses affaires. Il votera pour Macron, qui n’est « pas inspirant mais plus sûr ».
Une psychologue de 28 ans, indécise et qui pourrait voter Mélenchon, est quant à elle désabusée par les discours politiques. « Ce qui me frappe est le côté théâtral. On a l’impression que tous les candidats nous parlent une fausse langue qu’ils sont les seuls à comprendre ». Un artiste parisien de 65 ans reconnaît quant à lui le magnétisme de Mélenchon, « l’homme le plus brillant de la campagne », mais votera Macron pour son pragmatisme. Enfin, un étudiant de 21 ans à Grenoble compte voter pour Hamon car il trouve Fillon « catastrophique » avec ses poursuites et considère que Macron revient à « voter pour Bruxelles ».
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