Feuilleton de l'été / Du côté des décideurs
Feuilleton de l'été
Du côté des décideurs
Grégoire Chertok, Rothschild & Cie : L'ami des patrons du CAC 40
Véritable coqueluche des patrons du CAC 40, Grégoire Chertok peut savourer son succès : à 48 ans, il a l’un des plus beaux tableaux de chasse des banquiers d’affaires du moment. Ce diplômé de l’ESSEC, fils d’immigré russe, compte d’ores et déjà plus de 125 deals en vingt ans de carrière. Au grand dam de certains de ses confrères, quelque peu agacés par cette gloutonnerie.
Grégoire Chertok a, certes, su tisser, par une indéfectible ténacité, sa toile et se rendre indispensable. Plus jeune associé-gérant de la puissante Rotschild & Cie à l’âge de 33 ans, il a, depuis, largement enrichi son carnet d’adresses, réussissant à s’introduire dans tous les milieux les plus influents. Le résultat est plutôt flatteur pour cet amoureux du 7ème art qui se flatte de ne pas avoir des clients mais des amis. Et ceux-ci lui sont fidèles, comme Martin Bouygues qu’il a encore dernièrement conseillé dans le duel qui l’opposait à Numericable pour emporter SFR, Gérard Mestrallet, qui ne jure que par lui depuis qu’en 2005 il lui a permis de se sortir des griffes de l’italien Enel, qui projetait une OPA hostile, ou encore Jean-Charles Naouri qu’il a épaulé lors du raid de Promodès sur Casino.
«C’est un banquier à l’ancienne, qui agit en médecin de famille», dit de lui l’un de ses confrères. Vacherie ou compliment ? S’il affectionne tout particulièrement le lien, la relation humaine avec ses « amis » et néanmoins clients, il sait aussi leur dire non, mais en douceur, lorsqu’ils se fourvoient dans leurs projets de croissance. Il faut dire qu’il a de qui tenir, son père, Léon Chertok, grand psychiatre, ayant été l’un des pères fondateurs de la thérapie par l’hypnose.
Aujourd’hui, Grégoire Chertok profite au premier chef de la reprise des affaires et du boom des M&A, participant largement à la place de leader de Rothschild dans le domaine. Une place que lui dispute plus que jamais Lazard, et son ami et néanmoins concurrent Matthieu Pigasse. Les deux hommes s’apprécient tout en se redoutant mutuellement.
Si les « fusacs » occupent une bonne partie de ses journées, il n’en a pas moins développé une activité annexe qui semble lui prendre de plus en plus de temps : la politique. Adjoint au maire du 16ème arrondissement de Paris depuis 2008, en charge de l’urbanisme et de l’architecture, il est depuis 2010 conseiller régional d’Île-de-France.
Il est également vice-président de la Fédération de Paris du Parti radical valoisien, dont il est membre du comité exécutif national. Cet aficionado de Tarantino se veut aussi « citoyen » à part entière. C’est à ce titre qu’il est membre du conseil de surveillance de la Fondation pour l'innovation politique (FONDAPOL) depuis 2004. Proche de Jean-François Copé, il a sûrement fort à faire en ce moment pour lui prodiguer de bons conseils après ses récents déboires. N’est-ce pas dans l’adversité que l’on reconnaît les vrais amis ?
Va-t-il troquer ses habits de banquier pour se lancer plus avant dans la politique ? L’intéressé dément. C’est sûr qu’il y a plus de coups à prendre dans le monde de la politique que dans celui, beaucoup plus feutré mais pas forcément blanc-bleu, de la banque d’affaires. Matthieu Pigasse a, lui, choisi de se montrer citoyen en investissant dans les médias. Grégoire Chertok, qui n’a plus rien à prouver dans son domaine de prédilection, pourrait pourtant être tenté par d’autres projecteurs.
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