éditorial
Après la fête ratée du G 20 Nicolas Sarkozy va affronter l'austérité
par Yves de Kerdrel
Le sommet de Cannes n'a pas été à la hauteur des espérances, à la fois par ses résultats, et par les suites du feuilleton grec. Nicolas Sarkozy doit maintenant quitter la scène internationale pour s'occuper de questions plus domestiques, à commencer par un plan d'austérité qui panachera une hausse de la TVA à taux réduit et quelques mesures d'économies.
06/11/2011 - 07:59

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Dans l'entourage du Chef de l'Etat on en convient sans ambage : le G 20 de Cannes, qui devait servir, notamment, de consécration internationale à Nicolas Sarkozy a vu sa mise en scène ratée par les tourments du premier ministre grec et ses résultats réduits à un tout petit commun dénominateur. Puisque la taxe sur les transactions financières à laquelle tenaient tant la Chancelière allemande et le Président français, est encore une fois restée à l'état de projet. Pour ne pas parler d'utopie.
Comme nous l'écrivions la semaine passée, les questions liées à l'avenir de l'Euro sont encore très loin d'être résolues. Non seulement le problème grec reste entier, même si Georges Papandréou a réussi à faire adopter le plan de sauvetage par le Parlement. Mais en plus, le G 20 a cru bon de stigmatiser la situation italienne, par une forme de mise sous surveillance organisée par le FMI. Si les chefs d'état ont cru bon d'agir ainsi pour montrer leur rôle d'acteurs d'une bonne gouvernance mondiale, cette décision est très mal vécue en Italie. A la fois par la classe politique qui ne parvient pas à pousser Silvio Berlusconi à la démission. Et par les citoyens, qui jusqu'à présent, acceptaient mieux que les grecs ou les espagnols, l'austérité qui leur était imposée, et qui commencent à voir que leurs efforts ne sont récompensés, ni par les marchés, ni par la communauté internationale.
L'ITALIE DANS LA NASSE
Avec des taux de rendement à 6,40 % pour les emprunts d'état, l'Italie se trouve désormais dans une situation critique, qui peut très vite devenir dramatique. Surtout si le FESF - nouvelle formule - peine à voir le jour, comme l'a laissé entendre Angela Merkel à Cannes. La BCE, désormais, présidée par Mario Draghi, est donc condamnée à intensifier ses achats de titres italiens, comme cela a été fait au début du mois d'août. Même si cette politique non-conventionnelle n'est pas du goût des allemands, qui ont déjà tordu le nez, la semaine dernière à l'annonce de l'heureux contrepied du successeur de Jean-Claude Trichet, qui a baissé les taux directeurs.
La lecture de la presse allemande montre déjà à quel point nos voisins ont conservé un certain scepticisme sur la capacité de Mario Draghi à être le gardien de l'Euro. Ces lignes sont à mettre en parallèle avec l'attitude pour le moins arrogante d'Angela Merkel à l'égard de Georges Papandreou, et les propos très vifs qu'elle a échangés avec Silvio Berlusconi lors d'une des séances plénières du G 20. Scène qui a visiblement marqué les sherpas présents à cette réunion.
JOURNEE DE SOLIDARITE
Pour sa part, Nicolas Sarkozy a bien compris que sa séquence internationale, marquée par le succès en Libye, la crise des dettes souveraines et le G 20, était désormais terminée. Demain, un conseil des ministres anticipé se réunira à 10 heures pour entériner un nouveau plan d'austérité destiné à permettre au pays de respecter "sa trajectoire budgétaire". Ce plan qui, a fait l'objet, hier, d'une réunion d'arbitrage à l'Elysée avant une dernière séance de travail, cette après-midi, devrait comprendre une hausse du taux intermédiaire de la TVA (qui passerait de 5,5 à 7 % comme en Allemagne), une contribution exceptionnelle pour les sociétés, une possible nouvelle journée de solidarité (mais, pour l'heure, Nicolas Sarkozy n'y est pas favorable) et quelques mesures d'économies, assure-t-on à Matignon. Reste à savoir l'ampleur de celles-ci et le dosage précis.
Ce dispositif sera géré et communiqué par François Fillon qui en a assuré la mise au point, au cours des dix derniers jours. De manière à permettre à Nicolas Sarkozy de repartir à la conquête des territoires, avec la reprise des déplacements en province dés mardi, une visite à Colombey-les-deux-Eglises, mercredi matin, pour l'anniversaire de la mort du Général de Gaulle, et les célébrations du 11 novembre, vendredi à Paris et à Meaux, chez Jean-François Copé. Par ailleurs, les ténors de la majorité devraient continuer à jouer le rôle de "voiture-balai" sur les différentes ondes, pendant toute la semaine.
VILLEPIN VA A CANOSSA
Il reste que, du côté des spécialistes de l'opinion qui entourent le Chef de l'Etat, l'inquiétude monte de plus en plus sur le niveau que pourrait atteindre Marine Le Pen lors du premier tour des prochaines présidentielles. D'autant plus que sa récente prestation au Grand Jury RTL-Le Figaro semble avoir fait mouche. Avec sa défense surprise de la fonction publique. Cette menace du Front National relance les discussions entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Un récent entretien, en présence de Claude Guéant, a eu lieu au Pavillon de la Lanterne le week-end de la Toussaint. D'autres rencontres sont prévues à brève échéance. Avec pour but : la volonté commune d'organiser un ralliement de l'ancien Premier Ministre à la candidature de Nicolas Sarkozy.
Du côté de l'actualité des affaires, ce sont toujours les publications de résultats trimestriels qui sont le plus observées. Cette semaine les investisseurs auront notamment les yeux tournés sur les comptes intérimaires de la Société Générale. Surtout après l'accueil très favorable réservé à ceux de BNP Paribas. Les comptes de CNP seront également détaillés avec attention. On se rappelle que les journaux britanniques avaient "glosé", il y a quelques semaines, sur un possible "sous-provisionnement" des dettes souveraines détenues par l'assureur-vie.
CEREMONIE DISCRETE
Les rumeurs vont bon train, par ailleurs, sur la nomination du successeur de Jean-Pierre Landau au poste de second sous-gouverneur de la Banque de France. La candidature d'Anne le Lorier, ancienne du cabinet d'Edouard Balladur, est prise très au sérieux. Mais rien n'est fait. Il est aussi question de Jean-Luc Tavernier, ancien directeur de cabinet d'Eric Woerth et actuel adjoint de René Ricol au Commissariat Général à l'Investissement et de Marie-Anne Barbat-Layani, directrice adjointe du cabinet de François Fillon, où elle a remplacé Antoine Gosset-Grainville.
Par ailleurs, il se murmure, dans le "Tout-Paris" des affaires que Nicolas Sarkozy a récemment procédé, en toute discrétion, à la remise des insignes de Grand-Croix de la Légion d'Honneur à Bernard Arnault. La cérémonie s'est déroulée dans un cadre intime et restreint dans un salon de l'Elysée. Seuls les très proches du patron de LVMH, (une vingtaine d'invités) assistaient à cette cérémonie. A commencer par Nicolas Bazire et Bernadette Chirac. Cinq patrons ont désormais cette distinction : Paul Desmarais, Albert Frère, Antoine Bernheim, Marc de Lacharrière et Bernard Arnault.
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