éditorial
Nicolas Sarlozy croit en avoir terminé avec l'euro avant d'aborder le G 20
par Yves de Kerdrel
Les deux sommets européens de la semaine passée ont permis au Chef de l'Etat d'apparaître, une nouvelle fois, comme un gestionnaire de crise. Cela renforce aussi sa stature internationale, à quelques jours du G 20 de Cannes. Mais dans la communauté économique, personne ne se berce d'illusions : la grande gagnante est bien Angela Merkel.
30/10/2011 - 08:03

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La semaine a été haute en couleurs, sur tous les plans, comme tout le laissait craindre et espérer. Les discussions à l'intérieur du couple franco-allemand ont bien été très tendues jusqu'au dernier moment. Et la Chancelière allemande peut s'enorgueillir d'avoir proclamé très clairement devant tous ses parlementaires que son pays ne paierait pas un euro de plus. Message qui a été abondamment relayé par les médias outre-Rhin à destination d'une opinion publique désormais à cran.
Le seul point sur lequel la France et l'Allemagne ont réussi à s'entendre fût la question italienne. Chacun des deux chefs de gouvernement a vu, en tête-à-tête, Silvio Berlusconi pour lui faire comprendre que sa comédie avait assez duré. C'est ce qui explique que le premier ministre italien ait réuni son gouvernement, dés lundi dernier, en session extraordinaire. Cette crainte qu'inspire l'Italie, comme "domino" suivant la Grèce, s'est trouvée justifiée à la veille du week-end par l'adjudication ratée d'obligations du trésor romain. D'où une forte hausse des taux de rendement que va devoir acquitter l'Italie.
QUESTIONS SUR LE BUDGET
Si bien qu'après la dépréciation de 50 % acceptée par les créanciers privés sur la dette grecque, après l'élargissement (encore très théorique) à 1.000 milliards d'euros de la puissance de feu du FESF, après la mise en place d'un véhicule d'investissement associant les pays émergents dans le rachat de dettes souveraines, et in fine après le rebond des marchés boursiers, beaucoup se demandent si tous ces effets d'annonce ne vont pas être brisés net par la prochaine dégradation d'un pays comme l'Espagne, l'Italie, voire la Belgique, de la part des agences de notation. Dans ce cas, tous les efforts déployés au cours de ces deux sommets européens auront été vains, sauf en ce qui concerne la partie grecque du plan.
Il reste que si Nicolas Sarkozy a fait une intervention, jugée très réussie, jeudi soir, et regardée par plus de 11 millions de français (ce qui témoigne d'un besoin de compréhension et de pédagogie), beaucoup s'interrogent, à juste titre, sur la soutenabilité du budget 2012. D'abord parce que la croissance sera très probablement inférieure au rythme de 1 %, désormais pris en compte pour l'année prochaine. Ensuite parce que ce différentiel va nécessiter un surcroit de recettes d'au moins 10 milliards d'euros. Enfin parce que la meilleure solution serait naturellement de trouver des économies, alors que le gouvernement va se lancer, de nouveau, dans un concours Lépine de mesures fiscales. Au point de créer la trentième taxe depuis le début du quinquennat !
UN G 20 TRES ATTENDU
Si tout le monde s'attend au relèvement à 7 % du taux minoré de TVA, pour le mettre au même niveau qu'en Allemagne - mesure simple et efficace, qui ne s'appliquerait pas aux denrées de première nécessité - ainsi qu'à la création d'une contribution additionnelle à l'impôt sur les sociétés (car nous sommes en période pré-électorale et les entreprises ne votent pas !), François Fillon ne devrait dévoiler ses arbitrages qu'après le sommet du G 20 de Cannes qui se tiendra jeudi et vendredi prochain. Un sommet où devraient être annonçées, par ailleurs, des initiatives pour relancer la croissance, avec une forte contribution des pays émergents.
Pour Nicolas Sarkozy, qui s'est adjugé quelques jours de repos, en ce week-end de Toussaint, avec sa femme et sa fille, ce sommet du G 20 revêt une grande importance, surtout après les deux réunions de crise de Bruxelles. D'abord, parce que cela va consacrer sa stature internationale, qui sera largement mise en scène. Ensuite, parce que le Chef de l'Etat espère que ce sera là une occasion de créer un choc de confiance capable d'éviter un nouvel épisode de récession. Enfin parce qu'il n'est pas exclu que des avancées soient réalisées pour mieux intégrer la Chine au sein des économies de marché. Ce qui permettrait d'atténuer la "guerre des monnaies".
L'EPINE DU CHOMAGE
A l'Elysée, où l'on prépare avec soin ce sommet, on ne se fait guère d'illusion sur ses retombées en termes de politique intérieure. Comme il en est de l'affaire libyenne. De la même manière que Nicolas Sarkozy ne compte pas se déclarer candidat avant la mi-février, François Hollande, qui élabore actuellement son état-major de campagne, n'entend pas sortir du bois avant la fin janvier. Une fois que la période des voeux, qui médiatisera largement le Chef de l'Etat, sera achevée.
Sur le plan économique, l'un des gros soucis de l'équipe présidentielle réside dans les mauvais chiffres du chômage. Un paramètre qui va avoir du mal à évoluer de manière favorable dans les mois qui viennent, si les annonces de réductions d'effectifs, comme celles faites chez PSA-Peugeot-Citroën, se multiplient. Or d'autres plans sociaux prévus pour l'après-présidentielle seraient actuellement en préparation.
D'autant que les publications de résultats trimestriels sont, à chaque fois, l'occasion, pour les patrons du CAC 40, de dire qu'ils n'ont aucune visibilité sur 2012. Après Schneider Electric, cela a été le cas, la semaine dernière pour Suez Environnement. Et d'autres devraient suivre bientôt.
LA BCE APRES TRICHET
Du côté des nominations, c'est mardi matin que Mario Draghi prend ses fonctions à la tête de la Banque Centrale Européenne où chacun s'attend à ce qu'il mène une politique encore plus "allemande" que celle réalisée par Jean-Claude Trichet pendant son mandat. L'arrivée de cet italien, passé chez Goldman Sachs, continue de poser un problème dans les relations franco-italiennes, dans la mesure où un autre italien, Lorenzo Bini Smaghi, siège au directoire de la BCE. Il était initialement prévu que celui-ci démissionne pour laisser la place à un français. Mais comme Silvio Berlusconi se refuse à le nommer à la tête de la Banque d'Italie, il semble prendre un malin plaisir à faire durer ce supplice. De fait il n'y aura plus de français à partir de mardi au directoire de la BCE. Et rien ne permet de savoir quand se résoudra cette situation dans la mesure où le mandat de Lorenzo Bini Smaghi prend fin seulement en 2013.
Il en est un, dont le feuilleton de la nomination, semble s'achever : c'est Alexandre de Juniac, l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, un moment candidat à la succession d'Anne Lauvergeon. En toute logique, le comité de déontologie devrait lui donner un blanc-seing le 16 novembre prochain, qui lui permettra de devenir le nouveau directeur général d'Air France. Là, il aura à affronter la farouche opposition de Jean-Cyril Spinetta qui n'a toujours pas digéré ce "parachutage", après avoir assisté, impuissant, chez Areva, au débarquement d'Atomic Anne.
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