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Yves de Kerdrel

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Situation tendue en Europe et chez les banquiers français
par Yves de Kerdrel

Le premier des deux sommets européens prévus avant le G 20 se tient ce dimanche dans une ambiance d'autant plus tendue qu'Angela Merkel est désormais placée sous la tutelle de ses parlementaires. Seule l'annonce d'une issue politique peut encore sauver la situation.
23/10/2011 - 07:35 Temps Lecture 6 mn.
Vendredi soir, dans l'entourage proche de Nicolas Sarkozy, interrogé sur l'état des discussions franco-allemandes, notre interlocuteur habituel répondait avec son sens corse de l'ironie : "Nous sommes au bord du gouffre, et nous nous apprêtons à faire un grand pas en avant". Car contrairement à ce que certains ont tenté de faire croire après l'aller-retour de Nicolas Sarkozy à Francfort, au moment même où naissait sa fille, il n'y a jamais eu de rapprochement des points de vue franco-français sur le raccomodage de la zone Euro. La presse allemande s'est chargée de vendre la mèche en rapportant à quel point Angela Merkel avait été désappointée par la dureté des positions françaises. Il faut dire que depuis la dernière rencontre entre le Président de la République et la Chancelière allemande, la France a été sacrément secouée par l'avertissement de Moody's sur une possible perte du Triple A. De fait, à Paris, tout est fait pour que la consolidation du Fonds Européen de Stabilité Financière ne nécessite pas d'argent supplémentaire ou ne constitue pas d'une manière ou d'une autre un "engagement hors bilan". C'est la raison pour laquelle le Trésor a beaucoup milité pour que le FESF obtienne une licence bancaire. Ce à quoi les allemands ont rapidement opposé une déspprobation totale. Car cela correspondait à faire de la monétisation et donc à violer, de manière effrontée, le Traité de Maastricht. UN VOLET POLITIQUE ? Le problème, c'est que la solution alternative, celle de transformer le FESF en assureur de dettes souveraines à hauteur d'un pourcentage à définir, ne fait pas l'unanimité à Berlin. Dans la mesure où l'on craint que, si les dégradations de pays du sud de l'Europe continuent sur le rythme actuel, l'Allemagne se retrouvera vite le payeur en dernier ressort, pour préserver aussi longtemps que possible le Triple A français, qui participe aussi de la crédibilité du Fonds Européen. Henri Guaino, dont nul n'ignore à quel point il a été euro-sceptique et tout ce qu'il doit à Philippe Séguin, plaide quant à lui pour que l'issue de ces deux sommets ne soit pas que financière, mais qu'elle comporte aussi un volet politique, seul capable de créer un choc de confiance. L'idéal, pour beaucoup consisterait à modifier les traités, comme Angela Merkel l'a elle-même suggéré, et à profiter de la faiblesse des pays du "Club Med" pour créer un axe franco-allemand plus solide encore. Avec comme ancrage, un ministre des finances européen (naturellement allemand) et un ministre des affaires étrangères européennes (naturellement français). LES BANQUES TETANISEES Il reste que même si la Bourse se tient, étonnament bien, les banquiers français sont tétanisés. Pas tant en raison de la hausse du "haircut" qu'ils vont devoir supporter sur les créances grecques. Ce qui va "pourrir" leurs résultats trimestriels. Mais surtout, en raison de la crainte qu'ils ont de voir la situation italienne se dégrader davantage, avec un risque sur la dette du pays et surtout sur les banques. Ce qui serait un coup dur pour le Crédit Agricole, BNP Paribas et quelques assureurs. Par ailleurs le débat sur leur recapitalisation perdure en dépit de l'activisme courageux mené par Frédéric Oudéa, en tant que président de la Fédération Bancaire Française. Un banquier d'affaires, qui siège au conseil d'une des cinq grandes banques suggère, que pour couper court aux rumeurs d'entrée au capital de l'Etat, les établissements concernés devraient annoncer, de manière solennelle et simultanée, qu'ils renonceront pendant trois ans à toute distribution de dividende. Mais peut-être, est-il déjà trop tard ? Ramon Fernandez, le Directeur du Trésor, qui était entendu à huis clos par la Commission des Finances du Sénat a reconnu ouvertement que les banques devraient aller à Canossa et renforcer massivement leurs fonds propres de manière à créer un choc de confiance. Il reste que si les statistiques à fin août ne le montrent pas, des chiffres plus récents commencent à témoigner d'une situation de credit-crunch. Une étude de Morgan Stanley a par ailleurs estimé, la semaine passée, qu'avec toutes les activités que les banques européennes allaient céder ou fermer pour renforcer leur solvabilité, le vieux-continent devrait perdre entre 2.000 et 3.000 milliards d'euros de crédits distribués au cours des deux années à venir. De quoi créer les conditions d'une récession pénible ! INTERVENTION TELEVISEE Quelle que soit l'issue du second sommet européen de mercredi, et quelques jours avant le sommet du G 20 de Cannes, Nicolas Sarkozy devrait intervenir à la télévision dans le cadre d'une émission à caractère pédagogique dont l'animation serait confiée à Yves Calvi et à Jean-Pierre Pernaut. Il devrait en profiter pour laisser envisager de nouveaux efforts budgétaires sur 2012 de manière à s'adapter au risque d'une croissance très molle. Mais il n'est pas encore certain que le risque de perte du Triple A qui a été bien pris en compte par l'opinion publique serve de catalyseur aux pouvoirs publics pour réduire les dépenses. Sur le plan de la politique intérieure, la riposte de l'UMP après la désignation de François Hollande, comme candidat du PS pour 2012 a été plus que médiocre. De l'avis même des ténors du gouvernement qui hésitent désormais à se rendre aux futures conventions du parti majoritaire. Malgré tout, l'horizon continue de se dégager à droite avec un net réchauffement des relations entre le Nouveau Centre d'Hervé Morin et l'Elysée et la prise de distance de Dominique de Villepin. Reste une hypothèque de taille: la cote réelle de Marine Le Pen que certaines enquêtes placeraient désormais à 23 % d'intentions de vote. APPETENCE POUR LE RISQUE Du coté des affaires, l'activité principale des banquiers conseils consiste à faire de la "calinothérapie" auprès de leurs clients industriels. Les investisseurs lisent, tous les jours, avec beaucoup de méfiance les communiqués trimestriels qui sont publiés. La révion en baisse de la guidance de Schneider risque d'être suivie par d'autres entreprises comparables par le mix géographique. En raison notamment des conséquences liées aux effets inflationnistes enregistrés en Asie. Dans cet environnement la probabilité d'une remontée du CAC 40 diminue, à moins d'un gros "choc de confiance" lié aux conclusions des sommets européens. Mais les indications de flux de capitaux recueillies par WanSquare auprès des opérateurs de marché, sur les dernières semaines font apparaître un regain d'appétence pour le risque avec des collectes de fonds émergents, et même des souscriptions de fonds focalisés sur les valeurs financières. Dans le même temps, une forte décollecte a pu être observée sur les emprunts d'état américains. Il reste donc un peu d'espoir !
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