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éditorial / Yves de Kerdrel

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La majorité veut monter au créneau dés cette semaine
par Yves de Kerdrel

Maintenant que les primaires socialistes sont terminées, de même que les journées parlementaires de l'UMP, la majorité veut contre-attaquer très vite, de manière à démonter un par un les thèmes de campagne de l'opposition. François Fillon donnera le coup d'envoi demain soir au journal de 20 heures.
16/10/2011 - 09:29 Temps Lecture 6 mn.
Depuis quelques semaines plusieurs parlementaires et ministres pressaient le Chef de l'Etat et le Premier Ministre d'être davantage présents sur le débat politique, quitte à abandonner un peu la scène internationale et européenne. Après les déluges de superlatifs qui ont accompagné les primaires socialistes, Nicolas Sarkozy a donné l'ordre à tous ses fidèles de partir au front dés cette semaine. Lui-même a montré l'exemple lors de son déplacement en Creuse, où il s'est posé, pour la première fois en "candidat". Les journées parlementaires de l'UMP ont permis d'harmoniser cette contre-attaque qui va débuter dés ce lundi avec une intervention de François Fillon au journal de 20 heures de France 2. Bien sûr, le Premier Ministre parlera beaucoup de la crise économique et financière et des solutions que les français et les allemands tentent de mettre sur les rails. Mais il entend bien, aussi, faire le lien entre la situation délicate des finances publiques et l'état d'apesanteur dans lequel les socialistes vont devoir vivre compte tenu d'un programme auquel ils s'attachent comme aux Tables de la Loi. PRUDENCE CHEZ HOLLANDE Les principaux ministres et fidèles du Président vont monter au créneau de la même manière. Comme Xavier Bertrand qui sera ce dimanche à 12 h 45 sur Canal+, puis mardi matin sur Europe 1 et le lendemain dans un débat sur I-télé face à Pierre Moscovici. Idem pour d'autres grognards de la majorité comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Luc Chatel ou François Baroin. Le but étant d'attaquer, non pas le candidat issu des primaires, mais le programme socialiste, dans son état actuel. D'autant plus qu'une grande manifestation du PS est prévue samedi 22 octobre à la Halle Freyssinet afin d'investir de manière solennelle le candidat, en rappelant les bases de son projet. A gauche, après les surprises du premier tour des primaires, l'heure est à la prudence. Surtout dans le camp de François Hollande, où l'on ne se raconte pas d'histoires sur le piètre débat face à Martine Aubry. Si le député de Corrèze l'emporte, en dépit des ralliements des quatre perdants, l'écart avec sa rivale risque d'être très mince. D'autant plus que Martine Aubry a battu le rappel des écologistes qui sont prêts à voter en nombre pour faire échec à François Hollande. Par ailleurs, dans l'entourage de ce dernier, on avoue un peu tard avoir fait preuve de naïveté, et n'avoir pas vu venir les attaques violentes de la Maire de Lille, comme la dénonciation d'un "candidat du système". Sans compter tous ceux qui, dans le camp de Martine Aubry, ont agité les braises, tel Laurent Fabius, qui s'est montré impitoyable. TENSION MERKEL-SARKOZY Pendant que les ténors de la majorité vont donc tenter d'occuper un terrain qu'ils ont laissé largement vacant ces dernières temps, Nicolas Sarkozy entend consacrer les deux semaines à venir à la préparation du G 20 et à la finalisation des discussions avec l'Allemagne afin d'améliorer la gouvernance de la zone Euro. De sources élyséennes, la rencontre de dimanche dernier à Berlin s'est "mal passée". Et si Nicolas Sarkozy a commencé à évoquer un éventuel remaniement des Traités, sujet qui était jusqu'ici tabou, c'est parce que les allemands veulent bien continuer à soutenir l'Euro à condition d'avoir un droit de regard sur les budgets des différents pays membres. Angela Merkel qui vient d'une circonscription sinistrée d'Allemagne de l'Est, et qui est fille de pasteur, n'est pas aussi souple que son ministre des finances. Et ce qu'elle est prête à négocier, la mort dans l'âme, c'est un pacte économico-politique avec Nicolas Sarkozy, comme Helmut Kohl avait fait accepter, en son temps, à François Mitterrand la réunification, le chancelier concédant, de son coté, à fondre le mark dans l'euro. LES BANQUES INAUDIBLES Même si les discussions se passent mal pour le moment, les deux chefs de gouvernement ne sont pas prêts à "se jeter dans le vide" et c'est pourquoi une solution sera effectivement trouvée avant la fin du mois, avec, de surcroit, le soutien du FMI qui propose de mettre au service de différents pays européens dont les adjudications se passent mal, des lignes de crédit modulable. Le seul problème de cette formule, c'est qu'elle doit s'appliquer à des pays s'engageant fermement dans des politiques d'austérité avec des gouvernements largement soutenus. Ce qui n'est pas le cas de l'Italie, pays qui a pourtant le plus besoin de ce type d'aides. Tout cela n'a pas relégué au second plan les discussions sur une nécessaire recapitalisation des banques. Les établissements français répètent, à juste titre, que leurs bénéfices, leurs économies et leur prudence, suffiront à renforcer leur solvabilité. Mais leur discours est inaudible, tant la bureaucratie bruxelloise et la classe politique ont été effrayées par la déflagration Dexia. Le malheur des banques tient notamment au fait que José Manuel Barroso, qui ne s'est pas vraiment illustré dans cette crise, a réussi à instiller l'idée qu'il fallait soigner les symptômes (la crise bancaire) autant que la maladie (la crise des dettes souveraines). Et l'autre malheur, c'est que le Trésor, la Banque de France et in fine le gouvernement français ont acheté cette idée avec une facilité déconcertante. EN ATTENDANT LES TRIMESTRIELS Dans cet environnement changeant avec une conjoncture plus qu'incertaine pour 2012, les groupes industriels continuent à être manoeuvrants, comme l'ont montré encore cette semaine Lafarge, avec une opération d'échange d'actifs avec l'américain Martin Marietta, auquel vont être cédées des carrières de granulats et des usines de béton prêt à l'emploi et d'asphalte, en échange de carrières de granulats et de sites de distribution et d'une soulte en numéraire, Bouygues qui démarre ce lundi son offre publique de rachat d'actions et qui prépare une contre-attaque à l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile ou encore Veolia qui met en oeuvre son programme de vente d'actifs. Les investisseurs restent naturellement prudents, dans l'attente du résultat des discussions franco-allemandes, et compte tenu des dégradations de note qui affectent les établissements bancaires. Mais de plus en plus de fonds "value" commencent à revenir sur le marché après l'avoir déserté pendant trois mois. Et le retour aux fondamentaux des grands groupes pourrait entraîner un "rally" boursier au cours des deux derniers mois de l'année. A condition qu'une solution crédible émerge avant le G 20 et que les résultats du troisième trimestre ne fassent pas apparaître trop de déceptions.
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