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Comment Nicolas Sarkozy va adapter sa campagne après les primaires socialistes
par Yves de Kerdrel

Pressé par beaucoup des siens d'avancer le lancement de sa campagne, le Président de la République résiste toujours. En revanche, face à l'éventualité d'avoir à affronter François Hollande, il veut modeler son passage à un second mandat sur ce qu'avait fait François Mitterrand.
09/10/2011 - 08:48 Temps Lecture 6 mn.
La roue tourne très vite depuis quelques semaines sur le terrain de la politique. Il y a deux semaines, la droite était K-O après avoir perdu la majorité au Sénat. Il y a une semaine, Jean-Louis Borloo annonçait son intention de ne pas se présenter à l'élection présidentielle. Et selon nos informations, il devrait être imité, d'ici la fin de l'année, par Dominique de Villepin. Alain Juppé oeuvre beaucoup, afin que son ancien directeur de cabinet mette enfin, entre parenthèses, sa guérilla contre le Chef de l'Etat. Il reste qu'à droite, ils sont nombreux à presser le locataire de l'Elysée d'avancer son entrée en campagne. D'abord parce qu'ils redoutent que la dynamique créée par les primaires socialistes favorise durablement le candidat qui sera désigné par les électeurs de gauche. Ensuite, parce qu'ils pensent qu'avec un candidat clairement affirmé à droite, les tentations de balkanisation cesseront. Face à l'émergence de la Droite Populaire, on assiste maintenant à un regroupement de la Droite sociale et humaniste. Mais par ailleurs, personne ne peut ignorer les ambitions qui agitent les quadras, comme Jean-François Copé, Xavier Bertrand, François Baroin ou Nathalie Kosciusko-Morizet pour 2017. Ambitions qui influent d'ores et déjà sur leur positionnement par rapport à l'élection de mai prochain. DU GRAND PARIS A LA CREUSE Enfin en dehors de ces deux forces contradictoires, il y a un troisième mouvement nuisible à la majorité, qui se trame dans la rivalité entre François Fillon et Alain Juppé. Il existe toujours, à droite, des parlementaires pour croire que Nicolas Sarkozy pourrait être empêché ou découragé de se présenter - ce qui est mal le connaître ! Dans ce cas de figure, la bagarre se jouerait entre le locataire du Quai d'Orsay et celui de l'Hotel Matignon. Si aucun des deux n'en parle, tous les deux y pensent bien sûr. Mais leurs entourages respectifs plus encore. En attendant Nicolas Sarkozy a décidé d'écarter Brice Hortefeux de son futur "staff" de campagne et de le remplacer par Camille Pascal. Pour l'heure, le Président de la République continue d'occuper le terrain. La semaine passée, il a reçu à l'Elysée de nombreux parlementaires afin de leur remonter le moral après la perte du Sénat. Demain lundi il interviendra à la fois sur le projet du Grand Paris, et sur le cancer. Mardi, il devrait être à Aubusson dans le sud de la Creuse à mi-chemin des résidences secondaires de François Baroin et de Valérie Pécresse qui l'accompagneront dans ce déplacement. Il devrait en profiter pour intervenir sur la politique territoriale, dans le sillage des annonces faites par François Fillon vendredi dernier. LES BANQUES DANS LE VISEUR Mais à coté de cela Nicolas Sarkozy entend jouer pleinement son rôle cette semaine dans le règlement de la crise européenne. Après son entretien d'hier avec Christine Lagarde, il est aujourd'hui à Berlin, pour évoquer notamment le délicat sujet de la recapitalisation des banques. Un sujet, qui est cher à la directrice générale du FMI, mais qui fait hurler les cinq banquiers systémiques. Tous accusent Alain Minc d'être le "mauvais génie" du Président dans un schéma qui consisterait à faire entrer l'Etat au capital des banques, par le biais d'obligations convertibles ou d'actions de préférence assorties de warrants. Il n'empêche qu'après les déclarations faites cette semaine, par Jean-Claude Trichet, Angela Merkel, José Manuel Barroso, et même Nicolas Sarkozy, leur point de vue est de plus en plus difficile à défendre. Surtout après la crise de liquidités subies par Dexia. Le conseil d'administration de la banque franco-belge se réunit aujourd'hui pour approuver en urgence les grandes lignes du plan de démantèlement. A savoir la vente des différentes entités étrangères. Dont la cession de la précieuse BIL à un pool d'investisseurs conduit par le Qatar. Et surtout la création d'une nouvelle banque spécialisée dans le financement des collectivités, détenue à 65 % par la Banque postale et à 35 % par la Caisse des dépôts. Quant au stock de prêts existants (50 milliards d'euros) il resterait au sein de Dexia Municipal Agency, dont le capital serait réparti entre Dexia (30 %), la CDC (65 %) et la Banque postale (5 %). INTERVENTION SOLENNELLE L'étape suivante, pour les financiers, sera le sommet des ministres des finances du G 20 accompagnés des gouverneurs de banques centrales, qui se tiendra vendredi et samedi prochain. Xavier Musca qui suit, les négociations sur la Grèce jour et nuit, espère bien que des annonces positives pourront être faites à l'issue de ce sommet. Dans ces conditions, la semaine qui vient pourrait être la dernière d'une longue série de semaines d'incertitude qui ont créé une volatilité rare sur les marchés, depuis l'accord du 21 juillet. Si un accord peut être établi, notamment au sein de la zone Euro d'ici la fin du prochain week-end, Nicolas Sarkozy n'exclut pas une prise de parole solennelle de manière à montrer qu'il avait raison de tenir face aux marchés, de manière aussi à "renvoyer dans ses buts" DSK qui prônait un effacement de la dette grecque, de manière enfin à capitaliser sur ce nouveau succès en termes de gestion de crise. Et pourquoi pas, de manière aussi à reléguer au second plan le résultat des primaires socialistes. LE PROBLEME AXA-PE Primaires dont le premier tour dépendra très largement de l'ampleur du corps électoral. S'il est suffisamment large, cela pourrait être favorable à François Hollande. En revanche, s'il l'est trop ou trop peu, cela risque de profiter à Martine Aubry. Un bon score d'Arnaud Montebourg est attendu. Mais ce dernier pourrait vite faire allégeance à François Hollande, alors que Manuel Valls viendrait au secours de la Maire de Lille en cas d'un affrontement Hollande-Aubry au second tour. Du côté des opérations financières, c'est toujours le calme plat, en dehors du projet de cession d'Axa Private Equity. En principe le désengagement de l'assureur devrait laisser la place à un nouveau tour de table où pourraient cohabiter KKR et la Caisse des Dépôts du Québec, à côté du management et d'Axa IM qui garderait 20 à 30 % du capital de la société de gestion. Mais il semblerait que le management ait quelques difficultés à lever de la dette pour mettre en oeuvre ce LBO, compte tenu de l'assèchement du marché du crédit et de la frilosité des banquiers. Surtout l'entrée de deux investisseurs étrangers au sein de cet acteur majeur du private equity fait grincer les dents des pouvoirs publics, dans la mesure où Axa PE a bâti son fonds de commerce sur son caractère tricolore. Mais tant Eurazeo que le FSI ne souhaitent pas participer à ce tour de table, non pas en raison de la qualité des actifs gérés par le fonds, mais plutôt à cause de questions de gouvernance.
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