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Yves de Kerdrel
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Macron et les premières mesures difficiles
par Yves de Kerdrel
Emmanuel Macron en est le premier convaincu. Son gouvernement ne fait pas assez de pédagogie. Les poids lourds de son imposante majorité – qui sont il est vrai peu nombreux – n’expliquent pas suffisamment les réformes à venir. C’est la raison pour laquelle, à deux reprises la semaine passée, il s’est exprimé, depuis l’étranger sur la situation française, de manière à corriger le tir, et à éclaircir son action. Notamment après le nouveau cafouillage créé par l’annonce que la baisse des charges sociales pour les salariés, consécutive à la hausse de la CSG, se ferait en
deux temps et non pas simultanément.
Tout le problème du Chef de l’État est qu’il a promis depuis un an, que s’il était élu, il ferait de la politique autrement, qu’il rénoverait les mœurs politiques et qu’il transformerait la France. Mais tout fonctionne toujours comme avant avec des ministres qui doivent composer avec des directeurs d’administration d’autant plus puissants que les cabinets ministériels sont peu équipés. Et surtout avec des hommes-clés qui ont tous déjà travaillé dans des cabinets ministériels à gauche comme à droite et qui continuent à travailler comme ils l’ont toujours fait. Du coup, il n’y a pas de rupture apparente de méthode avec le quinquennat passé.
EDOUARD PHILIPPE MONTE AU FRONT
Tout cela, Emmanuel Macron en est bien conscient, ainsi que ses proches collaborateurs de l’Élysée. Passée la rentrée des ministres qui a lieu ce lundi, il devrait donc mettre à plat toute la politique de communication à la fois du Président et du gouvernement. Trois jours plus tard, le 31 août, le premier ministre et la ministre du travail, Muriel Penicaud, présenteront la version définitive des ordonnances pour modifier le code du travail. Dans la foulée, deux journées d mobilisation contre cette réforme ont d’ores et déjà été programmées, le 12 septembre, à l’appel de la CGT, et le 23, par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.
Si, dans l’entourage du Président, on réfute pour l’instant tout risque d’un automne social, plusieurs proches du couple exécutif reconnaissent que la séquence qu s’ouvre est déjà décisive pour le reste du quinquennat, et se préparent à des tensions. D’autant que les loupés gouvernementaux de l’été autour de l’APL et de emplois aidés, l’annonce du report dans le temps de la baisse des cotisations sociales salariales ou encore la rentrée universitaire qui s’annonce délicate avec plus de 6 000 étudiants toujours en attente d’une place dans l’enseignement supérieur, inquiètent. C’est ce qui a amené Édouard Philippe à monter en première ligne jeudi 24 août sur RMC et BFM-TV, pour défendre les choix du gouvernement et assure que la réforme de la CSG se traduira dès janvier 2018 par un gain de pouvoir d’achat «jamais vu ».
LES PIQUES DE FRANCOIS HOLLANDE
Malgré tout, Emmanuel Macron, après sa tournée sans grand succès en Europe centrale, pour évoquer la question des travailleurs détachés, a toujours de nombreux rendez-vous européens et internationaux inscrits à son agenda de septembre. Mais, selon nos informations l’Élysée réfléchit de façon prioritaire à une expression du président de la République sur le plan intérieur. Jusqu’à présent, le chef de l’État s’est beaucoup mis en scène en images mais il a peu parlé directement aux Français. Cette prise de parole devient d’autant plus urgente que l’ancien Président, François Hollande, ne s’est pas privé, à deux reprises d’envoyer des piques à son successeur.
Face à cette situation, on n’entend toujours pas la droite qui reste aux abonnés absents. Ce week-end a lieu le séminaire des juppéistes auquel participera Valérie Pécresse qui se rend partout où Laurent Wauquiez n’est pas là. Jusqu’à ce soir, vingt à trente proches de l’ancien premier ministre se réunissent dans la capitale girondine pour un rendez-vous ayant vocation à devenir annuel. L’ambition : réaffirmer une certaine conception de la droite et constituer une pépinière de nouveaux talents. Le maire de Bordeaux a aussi affiché son souhait de contribue au renouvellement de la classe politique.
LES JUPPEISTES PARLENT RECONSTRUCTION
Dans un entretien au journal Sud-Ouest, l’ancien Premier Ministre s’est montré, en revanche, très critique à l’égard d’Emmanuel Macron et même du premier ministre Édouard Philippe, qui est pourtant son poulain. Des premiers mois de la présidence Macron, il a tiré un bilan contrasté. D’un côté, il a reconnu que l’image de la France à l’étranger s’était améliorée incontestablement. De l’autre, il a fustigé un grand flou artistique sur le budget 2018 et a prévenu que la performance économique était d’autant meilleure que la justice sociale était assurée. « Il y a eu beaucoup de communication. Avec la bienveillance des médias », a estimé Alain Juppé. Et l’ancien premier ministre d’ironiser : « Si j’avais dit : “Je suis Jupiter”, j’en aurais pris plein la gueule… Jupiter, c’est le roi des dieux. Mitterrand, s’était borné à être dieu… »
Mais toute l’attention de la droite est désormais portée sur Laurent Wauquiez qui devrait faire sa rentrée le 3 septembre. Le fait semble clairement acquis dans la famille éclatée du parti Les Républicains. Bien que détesté par une grande partie des ténors, Laurent Wauquiez sera le chouchou des militants qui éliront leur nouveau président les 10 et 17 décembre. A quelques jours de l’annonce de candidature du président de la région Auvergne-Rhône- Alpes, tous les grands barons du parti le disent imbattable. Personne n’envisage un second tour. Au cœur d’une droite en jachère, la mainmise de Wauquiez sur l’appareil semble si forte que certains ont déserté avant de combattre.
WAUQUIEZ VAINQUEUR A COUP SUR
Il est devenu président le jour où il a obtenu que le congrès ait lieu et qu’il n’y ait pas une solution transitoire avec une direction collégiale, tranche un des futurs membres de son équipe de campagne, en repensant au bureau politique du 11 juillet. En sabordant du jour au lendemain ses convictions démocrates-chrétiennes à la fin des années 2000 et en se démarquant de son premier mentor, Jacques Barrot, l’ancien ministre a accompagné la droitisation des militants de son parti. Laurent Wauquiez a organisé scrupuleusement son ascension au sein du parti. En 2012, il avait été impliqué dans la bataille entre François Fillon et Jean-François Copé. Lieutenant de François Fillon à l’époque et présent dans tous les médias, il aurait pu y laisser des plumes auprès des adhérents, qui avaient peu goûté cet affrontement.
Mais il a su utiliser son poste de secrétaire général puis de président par intérim pour les cajoler. Depuis le mois d’août 2016, il a visité 63 fédérations pou rencontrer les militants, les élus ou les candidats aux élections législatives. A l’ombre des échéances électorales, il a mené ainsi une campagne souterraine tout en faisant acte de présence lors de celle de François Fillon. En parlant au noyau dur, Laurent Wauquiez a choisi une stratégie similaire à celle de Nicolas Sarkozy : d’abord conquérir la base puis élargir ce premier cercle pour espérer accéder aux plus hautes marches du pouvoir. Malgré tout, en dehors du parti, l’hégémonie de Laurent Wauquiez est beaucoup moins nette. Dans les sondages, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse font jeu égal avec lui chez les sympathisants LR. Sa ligne est en totale adéquation avec celle des militants, mais il a parfaitement conscience qu’il faudra aller à un moment au-delà du noyau dur. Reste à savoir si la balance penchera alors vers l’extrême droite ou vers les déçus d’Emmanuel Macron.
LES COULISSES DE JACKSON HOLE
Au chapitre économique l’actualité est marquée en cette fin de semaine par la traditionnelle réunion des grands banquiers centraux de la planète dans le superbe cadre naturel de Jackson Hole au sein d'une vallée du Wyoming. Les marchés financiers ont donc écouté dés vendredi très attentivement les interventions de Janet Yellen, patronne de la Fed américaine, d'Haruhiko Kuroda, son homologue nippon et surtout de Mario Draghi. Ce dernier a toutefois prévenu qu'il ne fallait pas attendre d'annonces majeures de sa part cette année. Il ne devrait donc pas réitérer le coup de 2014, où il avait jeté les bases du programme d'achats d'actifs lancé en mars 2015 pour redresser l'inflation et l'activité en zone euro.
Une chose est certaine : dans les couloirs de Jackson Hole, on parlera beaucoup des imprévisibles frasques de Donald Trump et du risque de crise constitutionnelle si les choses dégénèrent. De son côté, Mario Draghi bénéficie de vents favorables. L’économie de la zone euro va enfin mieux : le chômage baisse, l’investissement repart, les exportations rebondissent. Cette année, la croissance devrait atteindre +1,9 %, selon le Fonds monétaire international. Fort de ce tableau encourageant, la BCE a déjà fait savoir qu’elle réduirait le volume de ses achats de dettes publiques, aujourd’hui de 60 milliards d’euros par mois, courant 2018. Mais elle se préoccupe également de la remontée de l’euro face au dollar observée depuis le début de l’année, et susceptible de contrarier ses plans.
UN CHOMAGE TOUJOURS ELEVE
Sur un plan purement hexagonal, on a appris en fin de semaine que le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) en France métropolitaine augmenté de 1 % en un mois, s’établissant à un peu plus de 3,518 millions de personnes (+ 34 900). Sur le dernier trimestre, le nombre de personnes sans emploi est également en augmentation avec une hausse de 1,3 % (+ 46 300). Toutes catégories confondues (A, B, C, D et E), le nombre de demandeurs d’emploi en France métropolitaine s’élevait à la fin de juillet à 6,327 millions de personnes Cette tendance à la hausse s’inscrit pourtant dans un contexte économique favorable pour le pays. Le taux de chômage, mesuré cette fois par l’Insee, selon une méthode différente de Pôle emploi, a reculé de 0,1 point au deuxième trimestre pour s’établir à 9,5 % de la population active en France, retrouvant son niveau de 2012. Et le taux d’emploi des 15-64 ans, qui mesure le nombre de personnes ayant un travail par rapport à l’ensemble de la population concernée, est de 65,3 %, un niveau jamais atteint depuis 1980.
Du côté du business la semaine a été marquée par le retour des grandes manœuvres chez Total avec le rachat spectaculaire de Maersk Oil et les investissements en Russie. Mais c’est l’automobile qui monopolise toutes les attentions. En Allemagne d’abord où le dieselgate est au centre de la campagne électorale. Et en Italie où les rumeurs se multiplient autour du groupe FCA (Fiat Chrysler). Après celles nées de l'intérêt du chinois Great Wall pour le constructeur italo-américain en général et sa marque Jeep en particulier, tempérées depuis par la partie chinoise, ce sont ses marques Alfa Romeo et Maserati qui suscitent également les spéculations. Selon Bloomberg, une branche du luxe, évoquée depuis plusieurs mois, serait enfin créée et pourrait valoir jusqu'à 7 milliards d'euros.
LES AGNELLI SONGENT A L’APRES FIAT
Le mois dernier, au cours de la présentation des résultats semestriels, Sergio Marchionne avait confié que rien n'empêchait le « spin-off » de Maserati et d'Alfa Romeo mais qu'il en serait question lors de la prochaine « journée investisseurs », soit au premier semestre 2018. Si Maserati entre parfaitement dans cette catégorie, le plan de relance d'Alfa Romeo n'est pas encore au point et de nouveau investissements seront nécessaires pour achever sa mue en véritable marque premium.
Ce qui sera effectif d'ici à la fin de l'année, en revanche, c'est la vente de son équipementier Magneti Marelli. Les négociations menées l'an dernier avec le coréen Samsung n'avaient pas abouti. Cette fois, FCA est bien décidé à se séparer de sa filiale qui équipe les principaux constructeurs mondiaux et travaille en ce moment sur les nouvelles batteries pour les futures voitures électriques. La valeur de l'entreprise basée près de Milan, avec ses 7,9 milliards d'euros de chiffre d'affaire l'an dernier, est estimée à environ 5 milliards d'euros.
Sergio Marchionne veut nettoyer le titre FCA de ses composantes non strictement automobiles et créer plus de valeur pour les actionnaires. Avec la baisse de l'endettement du groupe, c'est l’objectif principal du manager italo-canadien qui s'y est attelé depuis son arrivée, en 2004. Fiat pesait à l'époque 5,5 milliards d'euros avant la fusion avec Chrysler. Aujourd'hui, CNH Industrial (sa filiale camions et machines agricoles), FCA et Ferrari représentent près de 50 milliards d'euros. Pour beaucoup de spécialistes, tout cela prépare le désengagement de la famille Agnelli de Fiat. D’autant plus que Sergio Marchionne partira en retraite en 2019.
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20/08/2017 - 07:09

