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Yves de Kerdrel
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L’impossible convergence des luttes
par Yves de Kerdrel
Emmanuel Macron en est convaincu. Il n’y aura pas de convergence des différents mouvements de protestation qui bloquent le pays. Pour cause de désunion syndicale, de traitement différencié de chaque conflit par l’exécutif et d’essoufflement progressif.
Près de 120.000 personnes, dont de nombreux cheminots, ont défilé jeudi partout en France sous le soleil pour appeler à une convergence des luttes face à Emmanuel Macron, avec notamment des dégradations et des heurts entre forces de police et manifestants constatées dans le cortège parisien. De son côté, la CGT, qui a comptabilisé près de 190 mobilisations sur le territoire, a recensé 300.000 manifestants. C'est moins que lors de la dernière journée de mobilisation des cheminots et fonctionnaires du 22 mars, où le syndicat avait annoncé 500.000 manifestants. Dans la capitale les manifestants ont défilé derrière Philippe Martinez derrière une banderole affirmant: Public + privé + étudiants, ensemble, stoppons les régressions sociales.
La mobilisation, déjà importante à la SNCF, a affecté le secteur de l'énergie, certaines crèches et écoles, les transports publics à Nice et en Ile-de-France, ainsi que l'audiovisuel public. Les cheminots en sont à leur huitième journée de grève depuis début avril contre la réforme ferroviaire. La grogne monte également dans le secteur de la santé, les hôpitaux et les maisons de retraite médicalisées (Ehpad), chez l'ensemble des fonctionnaires. Et le conflit salarial chez Air France est dans l'impasse. Des facultés occupées ou bloquées par des opposants à la réforme Parcoursup, accusée d'instaurer une sélection à l'entrée à l'université. La CGT et Solidaires espèrent construire un front unique à partir de ces colères. Une coagulation des mécontentements à laquelle ne croit pas le président Emmanuel Macron. Il a reçu l’assurance de Laurent Berger que la CFDT ferait tout pour éviter une convergence des luttes. Ce qui va se traduire, le 1 er mai prochain par des cortèges désunis.
FORT IMPACT ECONOMIQUE DES GREVES
Si rien ne permet de penser aujourd’hui qu’un nouveau mai 68 est en train de se préparer – d’où l’évacuation musclée de la faculté de Tolbiac vendredi matin – il reste que les mécontentements demeurent importants. Et bien plus importants que ce que l’Élysée avait anticipé. La grève des éboueurs qui se prépare risque d’être très suivie et pénible pour beaucoup. Par ailleurs la concomitance du mouvement social à la SNCF et à Air France bloque vraiment la France avec déjà des conséquences économiques importantes constatées à l’occasion des vacances de Printemps. Le plus probable aujourd’hui est que la tension reste élevée jusqu’au 22 mai, date de la grande manifestation nationale unitaire souhaitée par les syndicats. Le succès ou l’échec de cette mobilisation donneront le la ou pas d’une possible inflexion du gouvernement, notamment dans sa réforme de la SNCF.
Mais Emmanuel Macron a été clair dimanche dernier face à Jean-Jacques Bourdin et à Edwy Plenel à l’occasion de ce si médiocre débat. Il n’est pas question pour lui d’arrêter les réformes. Sinon son quinquennat est terminé. C’est pourquoi cette semaine le gouvernement a volontairement relancé des projets de réforme à moyen terme. Comme celui des retraites prévu pour le début de l’année 2019. Ou celui de la justice qui ne verra le jour qu’au mois de septembre. Pour le Chef de l’État, l’enjeu est bien de montrer que, à la différence de ses prédécesseurs, il continue d’avancer et de dérouler son programme de transformation de la France, quelle que soit l’ampleur des contestations.
LAURENT WAUQUIEZ N’ARRIVE PAS A IMPRIMER
Ce message, qu’Ipsos valide couramment pour l’Élysée ou pour le SIG, par le biais d’études qualitatives qui sont très regardées par les proches d’Emmanuel Macron, est semble-t-il bien compris par les Français. Emmanuel Macron et Édouard Philippe viennent d’enregistrer un regain de popularité, de respectivement +3 et +2 points, selon un sondage BVA diffusé vendredi. Avec 43% d'avis favorables, le chef de l'État retrouve son niveau de février après un trou d'air en mars, mais une majorité de Français (54%) garde une mauvaise opinion de lui. Au lendemain de ses deux interviews télévisées, Emmanuel Macron gagne sur la quasi-totalité du spectre politique, avec notamment un bond de 14 points auprès des sympathisants du parti Les Républicains et de 9 points auprès de ceux du PS, selon cette enquête pour Orange, RTL et La Tribune.
La cote du Premier ministre évolue de manière symétrique avec 45% (+2) de réponses positives, une courte majorité (51%) ayant une mauvaise opinion de lui. Édouard Philippe perd quant à lui nettement auprès des proches du PS (-14), mais gagne auprès de ceux de LR (+8). Nicolas Hulot (38%) campe en tête des personnalités dont les Français souhaitent qu'elles aient davantage d'influence. Le ministre de la Transition écologique devance Alain Juppé (33%) et Jean-Yves Le Drian (32%). Marine Le Pen gagne 5 points à 28% et Gérard Collomb en gagne 3 à 24%. La République en marche conforte par ailleurs sa place en tête des partis politiques dont les Français ont une bonne opinion (41%, +5). Le Front national recueille 27% (+2), Les Républicains 26% (-4) et le PS 20% (+2).
20 % DES FRANÇAIS PORTENT UN BILAN POSITIF SUR MACRON
En revanche, à l’occasion d’un très bon dossier sur un an de macronisme, le quotidien Les Échos a publié une intéressante enquête réalisée par Elabe et Wavestone sur le bilan du Chef de l’État. Pour 52 % des personnes interrogées contre 48 %, son élection a été une mauvaise chose. Globalement, mieux une personne est lotie sur le plan professionnel et financier, et plus elle voit le macronisme d'un bon oeil. Et inversement. Précisément, 58 % des cadres et professions libérales et 63 % des Français qui disent boucler facilement leurs fins de mois applaudissent l'accession au pouvoir d'Emmanuel Macron quand 66 % des ouvriers et 71 % de ceux qui sont obligés de puiser dans leurs réserves ou de se faire prêter de l'argent pour boucler leurs fins de mois font grise mine. Sa politique économique et sa politique de l'emploi recueillent l'assentiment de 61 % des cadres et professions intellectuelles supérieures, contre 36 % des ouvriers.
Quelle que soit leur catégorie, les Français reconnaissent au chef de l'État sa volonté de réformes. Pas moins de 69 % d'entre eux voient en lui un réformateur et une majorité pense même qu'il a un projet global pour la France. Mais son action apparaît déséquilibrée aux yeux des Français. Une personne sur deux qualifie sa politique d'injuste. Plus de six sur dix désapprouvent sa politique sociale et estiment qu'il divise la société. Et la promesse qu'il a faite de libérer les énergies et en même temps protéger les plus faibles n'est pas tenue aux yeux d'une majorité de Français. Seuls 16 % estiment qu'il a fait les deux, quand 52 % trouvent qu'il n'a fait ni l'un, ni l'autre. Enfin les Français doutent qu'il ait transformé la façon de faire de la politique. Ils ne sont que 20 % à penser qu'il réforme le pays en profondeur. Pire, pour plus de quatre Français sur cinq (81 %) Emmanuel Macron n'améliorera pas leur situation personnelle.
CHRISTINE LAGARDE TIRE L’ALARME
Au chapitre économique l’une des actualités les plus marquantes de la semaine, pourtant passée inaperçue, est venue de Washington. Mercredi dernier, le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme : l’économie mondiale est aujourd’hui plus endettée qu’au début de la dernière crise financière. À 164 000 milliards de dollars (132 618 milliards d’euros), soit près de 225 % du PIB mondial, la dette mondiale atteint un nouveau record. La directrice générale du Fonds monétaire, Christine Lagarde, a encouragé l’ensemble des pays à réparer le toit pendant qu’il fait beau, en d’autres termes de profiter d’un cycle de croissance économique solide pour se désendetter afin d’être en mesure d’affronter la prochaine crise financière.
Si le FMI attribue en partie cette hausse de l’endettement à la Chine, qui, à elle seule, représente 43 % de l’augmentation de la dette depuis 2007, il prévient qu’aucune économie n’est épargnée. L’institution s’inquiète également d’une accélération surprise de l’inflation qui viendrait aggraver la situation. En effet, une forte augmentation des prix conduirait la Banque centrale américaine à remonter plus rapidement que prévu ses taux d’intérêt. Cela rendrait encore plus vulnérables les pays émergents dont une partie de la dette est libellée en dollars et dont les intérêts augmenteraient davantage.
VILLEROY DE GALHAU AUSSI
Le FMI s’est montré particulièrement critique envers les États-Unis, la première puissance économique mondiale, dont la réforme fiscale adoptée fin décembre va encore faire gonfler la dette. L’abaissement des impôts consenti va entraîner une augmentation du déficit budgétaire américain de 1 000 milliards de dollars lors des trois prochaines années, élevant la dette du pays à 116,9 % du PIB d’ici à 2023, a-t-il calculé. L’administration Trump estime, elle, que l’accélération de la croissance, en générant de nouvelles recettes, va permettre de financer le manque à gagner entraîné par les réductions d’impôts.
De son côté, François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a indiqué que la Banque centrale européenne pourrait devoir revoir sa trajectoire de normalisation progressive de la politique monétaire si les risques croissants liés au protectionnisme, aux taux de change ou aux fluctuations des marchés finissent par peser sur l'inflation. Il a appelé à être attentifs à un possible scénario de risques cumulés, dont la probabilité a récemment augmenté : un effet de rétroaction négatif dû aux menaces protectionnistes, aux mouvements défavorables des taux de change et à d'abruptes corrections sur les marchés financiers a-t-il dit lors d'une conférence à New York. Une telle conjonction négative aurait pour effet de durcir les conditions financières et de détériorer les perspectives de croissance dans la zone euro, a-t-il indiqué avant d’ajouter que l'orientation de notre politique monétaire devrait alors être adaptée en fonction de l'impact ultime sur les perspectives d'inflation.
LA GENERALE SE CHERCHE UN NUMERO DEUX
Du côté du business, l’actualité est restée focalisée par Vivendi, dont l’assemblée générale s’est tenue jeudi dans de très bonnes conditions. Vincent Bolloré a annoncé par surprise son départ de la présidence du conseil de surveillance où il a été immédiatement remplacé par son fils Yannick, patron d’Havas. L’industriel breton estime que sa tache de redressement de Vivendi et de Canal+ est achevée. Il est probable qu’il reprenne à bras le corps le dossier Telecom Italia, dont Vivendi détient 24 % et qui est engagé dans un bras de fer avec le fonds activiste Elliott, actionnaire à environ 9 %. Dans un communiqué publié jeudi Elliott a expliqué que, sous le contrôle de Vivendi, l'opérateur italien a connu une sous-performance boursière profonde et continue et que le groupe a réalisé des faux pas stratégiques.
Vincent Bolloré a rappelé aux actionnaires de Vivendi qu'il avait essuyé des critiques similaires lors de l'entrée du groupe Bolloré dans la banque italienne Mediobanca au début des années 2000. Or l'investissement du groupe familial dans Mediobanca, dont il détient actuellement près de 8%, s'est avéré très lucratif, a-t-il observé lors de l'assemblée générale des actionnaires. C'est à la fin de la foire qu'on compte les animaux, a-t-il conclu. L'assemblée générale de Telecom Italia est prévue ce mardi 24 avril. Elle sera sans doute très longue, comme la plupart des assemblées italiennes, et très animée. A noter que l’action Telecom Italia est actuellement l’une des plus « shortées » en Europe avec une proportion de ventes à découvert représentant 12 % du capital.
Selon les informations recueillies par WanSquare la BCE fait actuellement pression auprès de la Société Générale afin que Frédéric Oudéa, le Directeur Général se dote d’un adjoint, après le départ forcé de Didier Valet, dans le cadre du règlement du contentieux avec la justice américaine. Le patron de la Société Générale a la possibilité de désigner en interne des personnalités comme Séverin Cabannes, Bernardo Sanchez Incera, Philippe Heim ou Diony Lebot. Il est aussi question du débauchage de Samir Assaf, actuellement chez HSBC, ou de Laurent Mignon qui a redressé Natixis. Le nom de Xavier Rolet, ex-patron du London Stock Exchange est également cité. De même que celui de Gaël de Boissard (ex-Crédit Suisse). Officiellement la Banque de La Défense ne fait pas de commentaires. Mais il est probable que le nom du futur numéro deux soit connu au plus tard le 23 mai, jour de l’assemblée générale des actionnaires.
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