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Yves de Kerdrel
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Le pari pascalien de Macron
par Yves de Kerdrel
La séquence actuelle est plus compliquée que jamais pour le gouvernement. Avec la dureté de la grève à la SNCF les tensions chez Air France et Carrefour. Mais aussi avec l’annonce de la réforme constitutionnelle qui recrée un axe Larcher-Bayrou.
La grève perlée des cheminots qui a redémarré hier fonctionne bien. C’est-à-dire qu’elle est très suivie. Naturellement par les conducteurs, les contrôleurs et les aiguilleurs, mais aussi par les cadres. Par ailleurs elle a de très fortes conséquences sur le trafic de fret ferroviaire qui se trouve complètement bloqué. Toutes les télévisions ont naturellement diffusé des images de débordements, d’énervement des passagers. Mais, en dépit d’un sondage Odoxa publié par le Figaro vendredi, la France reste « stockholmisée ». C’est à dire qu’elle éprouve toujours un peu de sympathie à l’égard de ses preneurs d’otage.
A l’Elysée, tous ces mouvements de grève sont suivis de très près. Emmanuel Macron est en liaison permanente avec Mathias Vicherat qui a rejoint le groupe ferroviaire en janvier 2017 et qui est issu de la promotion Senghor, comme le Chef de l’Etat. Il occupe la fonction de Directeur général adjoint en charge du projet d’entreprise et de la communication, chapeautant la stratégie, la communication, l'image et le porte-parolat. Par ailleurs, étant le compagnon de Marie Drucker, il est particulièrement à l’aise lors des points de crise en direct à la télévision. Si bien que Guillaume Pepy, dont les relations avec Emmanuel Macron ont toujours été mauvaises, apparaît un peu hors-jeu.
L’ERREUR DE RAYMOND SOUBIE
Côté syndical, il y a trois fronts. D’abord la CGT (première force représentative à la SNCF) qui sait que ce combat est pour elle une question de vie ou de mort et qui fera de la surenchère tant qu’il est possible d’en faire. Ensuite il y a Sud-Rail qui voudrait bien ravir la première place lors des élections professionnelles de novembre prochain et qui sont prêt à ce que le mouvement dégénère en actions sauvages. Pour la plupart il s’agit de cheminots très liés par le NPA de Besancenot. C’est ce qui les a conduit à exclure Jean-Luc Mélenchon d’une manifestation spontanée organisée en début de semaine dernière. Enfin il y a l’UNSA qui serait plus accommodante et par laquelle le gouvernement et la direction de la SNCF tenteraient de fracturer le mouvement.
Emmanuel Macron a été un peu surpris par la force de cette grève. D’autant plus que Raymond Soubie avait expliqué à Edouard Philippe que la réforme de la SNCF passerait comme une lettre à la poste. Mais maintenant que celle-ci est lancée, Emmanuel Macron sait qu’il n’a pas d’autre solution que de tenir bon. Sinon, plus aucune réforme ne devient possible. Et les quatre années suivantes de son quinquennat sont perdues. C’est la raison pour laquelle, déçu par les interventions de la ministre Elizabeth Borne, il a décidé d’intervenir jeudi à 13 h sur TF1 et LCI pendant une heure. Pur hasard ou pas, cette prestation interviendra 24 h après la publication du livre de François Hollande, dont un chapitre acide est consacré à Emmanuel Macron, et qu’il ira présenter au 20 h de France 2.
COUP DE RABOT SUR LE PARLEMENT
En attendant ce dimanche et demain lundi il va recevoir le Prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane Cette rencontre, qui a été différée à trois reprises, va naturellement donner lieu à la signature de contrats d’armement et de partenariats en matière culturelle. Mais surtout à la mise en place d’un nouveau mode de partenariat auquel Jean-Yves Le Drian a largement travaillé. Jusqu’à présent les relations avec l’Arabie étaient gérées par cette l’ODAS, dirigée jusqu’à l’automne par l’Amiral Guillaud, et codétenue par l’Etat et les industriels de l’armement. Selon nos informations la liquidation progressive de cette société a été actée à la demande de l’Arabie. Dans une lettre de mission adressée en février au président de la société Daniel Argenson, Florence Parly avait indiqué que cette structure ne sera chargée à l'avenir d'aucun nouveau contrat, et se contentera d'exécuter les accords en cours.
L’autre grand sujet du moment pour Emmanuel Macron réside bien sûr dans la réforme constitutionnelle présentée en milieu de semaine par Edouard Philippe. Les deux points saillants sont bien sûr la dose de proportionnelle retenue, soit 15 %, alors que Gérard Larcher demandait pas plus de 10 % et que François Bayrou et François de Rugy réclamaient 25 % et la réduction de 30 % du nombre de parlementaires. Ce qui supprimerait une centaine de sénateurs et 175 députés. Si bien qu’en 2022, 60 députés sur 400 seraient élus à la proportionnelle.
DISCUSSIONS LARCHER-BAYROU EN COULISSES
Pour l’instant il n’y a pas d’accord avec Gérard Larcher. Ce dernier a une ligne rouge : faire en sorte que les départements ruraux gardent plus de sénateurs que les métropoles. Il ne serait donc pas mécontent que le coup de rabot ne soit que de 25 %, mais pose l’exigence que chaque département ait au moins un sénateur. Sur la proportionnelle, qui est évidemment un épouvantail pour les gaullistes, il dit non. Mais en coulisses, les discussions seraient plus ouvertes que cela. D’autant plus que François Bayrou a rencontré Gérard Larcher afin de « dealer » avec lui un accord du type : je te soutiens sur la question des sénateurs et tu m’aides à faire monter à près de 20 % la dose de proportionnelle. Il se dit même que le maire de Pau a également discuté de cela avec Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise.
Il y a donc encore loin de la coupe aux lèvres sur ce texte qui sera divisé en trois parties. D’une part, une loi ordinaire. Ensuite une loi organique. Enfin une loi constitutionnelle qui devra donc être approuvée par le Congrès avec une majorité des trois cinquièmes. Il y a peu de doute qu’un accord soit finalement trouvé. Accord que Gérard Larcher recherche avec la meilleure volonté du monde, car cela fera de lui, de facto, le vrai patron de l’opposition, à un moment où elle se cherche de plus en plus quatre mois après l’élection de Laurent Wauquiez. Mais le calendrier souhaité par Emmanuel Macron ne sera pas respecté. Car, compte tenu de tous les délais et de la surcharge du calendrier parlementaire, le tout pourrait être approuvé début 2019.
LE CONFLIT SINO-AMERICAIN INQUIETE
Au chapitre économique, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine fait toujours les unes de l’actualité. Les Etats-Unis et la Chine ont franchi un nouveau palier dans leur différend commercial en s’infligeant réciproquement des droits de douane sur des catégories variées de produits représentant au total environ 100 milliards de dollars (81 milliards d’euros) d’échanges commerciaux. Pékin va appliquer de nouveaux droits de douane de 25% à 106 catégories de produits américains tels que le soja, le maïs, les voitures, les substances chimiques et certains types d’avions, a annoncé mercredi le ministère des Finances, quelques heures après l’annonce de mesures similaires de la part des Etats-Unis.
Le bureau du représentant américain au commerce avait auparavant annoncé l’instauration de droits de douane pouvant atteindre 25% pour 1.300 produits technologiques chinois dans le but d’obtenir une modification des pratiques de la Chine en matière de propriété intellectuelle. Ils représentent une valeur de 50 milliards de dollars environ, selon les estimations pour 2018. La riposte chinoise est à la hauteur des menaces de Pékin, qui avait promis des mesures équivalentes à celles des Etats-Unis, mais elle a été plus rapide que les observateurs ne s’y attendaient, ce qui a surpris les marchés financiers.
INCIDENCES SUR LA POLITIQUE MONETAIRE
Un grand nombre de produits assemblés par des sociétés américaines en Chine sont exclus de la liste, comme les téléphones d’Apple ou les ordinateurs portables de Dell. Les chaussures et les vêtements ne figurent pas sur la liste. Elle comprend en revanche les téléviseurs à écrans plats et les véhicules à moteur de trois litres maximum, électriques ou à essence. Une analyse de Reuters comparant les produits visés et les données officielles sur les importations montre que les Etats-Unis ont importé de Chine pour 3,9 milliards de dollars de téléviseurs à écrans plats en 2017 et pour 1,4 milliard de véhicules. A noter que plus de 200 produits figurant sur la liste n’ont pas été importés par les Etats-Unis l’an dernier, notamment les gros avions et les satellites de communication. Certains autres, comme l’artillerie, ne seront sans doute jamais importés.
Les craintes d'une guerre commerciale internationale alimentées par les projets de droits de douane américains entraînent déjà la hausse des coûts de crédit et la baisse des marchés actions, comme l’a fait remarquer vendredi Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne. Les investisseurs se demandent si un ralentissement économique, aggravé sinon provoqué par les tensions commerciales mondiales, pourrait retarder la fin du programme de rachats d'actifs de la BCE et de sa politique de taux d'intérêt négatifs. Benoît Coeuré a déclaré que les effets d'une guerre commerciale sur l'inflation ne seraient perceptibles qu'à long terme mais que sa perspective pesait déjà sur les emprunteurs et les investisseurs.
L’ETAT ITALIEN S’INTERPOSE CONTRE BOLLORE
Il a précisé, que selon une simulation de la BCE, une taxe de 10% sur la totalité des importations et des exportations américaines entraînerait un ralentissement de 1% de la croissance mondiale la première année. Il a ajouté que l'économie américaine serait la plus affectée et que le repli dans la zone euro serait moins sévère. Avec une inflation juste en deçà de 1,5%, la BCE devrait largement réduire son programme de rachats d'actifs de 2.550 milliards d'euros cette année et relever ses taux d'intérêt à la mi-2019. Benoît Coeuré n'a fait état d'aucune incidence immédiate de ces mesures sur la politique de la BCE, mais il a souligné que la guerre commerciale à laquelle les investisseurs semblent se préparer devrait affecter la croissance et l'emploi, deux facteurs clés pour l'inflation.
Du côté du business, l’affaire Vivendi-Telecom Italia se tend de jour en jour. Notamment après l’entrée au capital de l’opérateur italien de la CDP (le bras armé de l’état italien dans le domaine financier) à hauteur de 5 %. Tout comme Elliott, l'Etat soutient le projet d'une scission du réseau fixe de Telecom Italia, lequel pourrait être rapproché des activités d'Enel dans la fibre. Telecom Italia ne s'est d’ailleurs jamais dit opposé au principe d'une séparation juridique permettant d'ouvrir une minorité du capital du réseau, mais entend conserver le contrôle de ces infrastructures.
LES PETITS PORTEURS SOUTIENNENT ELLIOTT
Dans ce contexte Vivendi a publié jeudi soir la liste de ses candidats pour le renouvellement du conseil d'administration de l'opérateur télécoms italien, dont l'assemblée générale ordinaire des actionnaires se déroulera le 4 mai. La liste des dix candidats proposés par Vivendi est emmenée par Amos Genish, directeur général de Telecom Italia, et Arnaud de Puyfontaine, président du directoire de Vivendi. Elle comprend également Franco Bernabè, Marella Moretti, Frédéric Crépin, Michele Valensise, Giuseppina Capaldo, Anna Jones, Camilla Antonini et Stéphane Roussel. Amos Genish est pleinement soutenu par Vivendi dans l'exécution du plan industriel 2018-2020 qu'il a présenté et qui a été adopté à l'unanimité par le conseil. Arnaud de Puyfontaine est proposé comme président non exécutif. Franco Bernabè sera proposé comme vice-président en charge des activités de sécurité.
Le 6 mars, Elliott Advisors, la branche britannique du fonds spéculatif Elliott Management, avait annoncé l'acquisition d'une participation dans Telecom Italia, ainsi que son intention de remplacer certains membres du conseil d'administration de l'opérateur télécoms, afin d'améliorer sa gouvernance, sa valorisation et sa stratégie. De son côté, l'Associazione degli Azionisti di Telecom Italia (Asati), qui regroupe des actionnaires minoritaires de Telecom Italia, a apporté son soutien à la proposition d'Elliott de révoquer les administrateurs nommés par Vivendi et de nommer six administrateurs présentés par le fonds.
BNP PARIBAS REGARDE VERS LA POLOGNE
Par ailleurs, selon nos informations, BNP Paribas devrait parvenir à un accord avec Raiffeisen Bank International sur le rachat de ses activités polonaises dans les prochains jours dès que les discussions sur le montant définitif de la transaction auront abouti. La banque autrichienne vend Raiffeisen Bank Polska parce qu'elle n'a pas la taille nécessaire pour générer des bénéfices décents sur un marché polonais hautement concurrentiel, où les taux d'intérêt sont bas. BNP Paribas devrait fusionner cette division avec sa filiale polonaise, sixième banque du pays, afin de réaliser des économies d'échelle.
Le régulateur polonais KNF devrait autoriser l'opération, à la condition que Raiffeisen conserve dans ses comptes un portefeuille de crédits immobiliers libellés en francs suisses évalué à 9,7 milliards de zlotys. Raiffeisen Bank Polska a une valeur comptable de 6,49 milliards de zlotys (1,54 milliard d'euros) et un actif de 48,97 milliards de zlotys. De son côté, BGZ, la filiale polonaise de BNP Paribas, dispose d'un actif de 73 milliards de zlotys. La fusion des deux banques représenterait donc plus de 103 milliards de zlotys d'actifs. Les analystes estiment que Raiffeisen Bank Polska devrait être vendue sur la base d'un ratio compris entre 0,6 et 1 de sa valeur comptable.
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