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Macron face à la France bloquée
par Yves de Kerdrel

Les « passions tristes » des français, que le Chef de l’État aime à dénoncer, reviennent sur le devant de l’actualité avec la multiplication des mouvements sociaux, et notamment les blocages universitaires. Ce qui laisse augurer un Printemps 2018 difficile

01/04/2018 - 07:48 Temps Lecture 12 mn.

Ne jamais descendre de vélo et toujours pédaler. Tel est le mode d’action du Chef de l’État. Au moment où l’actualité est focalisée par les mouvements sociaux à la SNCF, chez Air France et surtout dans les universités, Emmanuel Macron a décidé d’avancer sur la fameuse réforme institutionnelle qu’il avait tant souhaitée lors de son discours devant le Congrès le 3 juillet 2017. Après des semaines de blocages, notamment dans les discussions avec Gérard Larcher, le président du Sénat, il semble qu’une étape a été franchie cette semaine, qui devrait permettre à Édouard Philippe de faire une première annonce officielle dans le courant de la semaine prochaine.

De quoi s’agit-il ? Le président de la République, le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, et le président du Sénat, Gérard Larcher, sont tombés d'accord pour une réduction de 30% du nombre de parlementaires. Il n'y a pas encore d'accord, en revanche, sur la dose de proportionnelle à introduire aux élections législatives, mais une solution pourrait être trouvée plus vite que prévu, selon nos interlocuteurs. Le Premier ministre, Édouard Philippe, qui a proposé 25% à 33% de réduction du nombre de députés et sénateurs, et 10% à 25% de proportionnelle, était présent à ce rendez-vous. Gérard Larcher presse pour un taux bas, quand François de Rugy ainsi que le président du MoDem et allié d'Emmanuel Macron, François Bayrou, demandent 25%.

LE SENAT VEUT RESTER LA CHAMBRE DES TERRITOIRES

Il semble donc, qu’après des mois de blocage, les discussions sont désormais entrées dans une phase constructive. Si bien qu’Édouard Philippe devrait présenter en milieu de semaine prochaine les textes de la réforme des institutions promise par Emmanuel Macron. Il présentera les trois textes (projets de loi constitutionnelle, organique et simple) qui permettront de respecter les engagements pris par le président de la République au cours de sa campagne et répétés devant le Congrès : réduction du nombre de parlementaires, dose de proportionnelle et également non-cumul des mandats dans le temps.

À quoi pourrait ressembler le Parlement à l'avenir ? Pour l'Assemblée nationale, ça veut dire passer de 577 députés aujourd'hui à 404 demain, et pour le Sénat "de 348 sénateurs à 244. L'objectif premier n'est pas de faire des économies. Il est de faire en sorte qu'il y ait moins de parlementaires, mais qu'ils disposent de plus de moyens. Cela veut dire avoir davantage de collaborateurs, plus nombreux et mieux formés, pour faire en sorte que le travail parlementaire soit le plus efficace possible. Il reste un point sur lequel Gérard Larcher ne veut pas céder. C’est que les départements ruraux et enclavés qui n’ont plus qu’un sénateur ne perde pas ces sièges. De manière à ce que le Sénat reste la chambre des territoires. Ce serait donc les départements les plus peuplés qui seraient affectés.

DESORGANISATION PROFONDE A LA SNCF

Mais cette question du nombre de parlementaires n’est que la partie immergée de l’iceberg. Emmanuel Macron souhaite renforcer très nettement les prérogatives de l’exécutif au détriment du législatif. Notamment par un nouveau réglage des projets de loi (déposés par le gouvernement) et des propositions de loi (déposées par les parlementaires), un aménagement des ordres du jour des deux assemblées, et une restriction des droits aux amendements. Le Conseil d’État qui a été consulté en toute discrétion sur ce sujet hautement sensible, par l’intermédiaire de Marc Guillaume, le Secrétaire Général du Gouvernement est arrivé à la conclusion qu’entre le moment où un texte était proposé par le gouvernement et le moment où il était voté, son volume triplait, du fait des amendements. Ce qui complique sa mise en œuvre, allonge la publication des décrets d’application et entraine un retard de 18 mois sur les effets pratiques d’une réforme.

En attendant les mouvements sociaux commencent à bloquer le pays. La grève d’Air France a été beaucoup plus suivie que prévu. Celle de la SNCF, organisée de manière perlée sur les trois prochains mois est d’ores et déjà très handicapante. A tel point que le patron de la SNCF en personne a recommandé à ses clients d'annuler certains déplacements, ce week-end de Pâques. La grève, qui démarre ce lundi à 19 heures, s'annonce très suivie. Elle pourrait désorganiser comme jamais la vie des Français, pendant trois mois. Le calendrier choisi par les syndicats prévoit des arrêts de travail deux jours tous les cinq jours, jusqu'au 28 juin. Un tel enchaînement d'arrêts de travail promet une désorganisation maximale du trafic.

BLOCAGE DES UNIVERSITES

Par ailleurs, ce qui n’avait pas été anticipé du tout par le gouvernement, ce sont les mouvements estudiantins. Les incidents et blocages ont pris de l'ampleur après la violente agression, vendredi 23 mars, contre des étudiants à Montpellier, alors que les examens approchent et que la réforme de l'enseignement supérieur commence à s'appliquer. A Toulouse, des sites de l'université Jean-Jaurès sont bloqués depuis plusieurs semaines pour protester contre le projet de fusion avec d'autres établissements de la ville et contre la loi sur les modifications d'accès à l'université (loi ORE, Orientation et réussite des étudiants), accusée d'instaurer un système de sélection. Le campus de la Victoire, en plein centre de Bordeaux, est bloqué depuis mi-mars. La faculté de lettres de Nancy (Meurthe-et-Moselle) est également bloquée. Même chose pour l'université Paul-Valéry de Montpellier, où le blocage a été reconduit pour une durée illimitée.

A Paris, le site de Tolbiac (université Panthéon-Sorbonne) est fermé depuis lundi et le président de l'établissement, Georges Haddad, dit craindre que la situation dégénère. Il n'exclut pas de devoir faire appel à la police. A Rouen (Seine-Maritime), la faculté de sciences humaines est bloquée depuis mercredi par une centaine de jeunes. A Nantes (Loire-Atlantique), en revanche, le blocus a été levé vendredi, a indiqué l'université. Deux amphis restent occupés à la fac de lettres et les cours ont été transférés sur un autre site. Naturellement dans les rangs de la France Insoumise on surveille ces mouvements comme le lait sur le feu en essayant d’organiser une jonction avec les mouvements des cheminots et la fronde grandissante des fonctionnaires.

REPRISE DE LA CONSOMMATION

Au chapitre économique, il faut retenir que la consommation des ménages français en biens a rebondi davantage que prévu en février, enregistrant une hausse de 2,4% sous l'effet d'une forte hausse des dépenses de chauffage avec le retour du froid, selon les données publiées vendredi par l'Insee. Les économistes interrogés par Reuters tablaient en moyenne sur une hausse de 2,1% des dépenses de consommation des ménages. Cette hausse supérieure aux attentes ne leur a cependant pas permis d'effacer complètement leur repli des deux derniers mois, alors qu'elles avaient reculé de 1,2% en décembre et de 1,9% en janvier.

En février, la hausse des dépenses de consommation a été quasi généralisée. Les vagues de froid du mois dernier, après un mois de janvier particulièrement clément, se sont soldées par une franche progression de la consommation d'énergie, qui a bondi de 8,9% après avoir plongé de 6,4% en janvier. La consommation alimentaire est également repartie à la hausse, avec une progression de 1,1% faisant suite à un recul de 0,7%. Les achats de biens représentent près de la moitié de la consommation totale des ménages qui contribue à son tour à un peu plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) français. Le ralentissement de la consommation des ménages en fin d'année dernière n'a pas empêché l'économie française d'enregistrer une croissance de 0,7% au quatrième trimestre et d'afficher sur l'ensemble de 2017 sa meilleure performance depuis six ans, avec une progression de 2,0%.

LE MAIRE VEUT SIMPLIFIER L’EPARGNE

A l’occasion du forum Entreprises en action(s) ! Organisé à Bercy, mercredi 28 mars, le ministre des finances Bruno Le Maire a dévoilé les grandes lignes de sa réforme de l’épargne, qui devrait figurer pour partie dans le projet de loi du Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte), présenté en conseil des ministres le 2 mai. La réforme actionnera deux leviers : la simplification des produits d’épargne et du financement des entreprises par le marché, et l’incitation des Français à prendre davantage de risques pour obtenir de meilleurs rendements.

L’épargne retraite souffre d’un déficit d’attractivité. Elle ne pèse aujourd’hui que 200 milliards d’euros d’encours, très loin des 1 700 milliards d’encours de l’assurance-vie. Son développement se voit notamment pénalisé par la complexité et la pluralité des produits (les plan d’épargne retraite populaire, plan d’épargne pour la retraite collectif, contrats Madelin…). Aussi, pour créer un choc d’attractivité, Bruno Le Maire s’est notamment engagé à une souplesse accrue sur le retrait des sommes épargnées à l’âge de la retraite, pour mieux tenir compte du souhait de nombreux épargnants de disposer d’un capital au moment où ils partent à la retraite ». Il a également évoqué « une portabilité et une transférabilité totales des produits au cours de la vie professionnelle » et « un rapprochement des règles...

RECORD MONDIALDES FUSIONS-ACQUISITIONS

Du côté du business, les fusions et acquisitions au niveau mondial ont atteint un record au premier trimestre 2018, représentant une valeur globale de 1 200 milliards de dollars (974 milliards d'euros), soutenues par la réforme fiscale aux Etats-Unis et la croissance en Europe. Des marchés actions et obligataires solides et des trésoreries bien remplies ont également contribué à convaincre les chefs d'entreprise que c'était le moment ou jamais de poursuivre des fusions.

La réforme fiscale une fois précisée a débloqué certaines décisions qui étaient stratégiquement impératives en Amérique du Nord. Alors qu'en valeur les opérations de M&A ont augmenté de 67% au premier trimestre 2018 par rapport à la période comparable de 2017, leur nombre a chuté de 10% à 10.338, selon des données préliminaires de Thomson Reuters. Parmi les transactions les plus importantes conclues sur la période janvier-mars, figure l'acquisition par l'assureur santé américain Cigna du gestionnaire de prescriptions médicales Express Scripts Holding pour 54 milliards de dollars. En Allemagne, E.ON a acquis la participation majoritaire de RWE dans le spécialiste des énergies renouvelables Innogy. Les M&A ont doublé en volume au premier trimestre en Europe, tandis qu'elles ont augmenté de 67% aux Etats-Unis et de 11% en Asie.

JP MORGAN ET LAZARD EN TETE

Les grandes entreprises françaises, pour leur part, ont dépensé 50 % de plus que l'an dernier pour des cibles étrangères, soit 54,8 milliards de dollars, un montant historique. AXA a signé sa plus grosse transaction depuis 2006 avec l'achat – plus que discuté par les analystes financiers - de XL Group pour 15,1 milliards de dollars. Sanofi s'est offert deux acquisitions coup sur coup, Bioverativ à 10,9 milliards de dollars et Ablynx pour 4,86 milliards, tandis que Klepierre a lancé une offre sur le britannique Hammerson évaluée à 11,3 milliards de dollars.

A l’inverse, les rachats domestiques ont chuté (-64 % à 7,7 milliards de dollars). En recul de 15 %, ces transactions ont à peine dépassé 4 milliards de dollars, soit 13 fois moins que les acquisitions françaises menées hors des frontières. Au total, près de 12 milliards de dollars d'opérations ont ainsi été conclus dans l'Hexagone, c'est 55 % de moins qu'au début de l'année 2017. Cette nouvelle donne a cependant redistribué les cartes entre banquiers d'affaires. Dix-septième l'an dernier, JP Morgan mène la danse au premier trimestre, avec plus de 53,6 milliards de dollars de transactions conseillées. Suivi de Lazard (septième en 2017), à 34,7 milliards, et Morgan Stanley (neuvième l'an dernier), à 21,8 milliards. Ce classement établi par Thomson Reuters pourrait fortement évoluer dans les mois qui viennent à l’occasion des éventuelles privatisations.

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