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Yves de Kerdrel
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Macron droit dans ses bottes
par Yves de Kerdrel
Les mouvements sociaux qui ont débuté il y a quelques jours ont montré une mobilisation inférieure à ce qui était craint par le gouvernement et souhaité par les syndicats. Cela ne veut pas dire que la partie est gagnée. Mais Macron 2018 est loin de Juppé 1995.
Bien sûr, jeudi dernier on a pu observer des cortèges partout en France. Bien sûr le trafic ferroviaire était au ralenti. Bien sûr il y a eu les traditionnels incidents avec les forces de l'ordre. Mais avec 323.000 manifestants dans tout le pays selon la police, la mobilisation était loin d’être à la hauteur de ce qui était attendu par les organisations syndicales. Naturellement toutes disent que ce n’est qu’un début. Et que le point d’orgue de la contestation va se traduire par les grèves perlées annoncées à la SNCF jusqu'à la fin juin. Il n’empêche que ce tour de chauffe de jeudi n'a pas vraiment impressionné l'exécutif, qui s'est contenté, lui aussi, du service minimum en se disant à l'écoute des manifestants mais déterminé à poursuivre les réformes engagées.
A l’Élysée on a décidé de faire le dos rond et d’attendre de voir comment cela se passait tout en faisant en sorte que le calendrier parlementaire permette de faire voter le plus vite possible la loi de ratification des ordonnances permettant la réforme de la SNCF. Emmanuel Macron qui participait, jeudi dernier, à un sommet européen à Bruxelles s’est d’ailleurs bien gardé de faire le moindre commentaire. Car toute la stratégie du Château vise à enfoncer un coin entre les syndicats. Emmanuel Macron bénéficie de deux alliés objectifs : Jean-Claude Mailly de Force Ouvrière qui va bientôt terminer son mandat et n’est plus un va-t’en guerre et Laurent Berger de la CFDT qui est réticent à l’idée de s’allier avec les autres organisations.
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron la stratégie est de poursuivre et d’accentuer le plus grand nombre de réformes à la fois. De manière à décontenancer les mécontents. De manière à montrer aux autres pays européens que la France fait enfin les réformes structurelles qu’elle a si longtemps repoussées. De manière aussi à procurer aux « perdants » de ces réformes des contreparties marginales. C’est le cas par exemple d’un éventuel rétablissement de la demi-part fiscale des personnes veuves, supprimée par Nicolas Sarkozy dans la loi de finances de 2009, et ce au grand dam d'une partie de la population qui a vu en conséquence ses impôts augmenter. Bercy estime que la mesure pourrait coûter entre 700 millions et un milliard d'euros du budget de l'État.
DE MAUVAIS SONDAGES…MAIS PAS DRAMATIQUES
Officiellement il ne s’agit pas de contrer le mécontentement de certaines parties de la population. Mécontentement qui continue à grandir si l’on en croit les derniers sondages, comme nous l’avions laissé entendre dimanche dernier. Emmanuel Macron n'a jamais été aussi impopulaire depuis son arrivée à l'Élysée. Ce dernier enregistre une chute de trois points par rapport au mois de février pour atteindre 40% d'opinions favorables, selon un sondage BVA pour RTL - La Tribune et Orange publié ce vendredi. Le locataire de l'Élysée perd 12 points depuis le mois de décembre.
Mais il n'y a pas péril en la demeure pour autant. En effet, ce niveau de popularité après dix mois de mandat est comparable à celui de ses prédécesseurs. François Hollande jouissait par exemple de 35% de bonnes opinions en mars 2013 quand Nicolas Sarkozy pouvait capitaliser sur une cote de popularité de 40% en mars 2018. Seul Jacques Chirac a bénéficié d'une meilleure notoriété lors du premier mois du printemps 1996 (44%). Même constat du côté de la seconde tête de l'exécutif. Édouard Philippe dégringole en effet de quatre points en mars, avec 43% d'opinions favorables. Le Premier ministre enregistre une chute de 9 points depuis le mois de décembre. À l'instar d'Emmanuel Macron, Édouard Philippe baisse sensiblement auprès des Français vivant au sein de foyers à bas revenus, des 50-64 ans et des retraités.
GRANDES MANŒUVRES EUROPEENNES
Emmanuel Macron ne se laisse impressionner ni par la contestation sociale, ni par les sondages. L’un de ses principaux chantiers reste l’Europe. Et maintenant qu’Angela Merkel a été réinvestie, il entend bien remettre sur le métier son projet européen annoncé à la Sorbonne il y a six mois. Ce n’est pas un hasard si son parti devait lancer hier sa Grande Marche pour l'Europe (avant de l’annuler en dernière minute à cause de l’attentat meurtrier de Carcassonne), une vaste opération de porte-à-porte visant à interroger les Français, via un questionnaire, sur le projet européen. Cette démarche lance officiellement la campagne de La République en Marche en vue du scrutin de mai 2019. Le président français voit grand et souhaite casser les codes. A cette fin, Macron a chargé l'un de ses proches, Pieyre-Alexandre Anglade, de débroussailler le terrain à Bruxelles. Rappelons que ce dernier a été nommé en décembre coordinateur de la « task force » visant à mettre en place la stratégie de La République en marche ! pour les élections européennes de 2019.
De la même manière il s’active en coulisses pour préparer la succession de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne. Le mandat de ce dernier arrive à échéance fin 2019. Mais Angela Merkel n’a pas caché son intention de remettre l’église allemande au milieu du village monétaire européen en propulsant Jens Weidmann, président de la Banque fédérale d'Allemagne depuis le 1 mai 2011. Pour donner des gages aux français la Chancelière aurait pris langue avec Christine Lagarde afin que celle-ci devienne présidente de la Commission à la place de Jean-Claude Juncker. Tout cela ne satisfait pas du tout l’Élysée qui veut envoyer François Villeroy de Galhau, actuellement gouverneur de la Banque de France, à la tête de la BCE. Avec comme contrepartie pour les allemands, la nomination de Margrethe Vestager, actuellement commissaire à la concurrence après avoir été ministre de l'Économie et de l'Intérieur du Danemark entre 2011 et 2014.
TRUMP FACE A LA CHINE
Au chapitre économique l’actualité est restée dominée par les tensions commerciales initiées par Donald Trump. Le président américain a soufflé le chaud et le froid jeudi en signant un mémorandum qui pourrait imposer des droits de douanes sur un maximum de 60 milliards de dollars (49 milliards d'euros) d'importations chinoises tout en exemptant provisoirement l'Union européenne et d'autres pays - à l'exception notable du Japon - des tarifs douaniers sur les importations d'acier et d'aluminium qui devaient s'appliquer dés vendredi. Les autorités chinoises ont parallèlement dévoilé ce que seront leurs contre-mesures en riposte aux droits de douane sur l'acier et l'aluminium.
Selon le mémorandum visant Pékin, le président américain ne frappera les importations chinoises qu'après une période de consultation de 30 jours, qui donnera aux lobbies industriels et aux parlementaires l'occasion de raccourcir la liste des 1.300 produits susceptibles d'être ciblés par des droits de douanes. Mais Washington a aussi annoncé son intention de déposer des plaintes pour violation par la Chine de la législation sur la propriété intellectuelle devant l'OMC, qui s'est pourtant attiré les foudres de l'administration américaine à plusieurs reprises. De plus, le président va également demander au Trésor américain de proposer une série de mesures visant à limiter les investissements chinois aux Etats-Unis
POWELL MONTE LES TAUX… SANS SURPRISE
Dans le camp européen, Paris et Berlin se sont félicités vendredi de la décision de Donald Trump d'exempter provisoirement les pays de l'Union de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium. Saluant lui aussi la décision, le Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a aussi insisté sur la nécessité de poursuivre les discussions, du fait du caractère temporaire de l'exemption. Le Japon, proche allié des Etats-Unis, ne figure pas en revanche dans la liste des pays exemptés. Malgré cela, les Bourses européennes ont mal accueilli cette démarche protectionniste cédant jusqu'à plus de 2% vendredi dans la foulée des lourdes chutes des places asiatiques où Tokyo a fini en baisse de 4,51% et Shanghai de 3,38%. Wall Street a terminé en baisse de près de 3% jeudi.
Mais l’événement de la semaine a été la première prise de parole de Jerome Powell, le nouveau patron de la Réserve Fédérale. Cette dernière a relevé les taux d'intérêt aux Etats-Unis mercredi et prévoit encore deux autres hausses au moins cette année, ne doutant pas que la réforme fiscale et les dépenses publiques ne stimulent la croissance et l'inflation, ce qui pourrait se traduire par un durcissement monétaire encore plus marqué à l'avenir. A l'issue de sa première réunion de politique monétaire conduite par son nouveau président Jerome Powell, la banque centrale a signalé que l'inflation devrait finalement accélérer, alors qu'elle ne cesse depuis des années d'évoluer en deçà de son objectif de 2%, et que l'économie avait gagné en dynamisme récemment.
TELECOM ITALIA ATTISE LES PASSIONS
Jerome Powell, qui a succédé à Janet Yellen à la présidence de la Fed en février, a dit que la banque centrale s'en tenait à une politique de rehaussement progressif des taux d'intérêt, tout en restant vigilante vis-à-vis de l'inflation. Les responsables de l'institut d'émission étaient largement divisés mercredi sur le fait de savoir s'il faudrait trois ou quatre hausses des taux cette année. Ils ont prédit trois hausses en 2019 - et non plus deux - et deux autres en 2020, ce qui témoigne là encore de leur confiance envers l'économie. Les banquiers centraux ont également projeté une croissance de 2,7% aux Etats-Unis en 2018, contre 2,5% anticipés en décembre, et ont également relevé leur prévision pour 2019.
Du côté du business, c’est toujours le dossier Telecom Italia qui a focalisé l’actualité après les trois administrateurs représentant Vivendi aient décidé de remettre leur mandat au vote des actionnaires, à la suite des critiques et attaques menées par le fonds activiste Elliott Management. Par ailleurs, cinq autres administrateurs ayant également souhaité remettre leur mandat, une majorité des membres du conseil sont démissionnaires, entraînant donc la convocation d'une assemblée générale afin de permettre aux actionnaires de Telecom Italia de voter pour les administrateurs qu'ils souhaitent et la politique à mener. Cette assemblée générale se tiendra le 4 mai. Cette manœuvre n’a pas plu du tout à Elliott qui considère cette action comme cynique et intéressée, dans la mesure où elle retarde la capacité des actionnaires de Telecom Italia à faire entendre leur voix lors de la prochaine assemblée générale annuelle. L'AG de l'opérateur télécoms était jusque-là prévue le 24 avril.
FORTE DECONVENUE POUR WENDEL
Parmi les mauvaises surprises de la semaine, il faut noter la chute du titre Wendel liée au fait que les investisseurs s'inquiètent de l'impact de la baisse de la devise nigériane sur le groupe d'infrastructures télécoms IHS, détenu à 21,3% par la société d'investissement. Par ailleurs, IHS était supposé être mis en Bourse en 2018 et la direction a indiqué qu'il pourrait y avoir un délai compte tenu de cet effet devise. La société Wendel a publié ses résultats pour 2017 la semaine passée. Dans son communiqué, elle explique qu'un changement réglementaire dans la conversion de devises en naira, la monnaie nigériane, avait entraîné un impact négatif sur le bilan et les charges financières d'IHS.
Enfin, comme WanSquare l’a annoncé, le pacte d'actionnaires ainsi que l'action de concert entre la famille Bettencourt Meyers et le groupe suisse Nestlé au sein de L'Oréal ont pris fin le 21 mars 2018. Les deux actionnaires n'ont déclaré aucun changement de leur participation respective. Nestlé détient toujours 23,17% du capital de L'Oréal, contre 33,13% pour la famille Bettencourt Meyers. La fin du pacte lève l'interdiction pour les signataires d'augmenter leur part dans L'Oréal. Nestlé a indiqué le mois dernier qu'il ne comptait pas renforcer ses positions. Le scénario le plus probable réside dans le rachat d’une part de 10 % du capital de L’Oréal par L’Oréal elle-même, grâce à la vente de sa participation dans Sanofi et sa capacité à lever de la dette. Selon les informations de WanSquare, Nestlé aurait été approché par un grand groupe européen concernant l’avenir de ce bloc. Ce qui pourrait accélérer une initiative de L’Oréal afin d’éviter une opération inamicale.
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