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Macron accélère les réformes
par Yves de Kerdrel

Plutôt que de ralentir les réformes en raison de sa baisse dans les sondages, le couple exécutif a décidé, au contraire, d’accélérer. Entreprise, assurance-chômage, formation, Justice puis santé. Tout y passe avec comme point d’orgue la réforme constitutionnelle.

11/03/2018 - 07:03 Temps Lecture 14 mn.

Avant de partir pour une visite d’état en Inde, Emmanuel Macron a tenu à lancer deux nouveaux chantiers. D’abord en dévoilant le volet pénal de sa future réforme de la justice qui va concerner à la fois l’organisation des parquets, le code de procédure pénale, le système pénitentiaire et la carte judiciaire. Ensuite en laissant fuiter l’imminence d’une vague de privatisations avec la cession de la majorité du capital d’Aéroports de Paris, de la Française des Jeux et de 5 % du capital d’Engie. Les 11 à 12 milliards d’euros qui seraient récoltés à cette occasion iront alimenter un fonds d’investissement pour l’avenir qui fonctionnera comme un fonds de dotation (fonds inspiré du modèle américain et créé à la suite de la Commission Attali, notamment sous l’impulsion d’Emmanuel Macron).

Mais ce n’est pas tout. Afin de ne pas laisser la parole aux syndicats de la SNCF et de faire en sorte que l’opinion ne se focalise pas sur cette réforme, Bercy accélère la rédaction de la loi PACTE avec notamment la définition du nouvel intérêt social de l’entreprise (suite aux travaux de la commission Notat-Senard), avec la suppression de certains seuils sociaux ou encore la présence de salariés aux conseils d’administration dans des proportions qui sont toujours en discussion avec l’Afep. Puis Emmanuel Macron veut vite mettre en chantier une grande réforme de la Santé qu’Agnès Buzyn commence à dessiner de manière pointilliste avant de clore ces deux années de réforme en 2019 par celle sur les retraites.

LE SENAT BLOQUE LA REFORME CONSTITUTIONNELLE

Le seul hic sur cette route des réformes tient à la grande réforme constitutionnelle annoncée lors de son discours au Congrès. Dans ses contours, elle commence à prendre forme. Cette révision, qui doit être présentée en Conseil des ministre à la mi-avril, regroupe à la fois des promesses faites en campagne et des déclarations effectuées par le Président une fois élu. Selon les informations de WanSquare, le paquet législatif prendrait la forme d'une série de textes correspondant aux trois niveaux de normes. Certaines mesures, comme l'instauration d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale, pourront être introduites par la loi ordinaire. D'autres, comme la réduction du nombre de députés ou le non cumul des mandats dans le temps, nécessiteront une loi organique. Enfin, certaines réformes comme la suppression de la Cour de justice de la République ou l'inscription de la Corse dans la Constitution, devront passer par une loi constitutionnelle.

Pour faire valider sa réforme, le gouvernement privilégie pour l'instant la voie parlementaire traditionnelle. Mais la révision constitutionnelle devra être votée dans les mêmes termes par les deux chambres (Sénat et Assemblée nationale), comme le dispose l'article 89 de la Constitution. L'exécutif devra ensuite convoquer le Parlement en Congrès, où il devra obtenir la majorité des 3/5èmes. Il peut également passer par la voie du référendum. Une solution envisageable si le conflit se durcissait entre l'exécutif et la majorité de droite au Sénat, déjà vent debout contre certaines mesures emblématiques de la réforme.

SONDAGES TOUJOURS DIFFICILES

L'article 11 de la Constitution autorise le président de la République à soumettre un projet de loi au référendum. Mais rien ne dit que cette possibilité concerne les textes à valeur constitutionnelle ; ce qui n'a pas empêché le général de Gaulle de l'utiliser en 1962, pour réformer la Constitution en instaurant l'élection du président de la République au suffrage universel. L'Élysée n'exclut pas cette option en cas de blocage du Sénat. Il reste que les sages du Conseil d’État comme ceux du Conseil Constitutionnel qui ont été consultés ont jugé impossible le recours au référendum allant même jusqu’à expliquer que le référendum de 1969 n’aurait jamais dû avoir lieu. Autant dire que cette réforme va encore faire couler beaucoup d’encre et créer quelques polémiques, comme celle liée aux déclarations de Nicolas Sarkozy contre cette réforme.

Les sondages restent difficiles pour le locataire de l’Élysée. Le président français et son Premier ministre accusent un net recul des opinions favorables selon une étude Ifop-Fiducial diffusée mercredi. L'approbation de l'action d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe est en nette baisse (-4) en mars pour le deuxième mois consécutif et se situe désormais au-dessous de la barre des 50%. Avec 44% de réponses positives, le président de la République perd un total de neuf points en deux mois et retrouve son niveau du mois de novembre. 55% des personnes interrogées n'approuvent pas son action. Par ailleurs, les sondés ne sont plus que 45% (-6) à considérer que l'actuel locataire de l'Élysée mène une bonne politique économique, selon cette enquête pour Paris Match et Sud Radio.

ALAIN JUPPE EN MARCHE DERRIERE MACRON

En pleine période d'annonce des réformes, Édouard Philippe est également en net recul. Seuls 46% (-4) des Français qui approuvent son action et 53% (+4) sont d'un avis contraire. Le Premier ministre a perdu un total de 13 points d'approbation en deux mois et retrouve lui aussi son niveau de novembre, après une embellie fin 2017. Les personnes interrogées ne sont plus que 44% à estimer qu'il inspire la confiance. La France insoumise (34%) reste la formation «qui incarne le mieux l'opposition au président de le République» aux yeux des Français, devant Les Républicains (27%), le Front national (23%) et le Parti socialiste (11%). Selon la plupart des sondeurs, d’après les études qualitatives, la mesure qui a fait plonger l’exécutif est celle réduisant la vitesse à 80 kilomètres heure sur les routes nationales. Ce qui accroit encore plus le fossé entre la France des métropoles et celle des territoires.

A droite, faute d’une opposition constructive, beaucoup attendent la parution du livre de Virginie Calmels, numéro deux des Républicains. Dans cet ouvrage à paraître mercredi prochain, la première adjointe du maire de Bordeaux évoque deux rencontres ayant eu lieu entre Emmanuel Macron et Alain Juppé en 2017. Il s'avère que l'un de ces deux rendez-vous a eu lieu le 1er mai, à quelques jours seulement du second tour de l'élection présidentielle. Battu lors de la primaire de la droite et du centre par François Fillon, Alain Juppé avait dans un premier temps, selon les informations du Figaro, refusé de rencontrer Emmanuel Macron tant que le candidat LR était en lice. La débâcle de la campagne de l'ancien Premier ministre, plombée par les soupçons d'emplois fictifs de sa femme Penelope et de ses enfants, s'est conclue par une élimination au premier tour et a ouvert la porte à Alain Juppé pour un dialogue avec le futur président de la République.

LA BCE FAIT UN PAS EN ARRIERE

C'est Gérard Collomb qui aurait organisé cette rencontre dans les bureaux parisiens de la communauté urbaine de Lyon. Alors que les sondages d'intentions de vote donnaient Emmanuel Macron largement favori face à Marine Le Pen, qu'il devait affronter lors du débat d'entre-deux-tours le 3 mai, les deux hommes ont profité de la fête du Travail pour avoir une conversation générale sur la politique. Ils ont également abordé certains points plus précis, comme les prétendants au poste de Premier ministre, dont un certain Édouard Philippe, un fidèle de Juppé. Dans son livre, Virginie Calmels explique qu'Alain Juppé n'a pas dissuadé le maire du Havre, issu de sa famille politique, de rejoindre le gouvernement d'ouverture du nouveau chef de l'État.

Au chapitre économique, comme nous l’avions laissé envisager dans ces colonnes la semaine passée, la Banque centrale européenne a renoncé jeudi à son engagement à augmenter si nécessaire le montant mensuel de ses rachats d'actifs, effectuant ainsi un petit pas vers l'arrêt de cette mesure non conventionnelle. La BCE maintient qu'elle pourrait prolonger ces rachats au-delà de septembre 2018, date à laquelle ils sont pour l'instant censés prendre fin, mais elle a supprimé dans son communiqué la formule selon laquelle elle pourrait en augmenter le volume, actuellement de 30 milliards d'euros par mois. L'abandon partiel de ce biais accommodant, une mesure essentiellement symbolique, peut être perçu comme un moyen de préparer le terrain à une révision plus vaste de la politique monétaire de la BCE au cours des prochains mois.

PAS D’INFLATION OUTRE-ATLANTIQUE

L'euro, qui s'était brièvement raffermi contre la devise américaine après la publication du communiqué de la BCE, a cédé l'intégralité de ses gains au cours de la conférence de presse de Mario Draghi pour s'échanger sous 1,2350 dollar. Le président de la BCE a fait état d'un modeste relèvement des prévisions de croissance de l'économie de la zone euro à 2,4% en 2018 contre 2,3% précédemment. Les prévisions pour 2019 et 2020 sont restées inchangées à 1,9% et 1,7% respectivement. La BCE prévoit une hausse de 1,4% des prix cette année et l'an prochain, puis de 1,7% en 2020, a précisé Mario Draghi.

De l’autre côté de l’Atlantique, le Bureau of Labor Statistics a annoncé que l’économie américaine a créé 313.000 emplois en février, ce qui n’était pas arrivé depuis juillet 2016 (325.000), et après 239.000 en janvier (révisé de 200.000). Le consensus établi par Bloomberg tablait sur 205.000 créations de postes. Il s’agit donc d’une excellente surprise. Le BLS a par ailleurs fait état d’un taux de chômage resté stable à 4,1% de la population active. Surtout, le salaire horaire n’a augmenté que de 0,1% sur un mois, hausse la plus faible depuis octobre dernier, et de 2,6% sur un an, contre respectivement +0,2% et 2,8% attendus par le marché. La quasi-stagnation des salaires suggère une quasi-stagnation de l’inflation. Pour les marchés, cela sous-entend qu’il n’y a une quasi-pas d’urgence à ce que la Fed relève ses taux.

LA BONNE SURPRISE D’EURAZEO

Parmi les résultats publiés cette semaine la mauvaise surprise est venue de Lagardère dont le titre a chuté de plus de 7 %, accusant un recul de 15 % depuis le début de l’année. Le groupe devrait annoncer prochainement des cessions dans sa branche médias afin d’améliorer sa génération de trésorerie. Il faut dire que Le groupe a enregistré en 2017 un résultat opérationnel de 403 millions d'euros, en hausse de 6,7% à changes constants et hors impact de la cession d'actifs de distribution. Le résultat net part du groupe a par ailleurs légèrement progressé pour atteindre 179 millions contre 175 millions l'année précédente. Pour Barclays, les cessions devraient concerner les médias et peut-être le sport, Lagardère se concentrant sur ses activités dans l'édition et le travel retail. Morgan Stanley, qui fixe un objectif de cours à 28 euros, partage l'analyse de Barclays en pointant un bénéfice net ajusté inférieur à ses prévisions.

Quant à la bonne surprise, elle est venue d’Eurazeo. En 2017, son résultat net a atteint 440,6 millions d'euros, contre 525 millions d'euros en 2016. L'actif net réévalué s'établissait à 5,6 milliards d'euros au 31 décembre 2017, soit 78,2 euros par action, en hausse de 13,5%. Pro forma de l'acquisition de la société de capital-investissement Idinvest Partners, annoncée en février, et de la prise de participation dans le fonds américain Rhône, annoncée en novembre, l'ANR s'élevait à 5,75 milliards d'euros en 2017. Selon un consensus réalisé par FactSet, les analystes tablaient en moyenne sur un résultat net de 841 millions d'euros et un ANR de 5,628 milliards d'euros. En 2017, les plus-values de cession avant impôts sont ressorties à 575 millions euros, contre 831,6 millions d'euros en 2016.

DEMI-VICTOIRE POUR ARKEA

Le groupe a également annoncé une évolution de ses instances de direction, concomitante avec l'arrivée de Virginie Morgon à sa tête. Le directoire enregistre ainsi l'arrivée de Nicolas Huet, secrétaire général, et d'Olivier Millet, président du directoire d'Eurazeo PME. Le directeur financier d'Eurazeo, Philippe Audoin, voit son mandat renouvelé et est promu directeur général finances. Eurazeo renforce par ailleurs le rôle du comité d'exécutif qui, outre les membres du directoire, sera composé de quatre personnes dont Marc Frappier, directeur d'Eurazeo Capital, et Renaud Haberkron, directeur d'Eurazeo Patrimoine.

Enfin, le Conseil d'État a censuré vendredi une procédure de sanctions lancée par la Confédération nationale du Crédit Mutuel à l'encontre de son affilié Arkéa, en jugeant les modalités contraires au principe d'impartialité. Dans le détail, cette décision porte sur deux articles qui prévoient que le président du conseil d'administration de la CNCM, en l'occurrence Nicolas Théry, et son directeur général, Pascal Durand, disposent du pouvoir d'ouvrir une telle procédure de sanction. Arkéa et ses fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, engagés dans une tentative de sortie du groupe Crédit Mutuel, contestaient devant le Conseil d'État ces articles, ainsi que trois autres adoptés en mars 2016 lors d'une assemblée générale extraordinaire. Après l'annonce en janvier par Arkéa de sa procédure de divorce, la CNCM avait lancé un processus de sanction, pouvant aller jusqu'à une révocation, à l'encontre du PDG d'Arkéa Jean-Pierre Denis, de son directeur général Ronan Le Moal, ainsi que d'Anne Le Goff, directrice générale déléguée.

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