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Yves de Kerdrel

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Quand les courbes s’inversent…
par Yves de Kerdrel

Le couple exécutif est dans une période très délicate après une forte chute dans les sondages, notamment parmi les électeurs de droite. La hausse de la CSG et la question du pouvoir d’achat n’expliquent pas tout. Il manque une vision globale des réformes.

04/03/2018 - 07:19 Temps Lecture 13 mn.

Rarement la croissance économique n’a été aussi bonne. C’est l’Insee qui l’a affirmé cette semaine en révisant une nouvelle fois à la hausse les chiffres de l’année 2017. Notre Produit intérieur brut a donc progressé de 2 % alors que certains ne tablaient que sur 1,5 % il y a un an. Et dans ce chiffre – qu’on le veuille ou non – il y a une part importante liée à l’effet Macron. Un effet qui se traduit dans le regain de confiance des chefs d’entreprise et dans la hausse des investissements enregistrée au cours du dernier semestre. Mais qui ne se traduit pas du tout dans le pouvoir d’achat, comme en témoigne la chute de la consommation des ménages au cours des derniers mois de 2017 (donc avant la hausse de la CSG). Et c’est bien là tout le problème.

Du coup, depuis quelques semaines – mais cela s’est aggravé au cours des dix derniers jours – la popularité d’Emmanuel Macron s’effondre. Et il s’agit plus d’une perte de confiance des français que d’une simple question de popularité. Pour le second mois consécutif, la cote de popularité d'Emmanuel Macron recule fortement dans l’indicateur BVA-Orange pour RTL et La Tribune. Le chef de l'Etat perd quatre point et ne dispose plus que de 43% d'opinions favorables. Encore très populaire chez les retraités, Emmanuel Macron marque le pas chez les 35-49 ans et les sympathisants de gauche, voire dévisse chez les salariés du public, concernés par une grande partie des réformes en cours, et auprès desquels le président perd onze points de popularité.

BLANQUER SEUL RESCAPE

Le pouvoir d'achat et certains projets de loi font partie des principaux griefs adressés au président de la République par les sondés. Alors que ce dernier s'apprête à les employer pour réformer la SNCF, le recours aux ordonnances est également critiqué comme un déni démocratique. Le Premier ministre Édouard Philippe connaît quant à lui une légère embellie, avec 47% de bonnes opinions, soit deux points de plus que lors de la vague de sondage précédente. Il semble que son statut revendiqué d'exécutant de la politique dictée par l'Élysée l'épargne auprès de l'opinion. Au sein du gouvernement, Nicolas Hulot connaît une baisse de forme après les accusations de viols lancées à son encontre. Il perd trois points (36%), au contraire du ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui poursuit sa percée après son passage dans L'Émission politique (30%) de France 2.

Ce qui est le plus impressionnant dans la dernière vague de sondages, dont l’un réalisé par ViaVoice pour Libération, c’est la chute de la confiance dans l’éxécutif auprès de l’électorat de droite (30 % en quelques semaines, voire en quelques jours). Voilà huit mois que le Chef de l’Etat explique que son gouvernement s’emploie à augmenter le pouvoir d’achat tout en débloquant le pays à grand renfort de réformes. Mais rien n’y fait : la majorité d’entre eux (52 % des sondés) reste convaincu que les mesures économiques détériorent globalement le pouvoir d’achat. De toutes les mesures décidées par le chef de l’Etat, la plus massivement contestée est sans conteste l’augmentation de la Contribution sociale généralisée (CSG) de 1,7 %, compensée – mais seulement pour les salariés du privé – par des baisses de cotisation. Ils sont 71 % à ­considérer qu’il n’est pas justifié de mettre ainsi les retraités à contribution au nom de la solidarité intergénérationnelle.

LES EXHORTATIONS A LA PATIENCE NE SUFFISENT PAS

Conséquence logique de cette frustration, le Président et son Premier ministre dévissent dans tous les baromètres publiés ces derniers jours. Dans l’enquête Viavoice, Emmanuel Macron tombe à 41 % d’opinions positives, en baisse de 5 points depuis décembre. Une dégringolade équitablement répartie dans les deux pôles de l’échiquier politique : Macron perd dix points chez les sympathisants de gauche et autant chez ceux de droite. Même punition pour Edouard Philippe qui se retrouve, lui, à 40 % d’opinions positives.

L’analyse par classe d’âge de ces résultats montre que plus les Français sont âgés, moins ils sont favorables au gouvernement. Emmanuel Macron ne recueille que 32 % d’opinions favorables chez les 50-64 ans tandis que 49 % des 18-24 ans ont de lui une bonne opinion. Tout se passe comme si la popularité du chef de l’Etat était corrélée au niveau d’intégration dans la société des personnes interrogées, les mieux installés paraissant plus inquiets que les jeunes générations. Par nature loyalistes, les retraités restent toutefois majoritairement pro-Macron, même si 88 % d’entre eux jugent ­injuste la hausse de la CSG. Interpellé récemment par des retraités en marge d’un déplacement à Châlons-en-Champagne, Emmanuel Macron les a exhortés à la ­patience tout en assumant de demander un effort aux plus âgés.

LA QUESTION DE LA COMMUNICATION ELYSEENNE

Il reste qu’au Château, c’est une forme de panique qui est en train de prendre corps. Car la réforme de la SNCF et du statut des cheminots, menée au pas de charge, qui était faite, notamment pour continuer de séduire l’électorat de droite, n’a aucun effet en termes de crédibilité et de confiance. Et la question du pouvoir d’achat ne concerne pas que les petits revenus ou les retraités de province. Elle affecte une très grande partie des français. La forte chute de la consommation, juste avant les fêtes de Noël dernier, est presque incompréhensible tellement elle a été surprenante et en décalage avec ce qui s’est passé dans les autres pays européens.

Bien sûr Emmanuel Macron garde beaucoup d’atouts en mains. Notamment le fait d’avoir priver d’air toute forme d’opposition. Au point que Laurent Wauquiez – avec ou sans ses stupidités – reste inaudible et fortement impopulaire. Au point que Jean-Luc Mélenchon réfléchit à changer totalement son logiciel pour ne pas s’épuiser dans une guerre de positions qu’il perd jour après jour. Au point que le Medef s’échine à publier des tribunes pour expliquer à quoi il sert. Au point que les syndicats ne sont même pas certains de parvenir à déclencher un mouvement frontal tenace sur le sujet de la SNCF. Au point enfin que la plupart des médias continuent de soutenir la politique gouvernementale ou la regardent avec bienveillance (y compris à droite).

REUNION ATTENDUE DE LA BCE LUNDI

Comme cela a été le cas, à l’automne dernier, lorsque la cote d’Emmanuel Macron avait fortement dévissé une première fois, la question se pose d’une prise de parole comme son intervention un dimanche soir sur TF1 ou LCI. Certains, dans son entourage proche, jugent que c’est trop tôt et qu’il ne faut pas réagir trop vite au risque de donner le sentiment de céder à une forme de panique sondagière. D’autres remettent de plus en plus en question la manière de communiquer du président. Avec une attitude de plus en plus frontale, comme on a pu le voir au Salon de l’Agriculture, ou lors de certaines interpellations en Province.

Au chapitre économique, la question des taux d’intérêt reste une préoccupation majeure après 35 années de baisse ininterrompue du loyer de l’argent. Il est probable que les gouverneurs et autres dirigeants de la Banque centrale européenne discuteront d'une modification de leur communication lors de la réunion de politique monétaire de jeudi prochain, selon les informations de WanSquare sans pour autant virer de bord. Préoccupée par les récentes perturbations des marchés, par l'euro fort et par un fléchissement de l'inflation, quelle que soit sa mesure, la banque centrale préfère attendre, peut-être jusqu'à l'été, avant de lancer le signal d'arrêt du programme de rachat d'actifs, estime-t-on à Francfort.

VERS 4 HAUSSES DE TAUX AUX US

Ayant racheté plus de 2.000 milliards d'euros d'obligations pour stimuler l'inflation, la BCE mettra un terme à ce programme dit d'assouplissement quantitatif d'ici la fin de l'année considérant qu'une croissance économique soutenue finira par se répercuter sur les prix de détail, même lentement. Mais dans l'intervalle, la BCE veut accumuler les éléments de preuve d'une réelle remontée de l'inflation, craignant pour sa crédibilité si elle tire trop tôt puis doit faire marche arrière, ajoutent les sources. Le changement le plus notable qui pourrait être abordé lors de la réunion de cette semaine serait de renoncer à ce qu'il est convenu d'appeler son biais accommodant, à savoir que la BCE resterait prête à augmenter ses achats d'actifs si cela s'avérait nécessaire.

De l’autre côté de l’Atlantique on s’attend aussi à la poursuite du resserrement monétaire. Mais si la Réserve fédérale procédait à quatre hausses des taux cette année, cela constituerait un resserrement monétaire progressif, a déclaré jeudi le président de l'antenne de la Fed de New York, William Dudley. L’hypothèse la plus probable réside dans la mise en œuvre de quatre hausses de 25 points de base, comme l’a indiqué cette personnalité lors d'une intervention à Sao Paulo, relevant que ce resserrement serait moitié moins agressif que ceux opérés par la Fed au cours de la dernière décennie. Officiellement le discours de la Fed évoque toujours trois hausse de taux cette année, bien que la récente réforme fiscale et les signes de pressions inflationnistes aient convaincu certains investisseurs que quatre seraient plus probables.

LA NOTE GLACANTE DE NATIXIS

Si les marchés ont été secoués en cette fin de semaine, ce n’est pas en raison de cette perspective de hausse de taux, mais à cause de la guerre commerciale que Donald Trump a lancée en instaurant des droits sur les importations d’acier. Jeudi soir le président américain a annoncé qu'il promulguerait dès la semaine prochaine de nouvelles mesures tarifaires, en évoquant des tarifs douaniers de 25% pour l'acier et de 10% pour l'aluminium, sans toutefois préciser quels pays seraient visés. Il a en revanche assuré qu'elles seront appliquées pour longtemps. Ces déclarations ont entrainé une forte riposte de la plupart des partenaires commerciaux des Etats-Unis. L'Union européenne va réagir fermement pour défendre ses intérêts, a rétorqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Quant à Bruno Le Maire, il a prévenu qu'une guerre commerciale ne fera que des perdants. Avant d’ajouter que si de telles mesures étaient confirmées, elles auraient un impact majeur sur l'économie européenne.

Au delà de cet incident un doute commence à s’instiller dans l’esprit des gérants et des investisseurs. Comme l’a très bien résumé une note de macro-économie publiée cette semaine par Natixis. Cette publication explique que notre bonne humeur économique actuelle pourrait bien reposer sur deux erreurs d’analyse majeures. La première est que les économies occidentales sont au maximum de leurs capacités avec partout des niveaux de chômage incompressibles. Ce qui pose un problème à moyen terme. La seconde, c’est que de manière théorique, même avec un stock d’emplois fixe, l’économie peut toujours croître si ces emplois produisent plus. Or les nouveaux emplois créés (essentiellement dans les services à faible valeur ajoutée) ne se traduisent pas par des gains de productivité.

L’AGITATION DEBUTE POUR L’APRES-GATTAZ

La très grosse déception de la semaine est venue de Lafarge Holcim qui a publié vendredi une forte perte au titre de l'exercice 2017, après une revue détaillée de son portefeuille d'actifs qui a conduit à des dépréciations d'actifs. La perte nette, part du groupe, a atteint 1,67 milliard de francs suisses au cours de l'année écoulée, contre un bénéfice net de 1,79 milliard de francs en 2016. Ce résultat inclut 3,83 milliards de francs suisses de dépréciations d'actifs liées à une réévaluation du goodwill et des actifs dans le cadre de regroupements d'entreprises. Compte tenu de ces chiffres, LafargeHolcim a indiqué qu'il arrêtait son programme de rachat d'actions à mi-parcours, après avoir racheté pour 581 millions de francs suisses de titres sur un montant total prévu de 1 milliard. Le groupe maintient en revanche son dividende à 2 francs suisses au titre l'exercice écoulé.

S’agissant de la succession du Medef, les évènements s’accélèrent. Selon nos informations, Alexandre Saubot, le patron de l’UIMM devait officialiser sa candidature dans le Journal du Dimanche d’aujourd’hui. Certains assurent qu’il pourrait faire campagne en tandem avec Antoine Foucher, l’actuel directeur de cabinet de Muriel Pénicaud. Ce qui jetterait une ombre sur la nature profonde de la candidature Saubot. Face à lui, Geoffroy Roux de Bézieux continue de labourer le terrain, à Paris comme en Province, avec le soutien de nombreux ténors du patronat.

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